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Dedipix, Yoann Gourcuff et Gay Pride: Naissance d’une douleur

Ça devait être son onzième gâteau d’anniversaire ou son dixième, je ne me souviens plus trop, c’était son anniversaire, avec des bougies, une tarte au citron, ça j’en suis sûr. C’était son gâteau préféré, la tarte au citron. C’est toujours un moment émouvant pour un parent, de voir sa progéniture grandir, s’éloigner de vous , chaque jour un peu plus, inexorablement, un peu plus.

Ça a été son onzième gâteau d’anniversaire ou son dixième, je ne veux plus trop me souvenir, c’était son anniversaire sans bougies, sans gâteau, j’en suis sûr. C’est des anniversaires que l’on ne fête pas vraiment, par peur, par superstition. Ca reste un moment émouvant pour un enfant, de voir sa mère, à ses côtés, près de vous, chaque jour un peu plus avant que cela ne cesse.

1995, 24 décembre, 4h15 du mat, maternité, troisième étage, porte 302, Céline est allongée dans le lit. C’est de la toile de verre peinte, blanc cassé qu’il y a sur les murs, c’est une mode, c’était surtout pratique à poser. Les murs avaient un léger relief nid d’abeille. Avant ils étaient peints, lisses, pas de fioritures avec les traces de chariot, des bignes et des quelques trous dans les murs.

ll y a avait deux lits presque jumeaux, à touche touche et dans l’autre lit, personne pour le moment, une chaise de cantine, une table de chevet à roulettes ainsi qu’un plateau pour seul ameublement. Céline avait perdu les eaux, il lui ont installé un monitoring et elle s’est couchée sans douleur. Je suis resté un peu, pas longtemps, juste pour me rassurer que le travail ne s’était pas mis en route et puis je voulais être là tout simplement, pour elle. L’infirmière est venue, elle m’a réveillée, je dormais le dos cassé sur la chaise molletonnée. Faut pas rester là qu’elle m’a dit, faut rentrer chez vous, c’est pas pour tout de suite.

J’avais peur, angoissé, mais je suis rentré docilement , résigné à que cela ne soit pas cette nuit, celle où j’allais devenir père. Je suis revenu dans le milieu de la matinée, inquiet de la retrouver avec le bébé dans les bras. Le travail venait à peine de commencer et Céline avait mal. J’étais là aux petits oignons, peut-être un peu trop à son goût; elle m’envoyait balader. Je m’y étais préparé, je sais que la douleur était insupportable. Alors, j’ai encaissé toute la journée. En fin d’après-midi, il y a Marie qui a débarqué avec son mari, elle a pris le second lit. Ils ont pris tout l’espace, parlant fort, rigolant, alors que ma douce souffrait. Marie, c’était son troisième de mouflet, alors l’accouchement, elle maîtrise. Pas de surprise pour elle, elle est venue ici comme on vient faire ses courses. Marie, c’est une rigolote, elle cherchait à dédramatiser en plaisantant, en se moquant gentiment des contractures, de Céline épuisée. Mais elle s’est tu d’un coup d’un seul, il était pas loin de 21h00. Céline venait d’être soulagée par la péridurale, quand Marie a commencé à gueuler, à insulter son mari Paul, à balancer tout ce qui était à la porté de ses mains, une véritable hystérique. C’était drôle et effroyable.

Il fallut attendre encore une bonne heure avant qu’elles soient amené en salle de travail. Paul et moi, on nous y avait jeté. Ce n’était pas le moment, la sage femme voulait prendre le temps avec ses patientes sans les pères. Alors on a attendu, dans le couloir, à se parler. Et puis Marie à hurler : Paul!!!! Il s’est précipité, me retrouvant seul dans cet immense couloir.

– Non, je veux rien! Je veux la sage femme, je suis en train d’accoucher! Bordel! Tu vois pas ses cheveux, au mioche! Mais putain regarde! Non, cours vite! Il arrive!

Paul s’est précipité dans la salle où se trouvait Céline. Je le revois, le regard affolé.

– Monsieur, veuillez sortir immédiatement! Vous faîtes peur à ma parturiente! Allez calmer votre femme, j’arrive.

Elle y est allée le pas décidé, mais pas pressé non plus, pourtant  le chiard est arrivé trois minutes tard tout au plus.

Et puis ça a été notre tour. Ana est née le 24 décembre 1995 à 23h17.

Je me souviens être arrivé chez mes parents pour leur annoncer. J’étais ému.

Le lendemain, ma famille est passée à la maternité. J’étais l’homme le plus heureux du monde. Ma mère a pris sa petite fille dans ses bras et s’est mise à pleurer. Elle est venue me voir plus tard, ma mère, dans le couloir, elle avait quelque chose à me dire d’important.

– On vient de me diagnostiquer un cancer du sein. Il est très agressif. Je ne sais pas si nous arriverons à temps pour l’endiguer. Mais une chose est sûr, c’est que je souhaite de tout mon coeur voir ma petite fille grandir.

Ça devait être son onzième gâteau d’anniversaire ou son dixième, je me souviens plus trop, c’était son anniversaire, avec des bougies, une tarte au citron, ça j’en suis sûr. C’était son gâteau préféré, la tarte au citron. Elle fut gâtée comme un enfant peut l’être ce jour là.

Ça a été son onzième gâteau d’anniversaire, je me souviens maintenant, c’est son anniversaire sans bougies, sans gâteau, j’en suis sûr. C’est un anniversaire pas vraiment comme les autres. Sa petite fille est devenue grande et elle est toujours là. Elle est en vie et son cancérologue lui a fait son plus beau des cadeaux, lui offrir un mot, un seul: guérison.

Daidou


Y A T-IL UNE CULTURE GAY?

Nous sommes le dix janvier, il est temps de plonger dans l’année déjà entamée. Tant de questions à explorer! Et en voici une : Y at-il une culture gay? (dans tout mon billet, le mot gay est à prendre au sens lgbt)
La question revient à demander si quelque chose relie les homosexuels entre eux,  en dehors de la sexualité et de ses différentes pratiques. Lorsqu’on parle de culture gay dans la société, des fantasmes s’expriment immédiatement. Un univers de relations débridées, dans une orgie sensuelle vient à l’esprit de bien des personnes se croyant ouvertes d’esprit. La culture gay serait forcément sexuelle (tapez culture gay sur un moteur, vous serez servi). Dans le meilleur des cas, ces bacchanales se perpétueraient dans un quartier réservé de Paris, le Marais. Une amie m’a demandé de l’informer de la diversité des pratiques sexuelles, comme si l’homosexualité équivalait à un diplôme de Kamasutra ceinture noire!

A les fréquenter, on découvre qu’il en est des gays comme du reste de la population. Leurs pratiques culturelles relèvent du tout et du n’importe quoi, aucune lecture ne semble obligatoire, aucun film n’a été vu par tous, aucun chanteur, ou chanteuse, n’est incontesté. Leur vocabulaire est celui de leur milieu social, géographique, communautaire.( A ce propos, la communauté gay, qui gèrerait un patrimoine commun, n’existe pas). Leurs habitudes vestimentaires varient dans les mêmes proportions et il y a des ringards, des branchés et des avant-gardes chez eux comme ailleurs. Leur sensibilité artistique généralisée est une illusion, il y a des homos au goût parfaitement grand public, et d’autres qui veulent sortir de l’ordinaire . Certains même revendiquent la certitude de ne pas adhérer au moindre code gay, et se fondent culturellement dans la masse la plus indistincte au nom de l’égalité. Ceux-là ne partagent à proprement parler aucune culture gay.

Il n’y a donc aucun point commun à tous les gays, sur le plan de la culture.  Mais y a t-il un fond culturel commun à une majorité d’entre eux?

The scissor sisters Any which way
L’histoire nous enseigne qu’une culture commune à de nombreux homosexuels est présente à toutes les époques, tolérantes ou non. Des écrivains s’en sont fait l’écho depuis le moyen-âge. Le fait de devoir se cacher, faire face à l’homophobie a toujours incité à développer des codes de reconnaissance, pour éviter des condamnations parfois lourdes. Puis venait la question de l’estime de soi. La société méprisant les « bougres », il fallait bien aux homosexuels trouver dans une culture un moyen de remonter dans leur propre estime.

Dès la renaissance, la redécouverte des mœurs antiques a fourni une légitimité au mode de vie homo. Un mode de vie plus ou moins excentrique ou discret. Proust l’évoque dans plusieurs personnages de son roman, Charlus entre autres. Curieusement, alors même que l’homosexualité n’étant pas héréditaire, les jeunes n’apprennent pas de leurs ascendants comment « vivre gay », les codes et la littérature gay se transmettent pourtant de génération en génération en continu jusqu’à nos jours. Avec régulièrement un dévoiement des codes homosexuels dans le domaine public : La bague trois anneaux (dite bague trois ors) dessinée par Cocteau a été adoptée par tous ses congénères, avant sa récupération mercantile pour le grand public, les codes de foulards se sont perdus dans les années 70, les boucles d’oreille dans l’oreille droite dans les années 80.

La richesse de cet héritage a eu un coup d’accélération depuis Stonewall, évènement fondateur de la culture gay moderne. Mais on peut en apprécier facilement des pans entiers datant de tout le vingtième siècle, et d’avant. Le cinéma offre  un panorama complet de films gays ou comportant des codes gays, depuis ses débuts avec Méliès, en passant par Jean vigo, Jean Genet, Andy Warhol, Visconti, Von Trotta et des centaines de cinéastes contemporains. La lecture de toute la littérature gay remplirait une vie entière, de françois Villon à…Frédéric Mitterand, en passant par Shakespeare, Oscar Wilde, Verlaine, Yves navarre et tant d’autres. La chanson n’est pas en reste, avec ses icônes gay-friendly ou gays, de Dalida à Starmania, de charles Aznavour aux scissor Sisters. Pourquoi feraient-ils partie d’une culture gay? Parce que le recul du temps l’a décidé ainsi, et que leurs œuvres sont regardées, lues ou écoutées par les gays, même des années après leur sortie.  La presse y participe aussi, en France grâce à Gay pied dans les années 80, puis à l’excellent Têtu, magazine de haut niveau qui aborde tous les thèmes. Internet n’est pas en reste, car outre le même Têtu version électronique, on y trouve les blogs gays, qui font vivre à leur façon la culture gay. Il existe des tendances de consommation, qu’il s’agisse de vêtements, de mobiles ou de décoration, qui se reconnaissent à Paris et en province.  Les Gay Prides sont l’occasion de déployer le drapeau arc en ciel et de revendiquer des droits équitables. Tous ces éléments d’une culture sont à disposition des gays dans le monde moderne et intégrés de manière diverse par la plupart d’entre eux. Et s’ils ne sont pas universels à tous les gays, bien peu n’en ont adopté aucun.

Mylene Farmer Oui…mais Non

Si la culture gay existe, elle dépasse largement la sexualité. Les « métrosexuels » se l’accaparent ouvertement, au point d’en brouiller les codes.  Les bisexuels (je parle de ceux qui pratiquent réellement et simultanément les deux sexualités) se frottent à elle pour mieux appréhender leur propre ambiguïté. Elle fascine les hétérosexuels qui prêtent on ne sait quelle magie à un cercle dont ils ne font pas partie. De là vient aussi la croyance irrationnelle en un hypothétique « lobby » homosexuel. En tous cas ils s’en inspirent fréquemment. Les médias et un certain nombre de stars débutantes ou confirmées l’empruntent pour se donner un vernis de tolérance, de branchitude ou simplement parce qu’ils l’aiment. Manifestement la culture gay existe, fut-elle aux contours flous ou aux limites contestables. Elle dépasse le soi-disant milieu gay, mais y trouve son épicentre, et si elle circule dans le marais, elle diffuse aussi dans une certaine presse, les autres médias, bon nombre de villes ou de villages français, des établissements, des millions de foyers. Reste à découvrir le principal :  Pourquoi survit-elle aujourd’hui?
Puisqu’on peut le faire durant tout le mois, je souhaite une excellente année à tous les lecteurs, et aux généreux blogueurs d’ Une fois par moi (il y a souvent des textes représentant un travail important sur ce blog). Qu’ils soient gays, hétéros, ou autres.

Flyde

Streap poker, pipe, Dedipix, Lady Gaga, baisée par son médecin? Un Adieu…

J’ai mis mon dernier carton dans ma deuche et me voilà définitivement parti. C’était, il y a maintenant 4 ans, 5 mois, 2 jours et 10 heures. Je préparais mon départ depuis 2 mois et je me retrouvais face à mes choix. La réflexion n’était certainement pas aboutie: je partais, car je n’aimais plus Céline, voilà tout. J’aurais sans doute préféré rester dans mon petit confort dans ma belle maison normande, restaurée à la force de mes bras, entouré de mes deux petites têtes: brune et « châtaigne ». J’aurais pu la tromper dix ans encore avant de renoncer à cette double vie, apostasier ma sexualité; j’aurais pu rester sourd à ses gueulantes brusques et imprévisibles qui s’abattaient sur les enfants ; pour un oui, pour un non; j’aurais pu supporter son régime radical jusqu’à devenir un véritable squelette comme elle. J’aurais pu renoncer à vivre, à ressentir à nouveau la puissance des sentiments et à me complaire dans une morosité presque parfaite où l’attente était la seule occupation véritable qui m’entraînait pas à pas à ma perte.

L’atmosphère était lourde ce jour-là. Les thuyas de la voisine dansaient, les nôtres étaient morts, arrachés un par un jusqu’à la racine. Ceux-là tanguaient légèrement au vent, j’y voyais une invitation. Je ne connaissais pas vraiment la destination, mais j’avais confiance en cet appel. Minutieusement, j’avais préparé mon paquetage, la veille. Nous avions séparé nos livres, nos CD, nos DVD, nos meubles, nos cadeaux, nos photos. La culpabilité m’interdisait de solliciter mes dus. J’étais partagé entre  le « laisser derrière soi » une trace, un repère pour les enfants, des objets transactionnels comme ils disent les psychiatres, ou de s’effacer pour ne laisser que des murs vides, désolation de cet amour. On ne se chamaillait pas, le calme régnait, pesant, étouffant. Une réflexion, un souvenir nous étreignaient quelque temps, suspendant ce partage diabolique. Je lisais sa souffrance sur sa peau, sur son visage tiré dans ses yeux embués. Nos gestes étaient appliqués dans la lenteur, nous rappelant que nous vivions nos dernières heures ensemble ; retenus, aussi, lents appliqués et retenus nos mouvements ; ils étaient de circonstance.

On ne part pas comme ça, ou pas moi. Moi, j’avais mis en scène mon départ. Il me fallait la chose symbolique, l’objet de cette liberté. La seule qui m’est venue comme idée, la deux-chevaux, celle de mon oncle Thibault, une 2CV6 charleston.

C’était mon premier souvenir d’évasion, je devais avoir 13 ans. Ce dernier m’invita à traverser la France en long, en large, et en travers avec ma cousine et sa deuche. Bordeaux et noir, elle était, en triste état aussi ! Pas étonnant lorsque l’on connaît le personnage. Ce peintre en bâtiment, converti au catholicisme, vivant avec une femme libérée qui se tapait tous les diables possédant une bite et deux couilles, utilisait sa voiture comme véhicule professionnel! Les sièges et la carrosserie atteignaient leur limite de vie en quelques mois seulement.

Ma cousine et moi, on était comme cul et chemise, toujours à faire les quatre cents coups, et les pires dingueries. Je devais certainement être un peu amoureux d’elle, cela devait se voir, mon cœur se soulevait dès que le son de sa voix me parvenait. Elle était parisienne et moi pas. Elle se frottait régulièrement à des fils et filles de personnages médiatiques, avait pour copine des actrices en herbe et se voyait déjà spationaute, arpentant fièrement les plateaux télé pour témoigner de son expérience. Elle n’a jamais eu son BAC scientifique, ni un autre d’ailleurs. Elle est vendeuse de fringues aux dernières nouvelles. Nos rencontres se limitent aux mariages, de moins en moins nombreux et aux enterrements de plus en plus fréquents.

La Sarthe, la Touraine, l’Anjou, l’Auvergne, la Bretagne et puis la Gascogne, que l’on a sillonnés, la capote roulée, à ciel ouvert, contemplant les nuages, allongé sur la banquette arrière, je méditais. Je détenais cette vulnérabilité, cette maturité que les jeunes filles de mon âge développaient avant les garçons. J’étais la coqueluche de ces gentes demoiselles, le seul approchable à leurs yeux, effarouchées par les discours inintéressants du « sexe fort ». Le fossé se creusait inévitablement entre mes congénères et moi ; pourtant j’aimais bien leur présence, aux gars, surtout leurs muscles et leurs culs. Je les regardais avec attirance et répulsion, jouissant de détenir le secret qui pouvait les faire aimer des jouvencelles convoitées. Parce que j’étais tout le temps fourré avec des filles, j’étais devenu leur mascotte et l’agent secret des mecs. Parce que je les observais, et les écoutais, les filles, je connaissais leurs moindres secrets et désirs. « Tu penses qu’Alexandra, elle voudrait bien sortir avec moi ? » « T’as aucune chance, elle préfère Mathias. Tu peux toujours l’inviter au cinéma samedi voir « Falling in love ». Je crois qu’elle avait vraiment envie de le voir. »  « Très peu pour moi, c’est un film de gonzesses ! » Et c’était vrai, c’était bien un film de filles. Alexandra, c’est moi qui l’ai conviée au ciné, et c’est moi qui suis sorti avec elle. J’ai mis ma langue dans sa bouche, dans son trou, à Alexandra et j’ai touché sa chatte à travers son slip tout du long de la projection. Sa petite culotte était toute humide à la fin. Ça n’a pas duré, tous les deux : comme d’habitude, deux semaines tout au plus, je ne me souviens plus. Je garde en mémoire qu’un seul détail d’elle : ses dents extraordinairement blanches. C’est affligeant de ne plus être capable de se remémorer un visage.

 

Cet été-là, j’en ai vu, du paysage, à travers cette voiture. Elle m’emmena loin du drame familial. Le père avait encore trompé la mère, et ma mère se remettait très doucement de sa tentative de suicide. Il était bon de se laisser aller sans contrainte dans cette voiture. Les odeurs d’huile chaude, de solvants, de peinture, me donnaient parfois mal à la tête, mais me réconfortaient étrangement.

On ne part pas comme ça, ou pas moi. Moi, j’avais mis en scène mon départ. Je me souviens d’avoir rêvé devant des annonces. Pas une ne me convenait, trop cher, pas assez dans son jus, et puis il y a eu cette « 2deuche » aux phares rectangles, bleue, banquette avant arrière déchirée tout comme moi je l’étais. Je suis allé la rencontrer et suis reparti avec. Elle fut capricieuse, mais on l’aimait bien, Céline un peu moins. Elle savait que cette voiture ne resterait pas, qu’elle partirait avec moi. C’est ce que j’ai fait le jour de mon départ. J’avais enlevé la banquette arrière, et j’y ai entassé des caisses de souvenirs, et je l’ai quittée, ma femme. Elle n’était pas là à me faire signe en guise de bon voyage ; dans mon rétroviseur, il ne se reflétait que les thuyas de la voisine. Ils se balançaient de droite à gauche comme le fait une main pour dire adieu.

 

Daïdou

Ps: Le titre est un peu « putassier » mais la fin justifie les moyens…???

Petit je(u)

Il y a maintenant un mois, j’ai reçu un courriel de votre « rédac-chef » Tto, m’invitant à inaugurer cette nouvelle rubrique « Invité surprise ». Je trouvais l’idée amusante. Aussi, je me suis rendu à son invitation. La surprise était énorme : presque tout l’ensemble du staff de « une fois par moi » était présent, même Virginie et Arthur qui venaient de leur lointaine province ! Bien sur le dispositif scénique était particulier, le staff ne pouvait me voir et devait deviner mon identité en posant des questions. Le jeu était plutôt plaisant et c’est avec fidélité que je vous retranscris la presque totalité des questions.

Tto : Bonjour, tu es notre invité surprise de « une fois par moi » ! Ça te fait plaisir ?
Invité Surprise : Oui totalement. Je suis très fidèle à vos publications et depuis le début !

Tto : Je suis ravi de t’accueillir dans « Une fois par moi » le blog collectif. Et comme le veut la tradition, je te laisse donc entre les mains de ses coauteurs.

Chriss : Es-tu une femme ou un homme ?
Invité Surprise : Un homme, un mâle, un vrai avec une bite et une paire de couilles !

Lilli : Bienvenue à toi, le mâle… et tu sais t’en servir de ton jouet ou tu n’es qu’un sex-toy à deux pattes?
Invité Surprise : Pas trop mal, enfin j’espère pour le plaisir de mes partenaires.

Tto : Peux-tu nous donner quelques précisions sur tes partenaires ? Où te situes-tu sur l’échelle de Kinsey ?
Invité Surprise : En effet, la langue française prévoit une ambigüité quant au genre du partenaire. Cela peut-être masculin ou féminin en fonction du pronom possessif : « mon partenaire », ou « ma partenaire ». Pour cultiver un peu de mon mystère, je me situe entre trois ou quatre sur l’échelle de Kinsey suivant les opportunités, et les rencontres.

Ditom : Donc tu es bisexuel ?
Invité Surprise : Ma sexualité n’est pas définie. Je suis un prédateur qui peut chasser sur tous les terrains.

Flyde : Es-tu connu dans le monde entier ? Un people que l’on voit à la télé ?
Invité Surprise : Non, et je ne le souhaite pas. Je rayonne uniquement dans une sphère privée ou presque; même si il m’est arrivé d’être interviewé par des journalistes de France 3 région sur des sujets pointus.

Virginie : Es-ce que ton métier exercé aujourd’hui, tu souhaitais le pratiquer quand tu étais enfant ?
Invité Surprise : Le monde de l’enfance ne connaît pas les difficultés et les embûches que la vie vous tend. Aussi je dirais que mon métier actuel est proche de mon rêve. C’est un cousin germain en quelque sorte.

Aeriel : Es-ce que tu vas bien ?
Invité Surprise : Aujourd’hui, je peux dire que tout va bien ! Je n’ai pas été épargné par la vie. Mais je crois que c’est le lot de pas mal de gens. Même le fils Sarko a souffert… de son père ?

14 141 : As-tu l’habitude d’écrire ? Ne serais-tu pas bloggeur par hasard ? Célèbre ?
Invité Surprise : En effet, j’ai eu un blog qu’autrefois j’alimentais régulièrement mais j’ai diminué ma production d’articles depuis quelque temps maintenant. Plus trop le temps d’écrire. Ma notoriété était très circonscrite, très loin derrière un Matoo, un Embrun ou un Tto!

Arthur : Pourquoi blogguer?
On m’attribue l’etiquette d’auteur de blog « extimes »  (journal intime dixit Michel Tournier). Je ne le revendique pas, j’écris. J’écris parce qu’il le faut, parce que je ne peux pas m’en passer, parce que c’est vital!

Chriss : As-tu déjà couché avec des lecteurs de ton blog ?
Invité Surprise: Je te reconnais bien là, coquin ! Tu veux aussi que je te décrive les positions préférées de mon kamasutra ? Disons que j’aurais pu succomber à plusieurs propositions indécentes mais j’ai quelques principes dans la vie. J’essaie de m’y tenir.

Madrox : Es-tu canon ?
Invité Surprise : Je le ne suis pas. J’ai du charme et je sais m’en servir. En ce qui concerne mon corps, j’essaye d’y prendre soin comme tu le prodigues dans ta rubrique mais le temps a déjà eu une emprise sur mes exploits sportifs. La fermeté de ma jeunesse est en train de passer…

Andréa : Tu te situes dans quelle fourchette d’âge? 30-35 ans ? 35-40 ans ?40-45 ans ?45-50 ans ?ou bien entre 50 et 60 ans ?
Invité Surprise : En ce qui concerne la tête, je dois me situer entre 30 et 35 ans mais le corps est un plus vieux, entre 40 et 45 ans…

Jf : As-tu une compagne ou un compagnon de vie ?
Invité Surprise : Un chien ? Ou une chatte? Rien de tout cela, j’ai bien mieux ! Je partage ma vie avec mon homme ! C’est un drôle de zèbre mais j’en suis éperdument amoureux de jour en jour malgré son caractère de cochon !

Louisianne : Tu as des questions existentielles ? Des problèmes dont tu ne peux pas parler ? Des complexes ?
Invité Surprise : Je lis tes conseils psycho drôles avec attention, mais effectivement j’ai quelques complexes mais rien d’anormal, je te rassure.

Gégé : Te drogues-tu ?
Invité Surprise : Il fût un temps où le shit faisait partie de ma vie. Mais, depuis maintenant presque 15 ans, j’ai tout arrêté car je suis devenu responsable d’autres vies que la mienne…

Flyde : Pour ou contre la retraite à 62 ans et 67 ans?
Invité Surprise : La question des retraites cache de vraies questions sociétales. Aujourd’hui, le gouvernement demande à la population française de travailler plus longtemps pour maintenir notre système mutualiste. Je doute que reporter l’âge de la retraite soit un levier juste. Le capital et les revenus financiers pourraient être mis à contribution largement. En effet, les millionnaires qui sont de plus en plus nombreux en France, vivent dans l’opulence et la négation de la valeur travail. Je suis très attaché à la  justice sociale. Aussi voir toutes ces richesses produites par le fruit de notre travail détenues par quelques personnes me révoltent d’autant que les largesses accordées par le gouvernement à cette classe sont particulièrement abusives (bouclier fiscal).  Plus je vieillis et plus la lutte des classes se ravive en moi !

 

Qui suis-je ?


Indice:

« On me fait entrer dans une salle d’attente plutôt austère, pas qu’elle soit franchement ascétique mais ces tons pastels clairs installent une atmosphère d’un air d’hôpital cherchant désespérément à mettre un peu de gaîté sur leurs murs. C’est mon premier rendez-vous. Je m’installe sur une vulgaire chaise fraîchement rempaillée, mon dossier papier bien serré entre mes mains.

C’est ma mère qui me l’a conseillée, il paraît qu’elle est très bien. Nous sommes quatre à nous faire face, chacun avec une affaire sur le feu, sur le gaz, une affaire à liquider, à solder, pour nous vider, pour nous débarrasser de nos tristesses, sauter les obstacles de nos petites déprimes, de nos petites névroses. Nous sommes quatre à nous dévisager, à scruter nos visages crispés, à désirer écouter l’histoire de l’autre, afin de se délecter de son malheur comme pour se rassurer que la sienne est moins ceci, moins cela et plus ça. Je prends le premier magazine sur la table comme j’ai l’habitude de procéder dans une salle d’attente, sans chercher un article qui m’intéresse, simplement poser mes yeux sur un page griffonné d’écriture et de photos.

La femme au chignon ne cesse de me fixer, l’air amusé ou moqueur, je ne sais pas trop bien, alors je reste imperturbablement scotcher à ma revue, tenue de mains fermes. Je ne me souviens pas vraiment par quoi j’étais traversé à ce moment-là, mais mon regard concentré baladait la page. Un bref coup d’œil par-dessus le périodique, je m’aperçois que la dame au chignon et l’autre aux teints délavés se murmurent des petites choses, des cachotteries de gamines. Je suis leur cible visiblement. Je décide de ne pas prêter attention à ces cancans moqueurs. Devant l’insistance de leur regard, je cherche désespérément un détail vestimentaire saugrenu ; en vain, je me replonge dans ma lecture mais le magazine était à l’envers, voilà tout ;

La dame au chignon se lève précipitamment à l’appel de son nom. À la porte de la salle d’attente, une petite bonne femme se tient là, le regard franc et malicieux. « C’est-elle » me suis dis-je. Il n’y avait aucun doute, ça ne pouvait être qu’elle. Elle ressemble à Bactérie en plus rondelette et en plus mature aussi, plus veille quoi ! Sauf que son regard est naturellement maternant, rassurant. La deuxième femme se retire poliment. Je suis pourtant arrivé avant elle… j’aime attendre de longues minutes en pensant à rien, à me laisser glisser dans une rêverie, mais celle à laquelle je m’abandonnais, ne me convenait pas. Je voulais en finir avec ce rendez-vous, mettre un terme à ce long cheminement.

[Il est tant de mettre de l’ordre dans ma vie, me dis-je!]

Mon nom résonne dans un extraordinaire écho. Une femme, à la carrure de Laurence Boccolini, me fait face, l’air de « je vais m’occuper de toi et en faire que d’une boucher de ta petite affaire ! ». Je lui serre la paluche avant qu’elle me conduise dans son cabinet, une pièce exiguë au mur crème quadrillé par un papier de verre de piètre qualité. Je m’assois donc sur la chaise, face à elle, comme chez ma psy. Et puis je déballe ma misère comme chez ma psy, et je crève l’abcès purulent comme chez la psy, et puis je m’étale comme chez la psy, mais à ces réponses, je n’ai pas affaire à une psy ! C’est mon avocate parbleu ! Nom d’une saperlipopette !!!

L’exposé finit, elle me regarde froidement : « On va reprendre point par point, Monsieur xxx ». Elle prend note soigneusement puis, d’un geste machinal, saisie son dictaphone en hurlant les mots : divorce, M.xxx contre Madame kkk, enfants, garde, … , je revois alors ma vie, de ces derniers mois, défilée à une vitesse phénoménale ! Il paraît que c’est comme ça quand on se meurt, on revoit sa vie ; alors dans cet instant, je crois que je suis un peu mort. Ressuscitant juste après qu’elle est appuyée sur le bouton « stop », elle me dévisage. « Vous n’avez rien à ajouter, Monsieur Scribouille ? » « Si, j’ai omis un détail, je suis bisexuel et j’aime un jeune homme ». Imperturbable, elle attrape un stylo-feutre rouge et marque en gros sur mon dossier : « Orientation sexuelle non déterminé – bisexuel ».

Le couperet tombe, cinglant, et comme toujours je ne me trouve pas là ou je devrais être. Son visage fermé : « Vous avez bien réfléchi pour les enfants ? Vous souhaitez vraiment une résidence alternée ? ». Oui ! Madame, l’avocate, j’ai bien réfléchis, je veux mes enfants à mes cotés et moi aux leurs. Aucun obstacle, même ma sexualité, ne pourra m’empêcher d’aimer et d’éduquer mes enfants. Elle referme le dossier, me tend sa main, me broie la mienne au passage, et referme, comme ce foutu dossier, la porte sur mon espoir de voir des jours meilleurs, des jours où tout ceci sera loin de moi. »

Baisé par un gynéco devant une caméra

Vous avez lu le titre. Vous vous demandez pourquoi diable je vous parle de gynéco et si, par hasard, cela aurait quelque chose à voir avec mon souhait du mois. Vous attendez du croustillant, du sexe torride, une webcam branchée sur chatroulette à l’instant même où vous lisez ces lignes déversant des images d’un plan glauque avec un docteur de dernière zone.

En fait, « baisé par un gynéco devant une caméra » est juste un truc qu’un internaute a tapé sur google et qui l’a fait atterrir ici. Je trouve cette expression tellement belle et poétique que j’ai décidé de la faire mienne pour un jour. Pour un mois.

Faute d’avoir vécu cette expérience, je suis heureux que le mois que je viens de vivre s’achève enfin. Une chaudière en rade, des lavages à l’aide d’une bassine, un délestage de 2500 euros pour enrichir le chauffagiste, mon concubin notoire qui se lance dans le bloguisme avec passion, une collègue frappée d’une hémorragie interne absente pendant la majeure partie du mois, du travail comme s’il en pleuvait, des cours de théâtre au cours desquels je me cherche et la fièvre, le lit, le nez qui coule, les yeux qui piquent…

Ce n’est pourtant pas à cause de tout ça que je ne veux pas revivre le mois qui vient de s’écouler mais pour quelque chose qui m’a fait beaucoup plus mal.

Oui, au mois de septembre, je pense avoir perdu définitivement un ami… Et des vrais amis, je n’en ai pas des tonnes.

Je prends l’amitié très au sérieux. Parfois, je reste pourtant des semaines, voire des mois sans donner signe de vie. Je déteste cet aspect de moi, mais je ne peux pas le nier… Il existe.

J’ai par exemple cette amie très chère, Séraphine qui vit en Norvège avec son mari et ses enfants en ce moment:  le dernier message que nous nous sommes envoyés date du début août et la dernière fois que nous nous sommes vus furtivement, entre deux trains, date du mois de juin. Pourtant, je sais que peu importent les mois ou les années qui passent, je pense à elle et elle pense à moi. Je sais que si demain elle se trouvait en bas de chez moi, elle aurait juste à monter pour que nous reprenions la conversation juste à l’endroit où nous l’avions laissée il y a des mois. Je sais que si demain j’avais un problème, j’aurais juste à composer son numéro pour entendre une voix amie.

Je vois l’amitié comme un sentiment complètement désintéressé. Aimer l’autre pour ce qu’il est, le respecter, sans instinct de possession, sans jugement. Je vois l’amitié comme un sentiment d’appartenance à une même famille. Apparemment, tout le monde ne définit pas ce sentiment de la même façon…

Prenez cet ami là, celui dont je vous parle entre les lignes depuis le début de cette note. Nous nous sommes rencontrés il y a quelques années. J’étais en pleine phase de changement de vie, après huit ans passés avec la même personne. Lui était en phase de questionnement intense. Je l’ai certainement aidé dans ce questionnement, dans ce cheminement. Il était en couple depuis un certain nombre d’années et son mec de l’époque m’a détesté tout de suite, certainement parce que je ne suis jamais entré dans son jeu et parce qu’il sentait que notre rencontre sonnait le glas de sa relation avec celui dont il se pensait le mentor.

Un jour, mon ami m’a lancé qu’il me considérait comme son frère. Je suis fils unique. Cette déclaration m’a particulièrement touché. Je me suis senti investi d’une responsabilité et d’un sentiment inconditionnels. J’étais là pour lui et il était là pour moi. Nous éprouvions une complicité sur quasi tous les plans. C’était aussi simple que ça.

Puis, mon ami a rompu. Il a rencontré quelqu’un d’autre… Puis, j’ai rencontré mon petit Piero. Au fur et à mesure, il a cessé de m’inclure dans sa vie et de m’intégrer dans ses plans, tout en me reprochant d’être distant. J’ai feint de ne rien remarquer alors que je souffrais de cette attitude.

Je n’étais pas fan de son nouveau mec, certainement très gentil, très intelligent et tellement… Snob, hautain et donneur de leçons… Mon ami a endossé le costume du couple. Celui qui conduit certains à une abnégation de leur personnalité tout en épousant intégralement les goûts et les opinions de l’autre. Je ne lui ai pas dit que je ne me sentais pas bien avec son nouvel amour, parce que je ne m’en sentais pas le droit et par respect pour ses choix. De mois en mois, je me suis rendu compte que je n’étais plus fan de lui non plus.

Un jour, il m’a dit de but en blanc qu’il n’appréciait pas mon petit Piero. Un jugement sans appel rendu entre deux portes. Je crois que ça m’a fait mal.

Puis, au cours des mois qui ont suivi, il est devenu particulièrement dur à mon égard. Il n’arrêtait pas de suggérer que j’étais malheureux ou pas épanoui. Plutôt que de m’écouter, il me donnait son sentiment sur la manière dont, selon lui j’aurais dû conduire ma vie. Il prenait mal le fait que je ne suive pas systématiquement ses préconisations. Il citait souvent son couple en exemple pour m’indiquer que je n’étais pas sur le bon chemin. Je ne lui reconnaissais pas le droit de me dire comment vivre, qui aimer ou tout simplement de m’indiquer si je devais me sentir bien ou mal. Et pourtant je n’ai rien dit… Je ne lui ai jamais dit  par exemple que je n’aimais pas la personne avec laquelle il vivait quasi-quotidiennement. Pourquoi? Par peur de le perdre sans doute… Par peur de perdre le souvenir de ce que nous avions été.

Alors, j’ai fait des efforts. J’ai essayé de continuer à les voir tous les deux, j’ai fait semblant de ne pas voir qu’ils ne m’incluaient dans aucun projet, dans aucune soirée, j’ai feint de prendre comme une plaisanterie le fait que son nouvel amour me lance au détour d’une conversation, sans la connaître, que ma mère était un dictateur.

… Jusqu’à la semaine dernière.

Un commentaire de trop sur mon blog tourné contre la personne que j’aime. Le manque de respect encore une fois.

Un message me disant que j’avais mal compris la démarche a bien suivi.

J’ai lu. Je voulais répondre. J’étais en colère, je me suis dit que j’allais laisser reposer tout ça en moi. Et puis, j’ai décidé que j’en avais marre que l' »on » me dise que je comprenais mal ou que j’interprétais n’importe quoi. Que je sache, pour communiquer il faut un émetteur du message et un récepteur de ce message. Si le récepteur ne perçoit pas le bon message, c’est que l’émetteur a mal fait son boulot. That’s it.

Je ne répondrai pas à ce message. C’est fini. Sans doute définitivement.

Vous comprendrez aisément que, plutôt que de vivre ce mois là, j’aurais préféré me faire baiser par un gynéco devant une caméra…

Alors mon souhait pour le mois d’octobre et pour tous ceux qui suivront, c’est  juste de ne plus perdre aucun ami.

Madonna et Gwyneth

Ditom

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