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Pièce montée de toutes pièces

Avant je fumais. Je ne mangeais pas de gâteaux, je n’étais pas fan de sucre. Je préférais avaler des bouffées de radicaux libres qui me donnaient prestance et style.

Et puis, la cigarette est devenue ringarde. Les images de souffrance des gens en phase terminale de cancer et la peur de vieillir trop tôt ont eu raison de mon addiction.

Pour compenser, je me suis mis à manger des blinis, du tarama, de la crème fraîche et… Des gâteaux. Est-ce que je me sens mieux? Non. Définitivement non.

Les gâteaux sont une addiction comme une autre. Les vitrines en regorgent, tous plus appétissants les uns que les autres. Mes souvenirs des villes étrangères tiennent moins aux monuments visités, aux richesses des musées, à la gentillesse des habitants qu’aux noms et aux goûts des gâteaux que j’y ai mangés. Les sacher torte, les schwartz walde, les mozart torte me transportent vers Vienne. Les Tartufi, les tiramisu, les pana cotta, les amaretti m’emmènent à Rome. Les cookies de Ben, les white and dark cheese cakes, les tortas di Nero m’emportent à Londres.

Cela vous fait voyager? Vous retrouvez la poésie et la beauté des desserts?

Moi non.

En 2011 j’aurai 35 ans et chaque gâteau avalé me désespère un peu plus. Je mange de la culpabilité, de la peur et du plaisir. J’ai peur que mon corps ne change de forme, qu’il s’empâte irrémédiablement jusqu’à ce que ma jeunesse ne soit plus qu’un lointain souvenir. Je me sens coupable de mon absence de volonté lorsqu’il s’agit de refuser un bon gâteau  ou d’être capable de traverser Londres pour trouver LE cookie ultime qui me fera fondre de plaisir quitte à en manquer mon train.

Un arbitrage interne douloureux me fait souffrir de plaisir à chaque cuillère. Déguster un gâteau est un plaisir masochiste. Avoir la sensation que je pourrais ne jamais m’arrêter de manger est délicieux. Penser à la déformation potentielle de mon corps, jusqu’à produire une masse graisseuse informe, si je succombais sans cesse est une torture.

L’idée qu’un simple gâteau puisse, chez la plupart d’entre nous, véhiculer autant d’affect et créer autant de peur qu’il en compense, l’idée qu’un simple gâteau soit reliée à la mère, à la mort, à la sexualité, à la frustration personnelle et professionnelle est vertigineuse.

Le thème imposé par l’anniversaire de notre petit blog chéri qui grandit un peu plus chaque jour m’a emmené beaucoup plus loin que je ne l’aurais voulu… A la base mon idée, c’est quand même de penser à un souhait par mois.

Et mon souhait du mois le voici:

Je voudrais surgir un jour, frais et pimpant, de l’intérieur d’une pièce montée pour me marier dans la foulée.

Pffff. Je me demande vraiment où je vais chercher tout ça! Le Conseil Constitutionnel m’a pourtant rappelé la semaine dernière qu’il n’était pas encore arrivé le jour où je pourrai me marier avec celui que j’aime…

Mais il est permis de rêver, non?

Ditom

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