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Berceuse basque et dernier article

En ce 26 décembre – quoique j’écrive cet article le 26 novembre – j’imagine bien la difficulté de certains à émerger. Loin de moi de vouloir d’ailleurs les réveiller, puisque c’est avec une berceuse que je leur propose de continuer à baigner dans l’esprit toujours un peu comateux des lendemains de fêtes et des chants de Noël, version basque avec le traditionnel Aurtxoa Seaskan chanté par Luis Mariano

Aurtxoa Seaskan

Je reprends cet article pour y ajouter un addentum, juste pour annoncer, en cette fin d’année, mon départ d’Une fois par moi pour voler vers d’autres cieux. Cet article sera donc le dernier que je publierai ici. N’étant pas en phase avec le dernier courriel reçu ni sa façon de faire, je reprends tout naturellement ma liberté.

Jerem

 

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La première fois …

… que le mot gay fut prononcé sur grand écran.

Sans vouloir faire l’histoire complexe de ce mot dans son acception actuelle qui lui sert à désigner les homosexuels, et même par évolution du sens, de plus en plus les homosexuels les plus militants uniquement, mon article du jour se cantonnera à la première fois que ce mot fut utilisé sur grand écran.

Nous sommes en 1938, dans un film d’Howard Hawks, L’Impossible Monsieur Bébé (Bringing up Baby).

Cary Grant auquel Katharine Hepburn a joué le vilain tour d’envoyer ses vêtements au teinturier afin de le retenir auprès d’elle, se voit contraint de revêtir une robe de chambre de femme. C’est alors que la tante de Katherine sonne à la porte.
Je vous laisse regarder en image (c’est en anglais mais largement compréhensible)

Dans une improvisation soudaine, Cary Grant se met à sauter en l’air, en agitant soudainement les mains et en s’écriant: « Je suis devenu gay tout à coup », jouant du double-sens gai/gay à une époque où gay reste inconnu du grand public et est surtout utilisé par les « tantes » pour désigner tout ce qui était extravagant, ostentatoire, exubérant dans le comportement et l’attitude donc aussi les « tapettes flamboyantes ». Bien entendu la censure n’y a vu que du feu. Certains ont pu penser que Grant n’avait pas l’intention de donner une connotation « gay » à sa phrase. Cela est peu probable, surtout qu’allant s’asseoir sur les marches, il ajoute: « Je suis assis au milieu de la 42ème Rue pour attendre l’autobus ». Or, à l’époque, la 42ème Rue est très connue des homos pour être le principal lieu d’activité des prostitués masculins, y compris des prostitués travestis et Grant ne l’ignorait certainement pas. Répondre que l’on attendait l’autobus était une façon comme une autre, pour ceux qui y draguaient, de contenter les curieux qui auraient pu avoir quelque soupçon, seul un homo comprenant le sens caché dudit autobus.

Voila, voila !

Jerem

Séquence émotion

Ce mois-ci mon billet sera court; il vous invite à écouter une chanson de 1965, dûe à Georges Chelon et à vous faire partager l’émotion qui a été la mienne la première fois que je l’ai entendue. La séquence qui suit est tirée de la célèbre émission d’Albert Raisner (disparu en janvier 2011), Tête de Bois et Tendres Années.

Allez, juste parce que vous avez été sages, une autre chanson du même Georges Chelon, de la même année

Jerem

 

Les enfants du Paradis

Les enfants du Paradis, de Marcel Carné, dialogues de Jacques Prévert, musique de Joseph Kosma et décors d’Alexandre Trauner, tourné dans des conditions difficiles entre 1943 et 1944 et sorti en mars 1945 sur les écrans, est sans doute le chef-d’œuvre absolu du cinéma français sans que l’on puisse expliquer par des mots cette « magie », en sorte que nous dirions, un chef-d’œuvre, ça ne s’explique pas, ça se regarde.

Film sur le théâtre et la pantomime, joué par des acteurs dont beaucoup ont faut leurs débuts au théâtre, dont l’action se construit autour du Boulevard du Temple, surnommé le Boulevard du crime à cause des nombreux meurtres représentés dans les mélodrames que l’on jouait dans les théâtres populaires qui bordaient ces lieux et des actes délictueux et beaucoup plus réels qui s’y commettaient (voir le personnage de Lacenaire), il permet à Carné, sans en avoir l’air, de transgresser les carcans de la société sous prétexte de peindre un milieu populaire auquel, traditionnellement, une plus grande « tolérance » dans la licence est acceptée, sans être forcément approuvée, tout en se situant dans un registre qui oscille entre rêve, réalité et clichés répandus dans la littérature sentimentale (ex : le comte qui tombe amoureux d’une théâtreuse, le jeune rêveur romantique, l’assassin au charme mystérieux …)

Or, de tous ces éléments, Carné et Prévert vont s’en servir pour casser les codes et contester, sans en avoir l’air, la morale « vichyssoise » de l’époque.

Ainsi, Garance (Arletty) est-elle une femme qui a beaucoup vécu comme le montrent la facilité à laquelle elle cède à Frédérik Lemaître (Pierre Brasseur est admirable dans ce rôle qui lui va comme un gant), ses réparties spirituelles issues du bon sens populaire du pavé parisien et son affirmation de sa liberté de femme ; liberté à la fois vraie et illusoire, car elle doit y renoncer suite à un crime qu’elle n’a pas commis et doit se placer sous la protection du Comte de Montray (Louis Salou) qui est tombé amoureux d’elle après l’avoir vu jouer aux Funambules.

Ainsi Lacenaire (Marcel Herrand), personnification de la figure mythique de l’assassin romantique, homme qui, aigri par son manque de réussite par des moyens légaux, s’estime persécuté par la société et décide de s’en venger par tous les moyens, y compris sa sexualité : gestes, façon de toucher le bras d’Avril (Fabien Loris), son complice, certains dialogues, font allusion à son homosexualité (du reste, Marcel Herrand lui-même était homo et le fait qu’on lui ait confié le rôle n’est peut-être pas anodin du tout. Au moins, pour une fois, un homo était réellement joué par un homo à l’écran). Certains pourront reprocher à Carné d’avoir donné dans le cliché homosexualité/perversion/criminalité, mais pouvait-il faire autrement avec un personnage comme Lacenaire et pouvait-on, à l’époque, même quand on était homo soi-même (ce qui est le cas de Carné), représenter autrement l’homosexualité dans la France de Vichy sous peine de ne pas passer la censure ?

Ainsi enfin, Frédérik Lemaître (Pierre Brasseur), bon vivant qui joue aussi bien sur scène que dans la vie et qui scandalise autant qu’il amuse par son plaisir à profiter de la vie en renversant les tabous de la société : ainsi couche-t-il avec Garance sans plus de façon, ainsi tourne-t-il en ridicule les auteurs de l’Auberge des Adrets auxquels il « taille un costard » en se payant le luxe de refaire leur pièce en mettant les rieurs de son côté, tout en rêvant de monter un jour sur scène, Othello de Shakespeare.

Face à ces figures, on trouve les personnages du mime Baptiste Debureau (Jean-Louis Barrault) et de Nathalie (Maria Casarès).

Baptiste est ce jeune homme romantique que l’on pourrait croire sorti de la littérature « fleur-bleue » de l’époque de même que Nathalie, jeune fille très « comme il faut » de l’époque, donc mièvre, enfermée dans les clichés qui, pour elle, sont les clés du bonheur domestique ; jeune fille si effacée qu’on ne connaît d’elle que son prénom et rien de sa vie, comme pour nous la rendre encore plus transparente.

Alors que, comme dans toute littérature classique, les deux tourtereaux devraient tomber dans les bras l’un de l’autre, Garance vient troubler le jeu et provoquer un amour indélébile dans le cœur de Baptiste qui, par timidité, n’ose coucher avec elle, la laissant échapper alors qu’il l’aime profondément.

Amour que le temps et l’éloignement de la belle ne sauront effacer, pas plus qu’une union avec Nathalie, comme, de son côté, Garance ne pourra l’oublier.

Pourtant, nulle « happy end » à ce film ; le destin, comme au théâtre, emporte les hommes : Lacenaire assassine le comte de Montray pour accomplir le sien et Garance, telle le destin fatal, malgré une nuit passée avec Baptiste, s’enfuit et le rend à son bonheur domestique à jamais impossible, tandis qu’elle-même disparaît à jamais sans que Baptiste ait pu la rattraper.

D’ailleurs, dans le film, Garance, unique lien avec tous les personnages, hormis le Boulevard lui-même, n’est-elle autre chose que la personnification du destin qui s’en va une fois son œuvre accomplie ?

Alors, laissons-lui le mot de la fin, ou presque :

Happy new Year

A l’heure où vous lirez ces lignes, l’heure de la rentrée et donc de la nouvelle année aura bientôt sonné pour nombre d’enseignants du premier et du second degré. L’occasion pour leur souhaiter à tous, via cet endroit, une bonne et heureuse année 2011/2012 et surtout bon courage.

Bon courage face aux agressions multiples dont ils sont les victimes depuis la fin des années 1990 et l’époque d’Allègre et de Royal jusqu’à aujourd’hui, que les ministres soient de gauche ou de droite, et qui les désigne à à l’opinion publique comme des fainéants toujours en vacances ou en grève et lourdement responsables du déficit des finances publiques par leur trop grand nombre, raison pour laquelle les postes des titulaires sont supprimés à tour de bras.

Bon courage face à ce mépris qui maintenant s’étend même jusqu’à leurs diplômes et les concours qu’ils ont passés pour enseigner (bac + 3 autrefois, bac + 5 aujourd’hui depuis la masterisation des concours) puisque le pouvoir en place  a décidé délibérément de les dévaloriser en prétendant que des types recrutés à pôle-emploi peuvent faire mieux et pour moins cher.

Bon courage parce que, suppressions de classes donc de postes oblige, le nombre d’élèves à prendre en charge explose au mépris d’un réel suivi de chacun d’entre eux, et que ces mêmes suppressions les propulsent sur deux ou trois établissements différents –  où les manuels sont différents -, parfois distants entre eux de plus de 50km et entre lesquels il faut courir pour donner cours.

Bon courage aussi face à cette espèce qui s’appelle parents et qui considère d’abord que « petit chéri » ne ment jamais, ne triche jamais, ne se masturbe jamais en classe, que c’est forcément à cause du prof s’il a une mauvaise note et que l’école est d’abord une immense agence de voyage à frais réduits.

Bon courage face à des élèves modernes de moins en moins éduqués par ces mêmes parents qui considèrent désormais que c’est à l’école de prendre en charge l’éducation, la garde, les devoirs de leur progéniture, quand ce n’est pas leurs vacances avec l’école ouverte.

Bon courage encore à tous ceux dont la direction n’est pas à la hauteur et qui voient des élèves arriver avec 20 minutes de retard en cours et n’être pas sanctionnés ou encore assister aux cours comme si de rien n’était alors qu’à l’heure précédente ils ont copieusement insulté un collègue et ont tenté de lui donner un coup dans l’espoir de provoquer une réaction mécanique et malheureuse de celui-ci qui n’eut pas lieu.

Bon courage toujours face à ces mêmes directions trop promptes à adopter la dernière connerie pédagogique à la mode pour se faire mousser, de la suppression totale de toute notation chiffrée en 6ème sous prétexte d’évaluation par compétence aux pseudo journées d’éducation à la santé, en passant par les petits-déjeuners « solidaires » ou l’écocitoyenneté … ou quand on ne sait plus si l’on est dans le domaine de l’éducation ou de la propagande et qui pratiquent la réunionite aigüe le soir après les cours, pendant des plombes, réunions dont rien ne sort jamais.

Bon courage à ceux qui doivent affronter l’épreuve des banlieues, ces endroits où, pour avoir osé demander son carnet à un élève, vous pouvez vous retrouver menacé de mort par un môme de cinquième et subir des représailles qui n’hésitent pas à s’en prendre à votre voiture, vos biens …

Et si d’aventure certains ont encore le courage de dire que les profs font un métier de fainéant uniquement attirés par le privilège des vacances (qui font qu’ils sont payés 10 mois sur 12), qu’ils passent les concours (s’ils y arrivent) et viennent donc enseigner voir si c’est si reposant que cela !

Quant-au reste, on leur souhaite tout de même de bons moments pédagogiques et de complicité – çà arrive ! -, pleins de perles plus ou moins drôles ou attristantes dans les copies, et une bonne année scolaire 2011/2012 en attendant ce jour lointain, quand ils auront entre 65 et 70 ans, où viendra l’heure de la retraite … s’ils y arrivent.

Août avec Tino/August with Tino

Si pour beaucoup d’entre nous, Tino reste surtout connu pour être l’interprète du fameux Petit papa Noël et de quelques autres ritournelles dont une restée célèbre pour avoir été parodiée dans les années 70 à des fins publicitaires par Thierry Le Luron, ce fut aussi et surtout l’un de nos tous premiers chanteurs de charme, déchaînant les passions aussi bien en France, qu’en Europe ou aux Etats-Unis, qu’il chantât en français, en italien ou en corse (sa chanson Vieni Vieni fut classée première du « Top tune of the week » (le hit-parade américain de l’époque) vingt huit semaines d’affilée). Evidemment, on est loin de Lady Gaga et des musiques amplifiées, mais de temps en temps, se laisser bercer par une romance chantée par Tino, c’est un plaisir auquel je ne renonce pas … un peu de douceur n’ayant jamais fait de mal à personne.

Juin 1940, quelles sont les causes du désastre ?

COMMENT EXPLIQUER LA DEFAITE DES ALLIES EN 1940 ?

Lorsque les troupes allemandes passent à l’offensive à l’Ouest, le 10 mai 1940, leur victoire est loin d’être assurée.

En effet, si la France a surtout misé sur la Ligne Maginot, série d’ouvrages fortifiés destinés à protéger ses frontières du Nord et de l’Est de l’invasion allemande, mais qu’elle n’a pu poursuivre, faute de moyens, au-delà des Ardennes – elle s’étend sur 140 km de Huningue à Montmédy, elle et ses alliés sont loin d’être en position d’infériorité par rapport à la Wehrmacht.

(Fort du Hackenberg, à l’est de Thionville)

Rien que sur le plan des effectifs, les alliés peuvent aligner 5,5 millions de Français (troupes coloniales comprises), 500 000 Britanniques du Corps expéditionnaire, 400 000 Hollandais et 650 000 Belges contre 4,2 millions d’Allemands (+ 10 000 Waffen-SS).
De même, au niveau de l’armement, les alliés sont loin d’être dépassés par les Allemands; ils peuvent aligner :
– 14 000 canons quand les Allemands n’en ont que 7 300,
– 4 204 blindés dont notamment  3 254 chars français parmi lesquels les Somua S-35 et les Renault type-B, dont les blindages sont supérieurs au meilleur char allemand, le Panzer-IV, contre 2 439 côté allemand (à noter d’ailleurs que l’armée allemande, en dehors de ses blindés, comme l’armée française, est encore largement hippomobile; c’est ainsi que 2,7 millions de chevaux furent mobilisés par l’Allemagne pour la guerre)

(Char Somua S-35)   

 – 3 562 avions contre 3 575 allemands, mais avec une infériorité certaine liée à deux éléments, l’éparpillement de notre aviation sur de nombreux terrains du Sud-Ouest et en Afrique du Nord, donc loin du champ de bataille et la réticence des Anglais à engager leur avion le plus moderne, le Spitfire, dans des combats loin des côtes britanniques. Résultat, le jour de l’offensive, les alliés ne peuvent aligner que 1 453 avions, et pas toujours des plus modernes, face à 2 589 avions allemands.

Dans ces conditions, où chercher les causes de la défaite ?


Certains, immédiatement après celle-ci, ont voulu en faire une affaire politique et accuser le Front populaire d’en être le principal responsable; c’est la thèse du Maréchal Pétain lui-même dans un discours resté célèbre où il dénonce l’esprit de jouissance né du Front populaire qui aurait anéanti la volonté de résistance face à l’ennemi (« L’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu’on a servi. On a voulu épargner l’effort; on rencontre aujourd’hui le malheur », discours du 20 juin 1940).
En fait, il conviendrait plutôt de rechercher les vrais responsabilités parmi les militaires eux-mêmes dont les erreurs stratégiques et militaires se sont accumulées au point de provoquer l’effondrement de l’armée française en moins d’un mois.
Tout d’abord, leur inertie durant la période dite de la « Drôle de guerre » a permis à Hitler, à la fois d’écraser en toute tranquillité la Pologne, alors que si les combats avaient duré plus longtemps et si la guerre avait été ouverte sur les deux fronts, l’armée allemande se serait écroulée par manque de moyens militaires suffisants, et de pouvoir préparer un plan de bataille qui ne soit pas une réédition de la manoeuvre de 1914. En effet, Hitler, pris au dépourvu par la déclaration de guerre du 03 septembre, n’a aucun plan de campagne avant que von Manstein ne lui en fournisse un en février 1940.

(Von Manstein)

Ensuite, alerté aussi bien par le pape Pie XII, de la date et du lieu de l’attaque sur les Pays-Bas que par des reconnaissances aériennes qui signalent pendant trois jours, à partir du 12 mai, la présence de 41 000 chars et véhicules allemands bloqués dans un embouteillage de 250 km de long à la frontière avec les Ardennes, l’Etat-major croit à un leurre, ne commande aucun bombardement et persiste à penser qu’Hitler réédite la manoeuvre Schlieffen de 1914, raison pour laquelle, dès le début des hostilités, nos meilleures unités, équipées des matériels les plus modernes, sont engagées massivement en Belgique.
De plus, contrairement aux Allemands, la stratégie française continue à considérer les chars comme de simples moyens d’accompagnement de l’infanterie, d’où un certain nombre de problèmes: des réservoirs de faible taille et donc des chars qui tombent souvent en panne faute de ravitaillement en essence, un chef de char obligé d’être multi-fonction dans sa cabine, et des moyens radios quasi-inexistants à bord. Dans ses conditions, inutile de penser même qu’ils aient pu envisager, comme les Allemands, de procéder au soutien des chars par l’aviation, stratégie sur laquelle repose la force de frappe de la Wehrmacht et qui est à l’origine de ce que l’on a appelé depuis la Blitzkrieg (la guerre-éclair).
Pourtant, les quelques batailles de chars, comme par exemple à Hannut, du 12 au 14 mai 1940, démontrent que nous faisions jeu égal avec les Allemands dans ce domaine.
Enfin, il faut relever la lenteur de l’Etat-major, lui-même, à mettre en place des stratégies de riposte, alors même que les blindés allemands, négligeant toute prudence, se sont souvent retrouvés coupés de leurs lignes arrières, au point de provoquer des sueurs froides chez les hauts responsables du commandement allemand.
En effet, aussi peu confiants que les Français dans les unités autonomes de blindés, le haut-commandement avait menacé de les replacer sous les ordres de l’infanterie. Par peur que cela n’arrive, les chefs de chars, sans tenir compte des consignes de prudence, avancèrent à toute vitesse, ce qui s’avéra décisif dans la victoire de l’Allemagne, mais aurait pu tout aussi bien causer sa perte si l’armée française avait pu s’immiscer entre la percée des chars et les lignes arrières.
On pourrait aussi s’interroger sur le remplacement, en pleine bataille, du général Gamelin par le général Weygand: peut-être pas la meilleure solution pour assurer une réactivité rapide.

(Maurice Gamelin, chef d’Etat-major général de février 1931 au 19 mai 1940; il commande l’ensemble des forces alliées à partir de l’entrée en guerre le 03 septembre 1939)

En bref, les généraux avaient les moyens de mener une autre guerre que celle qu’ils ont menée; encore eût-il fallu qu’au niveau stratégique, ils soient plus audacieux et un peu moins en retard d’une guerre.

Source: article d’Historia fondé sur les travaux des historiens spécialistes de la question réunis sous l’égide de Maurice Vaïsse pour le colloque « mai-juin 1940, défaite française, victoire allemande ».

NB: suivant les sources, les chiffres d’unités combattantes et le nombre de matériels disponibles peut varier, sans que cela ne prête à conséquence sur les tendances générales.

Mururoa va-t-il s’effondrer ?

Nul ne semble avoir vraiment prêté attention à cette information mais selon un rapport officiel du ministère de la Défense rédigé par un certain Marcel Jurien de La Gravière, l’atoll de Mururoa, haut-lieu des essais nucléaires français, menace de s’effondrer en partie – une partie de plus de 600 millions de mètres cubes tout de même, fragilisée par les tirs nucléaires souterrains réalisés par la France entre 1975 et 1996 (193 essais, 46 aériens et 147 souterrains).

Le problème, c’est que personne n’est capable de dire à l’heure actuelle quand cet effondrement aura lieu (quelques mois ? quarante ans ?), sauf qu’il met en danger les populations vivant sur l’atoll de Tureia (300 habitants), à une centaine de km, atoll situé à peine trois mètres au-dessus du niveau de la mer et placé sous la double menace d’un tsunami et d’une hausse soudaine de la radioactivité en cas de mouvements de terrain, même si Monsieur de La Gravière, se voulant rassurant, affirme, par exemple, que Tureia en serait quitte pour un bain de pieds, que les populations seront averties à l’avance grâce aux capteurs qui équipent le sol de Mururoa depuis les années 1980 et qu’il n’y a rien à craindre de la radioactivité. Rappelons tout de même que la puissance cumulée des essais nucléaires français réalisés dans l’atmosphère puis sous terre à Mururoa et Fangataufa, représente 700 fois Hiroshima ! On comprend donc l’inquiétude de nos concitoyens ultramarins, d’autant plus que la France ne s’est jamais signalée, dans ce dossier comme dans d’autres, pour sa transparence ni par son désir d’assumer ses erreurs alors que de nombreux incidents se sont produits au cours des essais à Mururoa et que la contamination du site est un fait avéré.

Au Sahara aussi, des hommes ont été exposés inutilement aux effets des radiations, sans aucune protection spéciale ni suivi médical, lors des quatre premiers tirs aériens effectués entre février 1960 et avril 1961 à Reggane, avant que l’on ne se décide, sous l’effet de mesures de radioactivité inquiétantes, de délaisser les essais aériens pour des essais souterrains près d’In Ekker, dans le Hoggar algérien. C’est là que devait d’ailleurs se produire une catastrophe que le gouvernement passa totalement sous silence, le 1er mai 1962. Le tir, trop puissant, fracture la montagne qui s’ouvre et laisse s’échapper un gros nuage noir en forme de champignon qui se déploie au-dessus des officiels et des soldats avant de s’éloigner vers le Niger. Le ministre de la recherche de l’époque, Gaston Palewski, présent sur place, meurt 22 ans plus tard d’une leucémie, conséquence probable, selon ses propres dires, de son irradiation ce jour-là. Quant-à la cohorte des généraux et officiels, ce fut une débandade totale, au point qu’on envoya sur place dès le lendemain des appelés pour récupérer le matériel militaire et les sacoches des généraux abandonnés dans la précipitation de la fuite ! A ce jour, le site n’est toujours pas décontaminé, des milliers de tonnes de déchets radioactifs s’y trouvent toujours, parfois récupérés par les nomades et aucun suivi sanitaire des populations n’a jamais été entrepris. Seule une estimation fixant à 30 000 personnes le nombre des victimes des essais nucléaires sahariens permet de mesurer l’ampleur des conséquences du manque total de précaution et de suivi de la part de gouvernements qui n’ont aucune excuse et qui, jusqu’à ce que des tribunaux condamnent récemment l’Etat à indemniser les survivants victimes des essais, niaient toute responsabilité ! C’est une loi de janvier 2010 qui mit enfin en place une procédure d’indemnisation qui commence tout juste à prendre forme et qui arrive beaucoup trop tard: de nombreux irradiés sont déjà morts et leurs descendants n’ont droit à rien !

Il est vrai que dans un Etat où le nuage de Tchernobyl s’est arrêté aux frontières, où le syndrome du Golfe n’existe officiellement pas, où il n’y a rien à craindre non plus de la prolifération incontrôlée des ondes électromagnétiques et où, jusqu’à récemment, le Médiator ne semblait présenter aucun danger, il ne fallait pas s’attendre à voir celui-ci assumer sans contrainte, ni généreusement acte réparateur.

Mais où est donc passé le Père Glimpse ?

Sous la double inspiration d’une demande de nouvelle histoire courte et d’un article lu ici

Comme à chaque fois qu’il devait remplacer le commissaire Jules Maigret lorsqu’il partait en vacances, le commissaire Chrisbi était un peu anxieux. Prendre, ne fusse même que temporairement, la place d’une légende du Quai des Orfèvres n’était pas une perspective qu’il envisageait d’un cœur serein, même après plusieurs années et même si ce défi renouvelé le stimulait toujours. Heureusement, il savait pouvoir compter sur des adjoints efficaces, notamment l’inspecteur Waquete avec lequel il avait déjà résolu moult affaires passablement troubles (voir ici, ici et ).
Une chaleur humide et malsaine collait à l’air bistre de la Capitale. Chrisbi étouffait dans son bureau aux lourds meubles en acajou sombre datant probablement du temps où Clemenceau créait les Brigades du Tigre. Eventail à papier en main, le fauteuil à moitié basculé en arrière à la recherche d’un peu d’air, l’ennui morne des mois d’été suant sur son propre corps en sueur, il n’en pouvait plus et s’agaçait de cette humidité poisseuse. C’est alors qu’on frappa à la porte.

Quelques instants plus tard, celle-ci avait livré passage à un petit homme en soutane, Bible fermée en main et qui disait être le Père Fred. Il était envoyé par la nonciature du Vatican à Paris, plus exactement par le nonce Paolo Marella lui-même, un petit homme affable et bonhomme qui cachait derrière ses airs bénins une âme de conservateur en puissance et que Chrisbi avait déjà croisé deux ou trois fois au cours de réceptions officielles. L’affaire s’annonçait délicate. Depuis plusieurs mois, on était sans nouvelle d’un des conseillers de la Nonciature, le Père Glimpse. Toutes les recherches entreprises pour le retrouver n’avaient rien donné. Le Vatican avait dû se résoudre à l’évidence … il avait disparu! En désespoir de cause, on s’adressait donc aujourd’hui à la police française en comptant, bien évidemment, sur sa totale discrétion. L’essentiel était, pour le Vatican, de savoir ce qui avait bien pu arriver et où était passé le Père. On assisterait le commissaire de toutes les prières possibles.

Aussitôt, le commissaire mis l’inspecteur Waquete sur le coup. « Tu te dégotes une soutane et tu trouves le moyen de te faire passer pour un prêtre pour pouvoir pénétrer discrètement à la Nonciature, lui avait-il dit. Moi, je vais voir ce que je peux trouver parmi les affaires personnelles du Père disparu. Allez, zou ! en route ! … Ah vacherie de temps, hurla-t-il, tout en s’épongeant avec son mouchoir en tissu, constatant que la sueur dégoulinait de son front après cette brusque agitation ».  A vrai dire, l’inspecteur Waquete doutait fortement, quoiqu’il n’en dît rien au commissaire, qu’une soutane suffise à lui assurer l’entrée d’un bâtiment d’un Etat aussi mystérieux sur ses affaires que le Vatican. Peut-être pour en sortir, mais pour y entrer … Aussi, c’est par un autre stratagème, bien moins prestigieux, qu’il comptait entrer dans les entrailles du Paradis. Les âmes saintes ne s’attendaient pas à ce qu’on les pénétrât par les fondements, aussi négligeaient-elles le plus souvent la plus élémentaire protection à cet endroit, jugeant les gens qui en occupaient l’emploi par trop indignes de la moindre considération. A la Nonciature, la cuisine était cet endroit, car qui se souciait des livraisons quotidiennes destinées à nourrir les dignes représentants de l’Eglise et de celui ou ceux qui les effectuaient ?

Pendant ce temps, le commissaire Chrisbi s’était présenté au Couvent des Dominicains où logeait le disparu, mais le laissez-passer donné par le Père Fred lui permettait seulement de visiter la cellule de Glimpse et de s’entretenir avec le responsable des lieux; le reste, et notamment le droit de poser des questions aux Frères lui était strictement interdit. « Dommage, il y a quelques beaux anges en ce paradis-ci que j’aurais bien confessés » pensa-t-il en croisant dans les couloirs quelques-uns des spécimens locaux. Du reste, la pauvre chambrette du Père Glimpse n’avait rien d’extraordinaire et Chris était bien persuadé qu’on avait dû procéder à une fouille méthodique des lieux avant même son passage pour être sûr qu’il ne trouverait rien. Aussi est-ce par simple acquis de conscience, que, flanqué d’un cerbère ecclésiastique soupçonneux et à triple menton comme la Ste-Trinité, il en fit la visite.  Il s’apprêtait à sortir quand, machinalement, feuilletant la Bible qui reposait sur une table grossière devant la fenêtre, il remarqua un simple petit carré de papier blanc qui devait servir de marque page. Sans savoir pourquoi, il le fit tourner entre ses doigts, juste dans la lumière entrante, et là … quelque chose inscrit en transparence ! Ni vu, ni connu, il mit le papier dans sa poche. Puis, ayant été gratifié  Cerbère du sourire le plus aimablement faux-cul qu’il put, il regagna sa voiture personnelle, garée à quelques mètres de là, une Facel Vega rouge tango !

De son côté, Waquete, accompagné de l’inspecteur De Funès, un génie pour vous dénicher une camionnette de livreur en moins de deux, se mit en route dès potron-minet, son complice au volant, lui caché à l’arrière du véhicule. A l’heure du laitier, profitant de l’absence de tout personnel aux étages, il se glissa dans la résidence pendant que son acolyte amusait la cambuse et entreprit, aussi discrètement qu’il l’avait vu faire à Jean Marais dans ses films, de se faufiler à la recherche de la salle des archives pour tenter de mettre la main sur le dossier du Père. Quelques minutes lui furent néanmoins nécessaires pour s’y retrouver parmi les nombreux couloirs  – un vrai labyrinthe bien plus digne de l’enfer que de la maison de Dieu – avant de trouver les bureaux réservés à l’administration. Serrure crochetée, il n’avait plus eu qu’à ouvrir les tiroirs des classeurs muraux où, signe de la rigueur ecclésiastique et dans une odeur écœurante d’encaustique, tout était classé, étiqueté et prêt à être retrouvé en un clin d’œil.  « Voyons ! … dossiers du personnel … Lettre G …  Gaylord, Gédéon … Girot … Glimpse ! Nous y voila ! » Sans l’ouvrir, il prit le dossier qu’il glissa sous sa veste et s’empressa, sans être vu, de rejoindre des toilettes où il revêtit une soutane qui lui permettrait de s’extraire des lieux sans être inquiété.

« Alors, inspecteur Waquete, qu’avez-vous pu trouver dans votre fameux dossier ?

– Rien de bien intéressant, on dirait que ce Père est totalement transparent. La seule chose de positive, c’est que nous savons désormais, grâce à la photo du dossier, à quoi il ressemble, parce que votre Père Fred s’était bien gardé de nous en donner une. Pourtant il y a un détail qui me chiffonne … Regardez là, commissaire, juste en bas de cette feuille … « Doit absolument être surveillé en permanence depuis qu’il sait de quelle nature sont les relations que le nonce entretient avec LC »; mais rien sur l’identité de ce fameux LC et vous, patron ?

– Une feuille blanche en apparence mais qui contenait en transparence ce drôle de message:

 » Vierge de la mer,
toi qui me tends les bras.
Sainte aux voiles d’or,
je crois encore en toi.
Toi la vierge noire
aux mains gantées de lumière.
Dis-moi que la mer
sera clémente pour moi »

– Ca ne nous avance guère tout cela, patron !

– Hélas non, Waquete, hélas … je crains que nous ne sachions jamais ce qu’est devenu le Père Glimpse ! »

L’inspecteur Chrisbi avait pourtant encore une carte à jouer. La remarque mystérieuse sur la fiche retrouvée par Waquete laissait peut-être suggérer quelque relation homosexuelle, et là, il savait où s’adresser, mais ce fut surtout son propre compagnon, Mister Franck A., maquilleur du Tout-Paris qui le mit sur une piste intéressante: « 

– J’ai déjà entendu les paroles de ta feuille biblique

– Ah oui, où ça ? Tu veux dire que c’est une chanson ? fit Chrisbi, de plus en plus étonné.

– J’en jurerais, oui ! »

Diable !  Chrisbi ne se le fit pas dire deux fois. Il en parla à tous les gens du milieu – celui de la chanson faut-il le préciser –  comme par exemple Luis Mariano où Tto et ses  inénarables costumes , grand amateur de spectacles, dont il avait croisé la route il y avait quelques années, en 1952. En moins d’une semaine, il avait sa réponse et fournie, excusez du peu, par le patron d’Europe 1 lui-même, Lucien Morisse: « Ce sont les paroles d’une chanson que j’ai fait enregistrer par une jeune chanteuse que j’ai recrutée et qui s’appelle Dalida ». Serait-il possible que le chaste Père ait succombé aux charmes de cette jeune beauté du Caire ? En tout cas, ce nom ne disait rien à Lucien Morisse.

Le mystère continuait d’être entier et il le resta jusqu’à ce que l’inspecteur Waquete et son improbable 4 cv grise, faisant le tour des orchestres avec la photo du Père Glimpse, eut enfin la solution par l’intermédiaire d’un Tambour Major qui prêtait occasionnellement son concours à certains orchestres en manque de personnel. « J’ai déjà vu cet homme, mais jamais avec un costume de prêtre, ça je peux le jurer. On le voit souvent dans l’entourage d’une jeune chanteuse qui se prénomme Dalida, je crois qu’il écrit des chansons pour elle, il faudrait vous renseigner ». Waquete en restait sur le c… ! Un prêtre auteur de chansons ! « Autant imaginer une sœur vedette de radio nous chantant les mérites de St-Dominique ! » pensa-t-il ! Pourtant, l’information était vraie: le Père Glimpse écrivait bien, sous divers pseudos, des chansons. C’ est ce qu’il confirma quand Dalida en personne, contactée par la police, révéla que le Père, désireux de quitter l’Eglise, se cachait chez elle.  Mais qui était ce LC et pourquoi fallait-il surveiller qu’il ne révèle rien sur les relations entre ce dernier et le nonce ?

« LC, c’est tout simplement le célèbre parolier Loulou Castré, le mentor et mari de la chanteuse Line Simca.  Il est le frère adultérin du nonce. Je suis le seul dans la confidence avec le Père Fred. Voila pourquoi on cherche à tout prix à me remettre la main dessus, on a trop peur du scandale si je venais à parler. J’aurais pu donner ma démission de l’Eglise, mais on ne m’aurait sans doute pas laissé en paix malgré cela. Voila pourquoi je me suis éclipsé sans plus laisser de nouvelles. Je ne désire plus désormais que me consacrer à la chanson et d’ailleurs Dalida doit enregistrer bientôt une de mes nouvelles chansons, d’abord prévue pour Gloria Lasso et qui fera, je prends le pari, un tabac. Cela s’appelle Bambino ».

Le mystère résolu, le commissaire Chrisbi s’engagea à clore l’affaire en la laissant traîner tandis que Glimpse, revêtu d’une nouvelle identité, put enfin sortir de l’ombre et de l’Eglise sans que personne ne soupçonnât jamais son étrange passé. Quant-au Père Fred et au nonce, bien marris que l’on n’eût pas retrouvé la trace du Père, ils purent se consoler d’une étrange façon. Fred devint bientôt organisateur de tours-opérateurs pour les gérontes de la Curie romaine et le nonce eut bientôt l’occasion de passer des vacances avec son demi-frère dans une cabane au Canada.

Cette année-là …

Georges Pompidou est président de la République,

Jacques Chaban-Delmas premier ministre

et le pape s’appelle Paul VI.

Au niveau international,

Amin Dada prend le pouvoir en Ouganda,

Nixon rend publique sa politique de détente avec la Chine communiste (il s’y rendra en visite officielle l’année suivante)

(Nixon à Pékin en 1972)

et déclare le dollar inconvertible en or avant de le dévaluer de 7,89 %, mettant fin au système de Bretton Woods

– sur pression du Bloc de l’Est, cette même Chine communiste remplace la Chine nationaliste (Taïwan) qui est évincée du Conseil de sécurité de l’ONU

– en Asie, ce 26 mars, le Bangladesh se sépare du Pakistan; l’Inde qui intervient en faveur du nouvel Etat, se voit entraîné dans une nouvelle guerre avec le Pakistan

– le chancelier Willy Brandt reçoit le Prix Nobel de la Paix

(Willy Brandt devant le Monument aux morts du ghetto de Varsovie en 1970)

– aux Etats-Unis, le 26ème amendement abaisse la majorité électorale à 18 ans.

En France,

Paris instaure le stationnement payant et détruit les Halles de Baltard, le Nouvel Obs’ publie le manifeste de 343  femmes du monde des arts et des lettres en faveur de l’avortement et François Mitterrand, réalise un hold-up sur le Parti socialiste au Congrès d’Epinay, évinçant Alain Savary de la présidence du Parti par la même occasion.

Certains en profitent aussi, en ce 26 mars, pour fêter le 100ème anniversaire des élections à la Commune de Paris qui devait tragiquement être écrasée dans le sang.

Dans le domaine de la chanson, que ces titres soient sortis en fin d’année précédente ou cette année-même,

Johnny n’a d’yeux que pour une certaine Sarah, Claude François revient de Detroit, Si douce à son souvenir, et des studios de la Tamla Motown avec, dans sa poche, C’est la même chanson avant de proclamer quil fait beau, il fait bon, Joe Dassin a la Fleur aux dents avant de partir pour l’Amérique, Julien Clerc tente de minimiser ses déconvenues sentimentales en nous expliquant que Ce n’est rien avant d’avoir Le cœur volcan, redonnant quelques couleurs à Adamo qui doit se rendre compte, suite à cela, qu’il avait oublié que les roses étaient roses tandis que Michel Delpech, lui, est prêt à tout pour un flirt.
Pendant ce temps, Stone et Charden – spécial Fred – vivent l’Avventura, Gilbert Montagné s’extasie au milieu de The Fool, Michel Sardou ridiculise l’armée avec Le rire du sergent, Gérard Lenorman nous parle de Il (très écolo Gérard Lenorman), Gérard Palaprat guette désespérément un signe (je kiffe), Topaloff, de l’écurie Cloclo, est content d’avoir bien mangé et bien bu, Martin Circus s’éclate au Sénégal, Alain Barrière nous déclare « Je ne suis rien qu’un homme » et Danyel Gérard courre après sa Butterfly, ce qui fit dire à Marcel Amont que, décidément, L’amour ça fait passer le temps (comme il faisait bien l’automate à l’époque, dommage que je n’aie pas trouvé mieux que ce lien). En bref, comme le disent les Poppys: » Non, non, rien n’a changé« .
Pourtant, pour Esther Galil, Le jour se lève, Marie nous vante le Soleil, Sheila, elle, guette les Rois mages, Nicoletta subit un Mamy blue, Mireille Mathieu est perdue dans Une histoire d’amour et Séverine décroche le pompon à l’Eurovision avec Un banc, un arbre, une rue.

Le classement des meilleures ventes de l’année sont là: meilleures ventes

La télévision française, alors encore sous le contrôle de l’ORTF, aime les grandes dramatiques inspirées de notre histoire nationale vue par les écrivains du XIXème, comme Dumas (ex: La Dame de Montsoreau, de  CLaude Brûlé et Yannick Andréi diffusée en 7 épisodes en décembre de cette année-là)

Au box office français,

Les Aristochats vont décrocher le plus grand nombre d’entrées, devant Les bidasses en folie, grosse comédie lourdingue comme seules les années 70 ont su en produire (décidément, entre Sardou et les Charlots, l’armée se faisait tailler un sacré costar cette annnée-là),

tandis que Love Story remue l’âme des plus romantiques.

Parmi les autres succès de l’année, on retiendra aussi une autre comédie, La folie des grandeurs et Jo (toutes les deux avec De Funès), Les mariés de l’an II, Les pétroleuses ou La veuve Couderc, mais surtout, on note la présence de films plus « durs » avec Mourir d’aimer

ou le dérangeant film de Louis Malle Le souffle au coeur qui devait provoquer un certain scandale à l’époque, vous comprendez pourquoi ci-dessous.

C’est aussi l’année où on dit adieu à Coco Chanel, Fernandel, Igor Stravinski, Jean Vilar, Jim Morrison, Louis Armstrong et Nikita Khrouchtchev.

Enfin, les prix littéraires de l’année ne semblent pas avoir laissé un souvenir impérissable: le prix Goncourt est attribué à Jacques Laurent (un écrivain marqué par son engagement à l’extrême-droite et auteur, par ailleurs, de la série des Caroline chérie, adaptée ensuite au cinéma) pour Les Bêtises, le Médicis à Pascal Lainé pour l’Irrévolution, le Fémina à Angelo Rinaldi (membre de l’Académie française depuis 2001) pour La Maison des Atlantes, le Renaudot à Pierre-Jean Remy pour Le Sac du palais d’été, d’Ormesson reçoit le Grand prix du roman de l’Académie pour La Gloire de l’Empire et le Prix des libraires va à la Canadienne Anne Hébert pour Kamouraska, un classique de la littérature québécoise lit-on par ailleurs.

Et puis, cette année-là, et précisément ce jour-ci naquit un enfant absolument extraordinaire sans lequel vous ne seriez pas à lire cette article en cet instant-ci.

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