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La semaine des quatre jeudis

Dimanche

Premier jour de la semaine.

Contrairement à la plupart des idées reçues, le dimanche est le premier jour de la semaine.
Comme toujours, c’est de la faute aux anglais s’il s’est retrouvé en queue, ou en manche (ce qui est synonymement parlant équivalent, convenez-en), en septième position, et s’il fait donc partie du « week-end » (ce qui est loin d’être sa vocation première).

Vous n’avez pas été sans remarquer que les jours de la semaine sont dédiés aux planètes, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus… (la Terre est absente) et à un satellite (celui de la Terre, est-ce pour compenser ?), la Lune.
Objectivement, il faut être fou pour penser qu’on aurait mis le jour dédié à la Lune au premier rang.
Les petits devant? La lune devant, c’est sans fondement! En toute logique, le Roi Soleil (sunday, sonntag) marche dans le soleil, il précède sa cour de courtisans.
Dimanche est bel et bien le premier jour de la semaine!

Vous n’êtes pas convaincu.
Au début, il y a le commencement. Ne dites pas le contraire, c’est écrit.
Or, les noms de tous les jours (di) de la semaine se finissent par « di ». Tous, lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, tous, sauf un seul qui commence par le dit « di ».
Lequel? Dimanche! CQFD
Conséquemment, dimanche est le premier jour de la semaine!

Calliste


✶ ah que ✶✶ ✶✶✶ clouinc ! ✶✶✶ ✶✶ et clic


Veuillez nous excuser pour cette interruption volontaire de l’image et du son.
Mais, décidément, Calliste a vraiment fait trop trop trop long !

Nous avons eu une pensée pour tous ses coéquipiers dont l’égo chatouilleux pourrait être chiffonné ou froissé si nous lui offrons, à lui et à lui seul,
même en fin de mois, un aussi long temps d’antenne.
Par ailleurs, la crudité du propos est susceptible d’interpeler, voire de choquer bon nombre de nos plus jeunes lecteurs.

Fort du présent avertissement et donc en toute connaissance de cause,
si vous souhaitez poursuivre votre lecture,
vous êtes invité à cliquer ci-dessous sur la langue gourmande, puis sur chacune des deux prunelles rieuses de la tête à T(o)to.

Vous serez immédiatement redirigé vers la version intégrale du billet de Calliste.

JjQ

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l’affreux jojo

Conversation imaginaire

– Hey Rédac’chef, c’est janjacq !!! Ça va ??
– Ah mon p’tit janjacq … tu fais du bon boulot tu sais ! Oui oui, ça va. Quel bon vent t’amène ?
– Ouais ouais, j’sais que j’fais du bon taff. J’suis un peu là pour ça ! Bon, rédac’chef, j’ai eu une idée top canon, limite ultra géniale … Si on faisait un bouche-trou ?
– Un … bouche … trou … Tu ne serais pas entrain de me proposer de … enfin … heu … Tu veux des caresses bucco-anales ?
– Meuh nan Rédac’chef ! Je te l’aurais pas demandé comme ça !!! Rhooo … un bouche-trou !!!
– Un bouche-trou ? Un appel généralisé à la sodomie ? Pour nos lecteurs ? Tu n’as pas peur que le message soit assez violent ? Je te rappelle que nous visons aussi un public familial …
– Tssssssssss, mais c’est pas vrai. T’as tes hormones qui font du trampoline ou quoi Rédac’chef ? Un bouche-trou !
– Oui alors là, janjacq … Faut m’expliquer un peu …
– C’est bien ce que je craignais
[soupirs témoignant de l’exaspération de celui qui souffre d’incompréhension] … Un bouche-trou pour combler les absences de publication dans notre blog !
– Ah !!!!!! Un bouche-trou !!!!
– Voila …
– Mais c’est une excellente idée ça ! Et tout le monde
[oui, y compris toi !!!] pourrait contribuer en écrivant des articles qui permettraient de ne pas se prendre 8 jours sans aucune publication !!
– Voila Rédac’chef … D’ailleurs, j’en ai fait un !
– Fantasbuleux janjacq ! J’adore l’idée …
– Sauf qu’il faudrait que tu expliques à notre cher lectorat grand public et vaguement sensible en quoi ça consiste parce que comme tu n’as pas percuté tout de suite, je redoute qu’il en soit de même pour tout le monde. Et moi, je ne veux pas qu’on dise que je fais un appel national et généralisé à la défonce anale. … ou alors, j’investis tout de suite dans l’industrie du gel intime, du slide gel ou de la vaseline si tu vois ce que je veux dire …
– Ouais ouais … voyons plutôt ce que tu as pondu bonhomme …

Le Rédacteur en chef


ça s’intitule l’affreux jojo

hum, ça sent (pas) la rose

je manque de ressort
on m’en a mis trois

maintenant, il faut que je marche, paraîtrait que c’est ça qui est bon pour ce que j’ai
alors le matin je chausse mon iPod et j’enfile mes Nike, ou le contraire parce que mes écouteurs c’est des in-ear et que mes oreilles ça n’est jamais que deux trous avec tout ce qui faut au fond, des marteaux pour taper sur des enclumes ou des étriers, des espèces de triangles, de quoi faire du bruit, quoi, que ma cervelle traduit en notes et en mots quand je fais un peu attention à ce que j’écoute, ou en bouillon infâme et informe, en fond sonore inintelligible, quand je suis un peu… ailleurs
j’ai pas dit inaudible, j’entends, mais c’est comme si non, et comme ça devient vite euh… cotonneux, vaporeux, nébuleux, ou flou, comme tu veux, mais pas cacophonique, ça m’aide à mettre machinalement un pied devant l’autre et à recommencer dans ce putain de tour de lac que je qu’on m’oblige de faire pedibus jambus chaque jour
à l’hosto, je ne les avais pas mes in-ear, la téloche trop fort à l’aut’con ça valait pas mon iPod, oh non, mais au niveau bruit j’étais souvent aussi dans la même espèce de bouillie qui m’aidait à tuer les heures, à mettre une minute devant l’autre, et à recommencer, inlassablement
faut dire qu’à ses dires il avait casqué pour sa télé, d’ailleurs les casques devraient être obligatoires et compris dans la location, alors elle était tout le temps allumée et il la foutait à fond, je crois bien qu’il était sacrément dur d’oreille l’aut’con

te méprends pas, quand je dis l’aut’con, il n’y a rien… d’affectueux
ç’aurait pu, moi aussi j’aime bien les cons généralement

l’aut’con était mon voisin de chambrée
lui t’aurait dit que c’était moi le voisin qu’on lui avait imposé, l’intrus qui venait lui pomper l’air et qui n’avait rien à foutre là, qui n’était même pas ponté et dont rien ne justifiait qu’il se retrouve en soins intensifs…
… sinon le manque de place, ça c’est moi qui le rajoute, parce que pour lui j’étais pas une urgence
c’était un vieux d’au moins soixante-cinq piges, plutôt balèze, plutôt chauve, avec de gros sourcils broussailleux très noirs et de longs poils qui lui sortaient des narines et des oreilles
tout à fait mon genre de mec !
– quintuple je vous dis, quintuple
– ah bon ! j’ai répondu poliment
– ouais jeune homme, j’ai subi un quintuple pontage coronarien
– subi… ah bon !
– et vous ?
– euh… je suis désolé… j’ai juste bénéficié d’une angioplastie
– comment ?
– une angioplastie coronarienne, lui ai-je presque crié… j’ai…
il était inutile que je poursuive, l’aut’con s’était emparé de sa télécommande pour changer de chaine et en profiter pour monter encore plus le son

il y a longtemps que je ne m’étais pas autant goinfré de télé
c’était sa télé, et c’était sa télécommande, alors l’aut’con ils les lâchaient pas de l’œil ou de la main droite, faut dire que de la gauche, enfoncée sous l’élastique de ceinture du pyjama, il fourrageait constamment son entrejambe comme si une armée de morpions campait dans sa jungle pubienne, ça tenait peut-être du tic parce que la présence d’une infirmière, de l’interne ou même du Professeur Corazón qui le regardaient faire en souriant n’aurait su interrompre son agaçant manège

et quand je pense qu’on me reproche de zapper intempestivement
lui il avait toujours un doigt sur programme +, ou alors sur programme –, et ça défilait, je te dis pas, 1-2-3-4… 12-11-10… sans jamais s’arrêter ailleurs que sur la une, Pernaud ou Ferrari, la six, et les infos en continu de la quinze ou de la seize
chez moi, la TNT ne fonctionne sans pixelliser en lignes inopportunes et sans grésiller façon citizen band que lorsque le baromètre indique 1035 millibars depuis au moins trois jours, alors, fatalement, BFM tv et i>Télé je connais pas trop
je ne croyais pourtant pas que ça me gonflerait autant, mais l’aut’con il passait inlassablement de l’une à l’autre pour revoir invariablement les mêmes infos, les mêmes images et les mêmes pubs, et là, il y avait deux tranches de cake qui passaient en boucle : Besson et Frêche, et pas une pour t’aider à digérer l’autre
l’actualité, c’étaient l’identité nationale à ma droite et les dérapages à ma gauche, avec plantée au beau milieu Juliette Gréco dans son beau costume noir vénitien de Belphégor
– hé, l’ancêtre, Belphégor c’était bien Juliette Gréco ?

toi t’étais pas né, mais à l’époque cinquante millions de français ont découvert la sombre élégance et l’étrange mystère de la burqa sans savoir que ça s’appelait comme ça, et il paraît qu’ils en redemandaient chaque samedi, les cons

– c’est qui votre chirurgien ?
– euh… le Professeur Corazón…
– comme moi alors, vous le trouvez comment ? on ne m’a pas laissé le choix, sinon ce n’est pas lui qui m’aurait opéré, je vous jure, je le trouve hautain et arrogant et je ne supporte pas son accent espingouin, et puis il n’arrête pas de me crier après, je pourrais être son père, c’est un peu fort de café, l’interne, qu’est syrien d’ailleurs, m’a dit qu’il était colombien, ou vénézuélien, équatorien peut-être, je ne sais plus, mais de par là-bas, vous ne pensez pas que c’en fait beaucoup à l’hosto avec toutes ces antillaises et ces bougnoules ? on a beau dire, mais Besson…
– il est sympa Corazón, je trouve… et Moheissen aussi…
merde, je crois bien que j’avais dit deux conneries d’un coup, là, l’aut’con a zappé rageusement vers i>Télé
tiens, Frêche, mais pas des nouvelles fraiches, euh… pardon !
je me suis hasardé :
– vous devez être d’accord avec lui ?
– ce gros connard ?
je l’ai regardé, à choisir, c’est pas que j’aime les costard-cravate sur les gros bonshommes, pas plus d’ailleurs que sur les beaux gosses tout flinguets (c’est du béarnais, je te traduis, ça veut dire élancé), mais là, il n’y avait pas photo, l’aut’con avec sa veste de pyjama grande ouverte sur son pansement, ses bandages et les poils gris de sa ventripotence, comme sa braguette sur sa tanière à totos, il faisait vraiment pas président de région… non plus

je commençais à la connaître par cœur la diatribe médiatique contre Georges Frêche, toujours les mêmes images du bonhomme, ou alors pas d’image, toujours la même bande son, et toujours les mêmes trois malheureuses petites phrases, ça commençait à être gonflant… mais à ne jamais lasser « mon » opéré du cœur
– vous vous rendez compte, un homme politique de premier plan, parler ainsi de ces pauvres harkis
– de deux harkis ! et j’ai bien appuyé sur le deux
– les traiter de sous-hommes
– il a traité deux harkis, deux, de sous-hommes, il avait une dent contre ces deux-là précisément, il s’en est excusé mais ils ont porté plainte, le tribunal a considéré que deux harkis ce n’étaient pas LES harkis, moi je les aurais traités de salauds ou de cons, pas Frêche, il a trop d’estime pour les cons, il considère que ses électeurs sont des cons et qu’il ne peut pas leur en faire le reproche
– vous êtes socialisse ? m’a demandé l’aut’con
– pas plus que lui
– mais vous le défendez ?
– non, je trouve que tous ceux qui lui tombent dessus à bras raccourcis, tous ces chroniqueurs politiques de mon cul, tous ces parigots donneurs de leçon, les Duhamel, les Apathie, les Elkabbach, j’en passe, devraient moucher d’abord leur nez…
comme tous ces jean-foutre, l’aut’con m’a alors ressorti la composition de l’équipe de France de foot
je n’aime pas les footeux, à part Pirès, autre fois, et Gourcuff, peut-être, alors je me suis emporté
– et si Domenech il avait des quotas à respecter ?
– c’est vrai ça, il est mauvais mais on peut pas lui reprocher d’être aussi raciste
– et encore, à l’époque de la petite phrase, le goal n’était pas congolais, euh, pardon, d’origine congolaise…
– je ne suis pas raciste non plus, m’a avoué l’aut’con, je ne crache pas sur les congolais, chez le pâtissier, quand ils ont une jolie couleur blond doré

j’étais remonté comme un réveille-matin
trois petites phrases, trois, avec trois petites phrases tu peux faire ou défaire une carrière d’homme politique, et c’est lamentable qu’on puisse réduire un homme à ça, trois « bons mots »
surtout quand il a trente-cinq ou quarante ans de bouteille
attends, je ne prends pas sa défense au Frêche, mais j’attaque ses détracteurs, bille en tête, avec ma gueule de métèque, je ne la supporte pas cette intelligentsia parisienne qui ne comprend même pas le français
– et « une tronche pas très catholique », vous en pensez quoi ? moi je dis qu’on doit farouchement combattre l’antisémitisme…
– mais pas se battre pour des sagouins qui se redécouvrent tout à coup juifs au détour d’une petite phrase qu’on leur rapporte un mois après qu’elle ait été dite
– vous croyez que Fabius est juif… quand ça l’arrange ?
– un peu oui, et là il a fallu qu’on le lui rappelle ; et puis cette tête d’œuf, c’est rien de dire qu’il a bel et bien une tronche pas catholique, on ne lui donnerait pas le bon dieu sans confession, hein ? vous voyez bien notre langue est bourrée par des siècles et des siècles de bondieuseries catho, je suis athée moi, ça m’empêche pas d’en dire ; et les socialo qui relèvent ça, c’est le monde à l’envers mon pauvre monsieur…
– je vous croyais socialisse, j’aurais mis ma main à couper que vous iriez voter pour l’Huchon
– non, je vote à Paris, alors ce sera pour l’Hidalgo, la première adjointe
– vous m’avez dit que le foot et vous… m’interrompit l’aut’con, mais du temps d’Hidalgo, à Séville, il n’y en avait qu’un sur onze, Tigana il s’appelait… et une flopée de ritals… et des espingouins….
– ah bon
– ah non, ça me revient, deux ! Tigana et Janvion !

moi je dis que c’est beau de connaître comme ça l’Histoire de France et que c’est là qu’elle est et qu’elle se nourrit l’identité nationale
parce que qui se souvient du résultat des matchs France-Allemagne d’antan, de l’aller à Verdun ou du retour au stade du Chemin de Dames ?
tandis que pour Séville, l’aut’con il aurait pu me donner toute la composition de l’équipe bleue au grand complet, banc de touche compris, et une bonne moitié des noms des boches qui lui étaient opposés, et même le nombre de dents des joueurs au coup d’envoi et après les tirs au but

mister foot est repassé rapidement sur BFM tv avant de revenir sur la filiale de Canal+
– regardez, là, il s’en prend aussi aux pédés… ah non, il traite des footballeurs de tarlouzes…
– mais vous voyez bien que ce n’est pas Frêche, c’est un gros bien grassouillet, d’accord, mais sans canne
– vous croyez ?
– il est aussi montpelliérain, c’est Nicollin, le président du club de foot, c’est bien ce que je vous disais, à Canal et dans tous les médias ils ont trois malheureuses petites phrases, trois en trente ans, ils en cherchent désespérément une quatrième… ils pensent que les gays vont aussi lui tomber sur le râble…
– comment ? les quoi ?
– les gays ! les homosexuels ! il est adroit le Frêche, pas plus homophobe qu’antisémite ou que raciste, sa canne c’est pas pour se foutre des handicapés, on peut juste lui reprocher son emportement en face de deux harkis…
… et son amour des cons, qu’il traite voluptueusement de cons, ils adorent ça les cons

– dites, ça n’a rien à voir, je me demandais, le jeune homme qui est déjà venu en visite plusieurs fois, c’est votre fils ?
le salaud ! mon chéri et moi, on a beau avoir dix ans d’écart d’âge (onze ? ouais !) onze ans d’écart, on dit partout de nous qu’on forme un couple bien assorti
c’est la première fois que quelqu’un nous voit comme père et fils, faut croire que le pyjama et les cheveux pas lavés depuis trois jours, à cause des électrodes, ça ne me rajeunit pas non plus
– non non, c’est mon compagnon
– comment ?
– mon compagnon ! ai-je répété pas très assuré, euh… mon mari si vous préférez
le visage de l’aut’con a viré au cramoisi, ses yeux se sont révulsés, il s’étranglait, prenait brutalement conscience que sa braguette béait et que sa main gauche était passée sous sa ceinture, il l’a retirée si précipitamment que bouton et boutonnière ont littéralement explosé…
– hé ! vous n’allez pas nous péter une durite ?
pute borgne, il a pitonné sur le off de la télécommande avant de la jeter dans le fauteuil, la télé s’est éteinte avec le bruit chuintant d’un pneu qui se dégonfle, il a poussé comme un barrissement en se retournant sur le côté, vers le mur, sans aucun ménagement pour la toute récente et fragile couture de son sternum, et puis il s’est mis à respirer bruyamment comme s’il manquait d’air…

– Docteur Moheissen, s’il vous plaît…
– faites vite
– le monsieur, là, euh… Monsieur…
– l’aut’con ?
– ouais, je crois que sa télé et lui préféreraient être en chambre individuelle, vous ne pourriez pas me changer de piaule ? j’ai demandé à l’interne du (et de) service
– faut voir…
– dites, ou alors vous pourriez me mettre dehors, après tout Clinton il a fait la même chose en déambulatoire…
– ambulatoire mon vieux ! oui, faut voir…
– vous savez, j’ai ajouté du bout des lèvres, j’aimerais bien pouvoir aller marcher, j’aimerais tant faire… le tour du lac, ça ne doit pas être beaucoup plus risqué que de retourner en Haïti
(à Haïti ? ah bon !)

Ben (Vautier)

(ci-dessous, illustration musicale, avec la vidéo qui va avec)

l’amour avec un con

écrit et composé par Adrienne Pauly (2006)

j’ai fait l’amour avec un con
un homme un con
j’ai fait l’amour avec un con
un condom

pourquoi j’ai dit oui
non non non,
pourquoi j’ai pas dit non
oui oui oui,
j’ai fait l’amour avec un
hein

parfois on se sent si seul
mais dans le fond tout le monde est seul
c’est pas con

j’ai fait l’amour sans un frisson
incontestable
j’ai fait l’amour avec un con
un comptable

pourquoi j’ai pas discuté
normalement c’est ça qu’on fait
non c’est pas un conte de fées

pourquoi j’ai bu tous ces verres
le contact n’était pas bon
pourquoi j’ai pas mis mes verres
de contact c’est trop con

lui recomptant l’addition
et puis les moutons
le temps de me dire à quoi bon
et mon compte était bon
pourquoi je l’ai pas poussé
hé hors de ma vue
pourquoi je l’ai poussé
dans mon lit cet inconnu
comment tu t’appelles déjà
je sais plus je sais pas
comment tu t’appelles déjà
je sais plus je sais pas

j’étais bourré, inconséquent
j’étais condamné, inconscient

j’ai fait l’amour à contrecœur
il m’a même pas embrassé
j’ai fait l’amour en regardant l’heure
je suis consterné

mais comment s’en sortir
mon dieu faites qu’il se tire
j’ai fait l’amour avec un
hein

parfois on se sent si seul
mais dans le fond tout le monde est seul
c’est pas con

comment tu t’appelles déjà
je sais plus je sais pas
ha si j’étais plus concentré
tout serait moins compliqué

comment tu t’appelles déjà
je sais plus je sais pas
comment tu t’appelles
comment tu t’appelles
surtout me rappelle pas
me rappelle pas

on est toujours le con de quelqu’un ?
pas moi, j’suis trop… bouché pour ça

janjacq

le violet de mars

bite au cirage

il avait un nom d’ascensoriste et c’était pas Otis, ni Combaluzier
on va dire Roux, pour faire court
en plus il l’était, roux, j’aurais dû me méfier
c’était mon médecin traitant, j’aurais dû me méfier

en ce temps-là, mon chéri s’appelait Claude
je sais, ça fait très soupe aux choux Claude, le Glaude, mais ça a un indéniable côté pratique, c’est… asexué, ou mixte si tu veux, comme Dominique, comme Camille (tiens, Camille !), comme Alix, Maël, Axel ou Yannick
combien de fois je l’ai pas entendue celle-là :
– alors, elle s’appelle comment ?
– euh… Claude ! mais on l’appelle Coco… comme Chanel, répondais-je à tout coup
– c’est pourtant joli Claude… mieux que Coco…
il aurait pu s’appeler Gérard, ou Antoine, ou Kévin (c’est l’horreur ça, quai-vie-nœud ! même quand t’es béarnais et que t’appuies sur le nœud, ça fait pas féminin pour deux ronds), ou Zinedine (ça l’aurait pas fait non plus !)
c’est que j’assumais pas bien et que le coming out j’y pensais même pas
avec Claude, je donnais le change, le prénom c’était réglé, il n’y avait plus à faire gaffe qu’au choix du pronom
on y arrive ! avec des nous ! avec des on !
j’y suis bien arrivé, d’autant que le Glaude jouait souvent les folles et qu’il se donnait volontiers du ma fille, je l’aurais préféré en extra-terrestre… ma denrée…

c’est Claude qui a poussé le premier la porte du cabinet que le Docteur Roux partageait avec le Docteur… Blondin, ça ne s’invente pas
Blondin était un vieux pédiatre qui devait sacrément en avoir marre des lardons et des pisseuses et qui voulait passer la main à un jeune débutant
Roux était ce jeune homme, mais comme les chiards devaient déjà le gonfler, il avait fait graver sur sa plaque et imprimer sur ses ordonnances : médecine du sport
tu parles d’un exercice sportif, descendre un trottoir, le Glaude s’était donné une méchante entorse à un genou sur le bord d’un, il avait besoin d’autres papouilles que les miennes, et comme il avait entendu parler du fameux rouquin qu’il nous arrivait souvent de croiser dans la rue, avec à bout de bras sa mallette en cuir brun, très rétro et très mode, très chère aussi sans doute, toujours en chemisette, même par moins dix (et ça, ça se remarque plus encore que des taches de rousseur ou qu’une valoche trop neuve), il avait poireauté une bonne heure dans une salle d’attente bondée avant d’entendre parler pour la première fois de sa vie de cataplasme, d’antiphlogistine et d’épanchement de synovie
les cartilages intercostaux n’étaient pas touchés mais Claude a viré à l’hypocondrie et le Docteur Roux est devenu son toubib attitré

j’ai bien sûr été curieux de connaître aussi ce demi-dieu
à l’époque, je voyais régulièrement une diabétologue chez qui j’allais en consultation quatre fois l’an, elle contrôlait mon poids en me faisant monter tout habillé et avec mes chaussures sur une vulgaire Terraillon, elle prenait distraitement ma tension artérielle et m’annonçait immanquablement un onze triomphant, et puis elle renouvelait mes ordonnances sous la dictée, tout était réglé en un petit quart d’heure, y compris l’attente et les quatre ou cinq cents francs, je ne sais plus
j’avais mes rendez-vous à trois mois, alors je me débrouillais seul de mes rhumes pernicieux ou de mes grippettes et autres entéro-gastrites saisonnières
en fait, je n’avais pas de médecin traitant, de médecin référant comme on dit connement aujourd’hui, alors, comme Claude et moi on vivait à la colle, je me suis dit que Poil de Carotte pourrait bien être notre médecin de… famille
et c’est vrai que j’avais précisément à soigner –aussi- mes bijoux de… famille

tu sais ce qu’il disait des roux Pierre Desproges dans son Dictionnaire superflu à l’usage de l’élite et des bien nantis ?

le rouquin est un mammifère vivipare omnivore assez voisin du blondinet, pas trop voisin quand même, car le blondinet fuit le rouquin dont il nous dit qu’il pue, qu’il est la honte de l’espèce, le banni pestilentiel au regard faux sous une visière rouille
parmi les différents types de rouquins, le rouquin cul-de-jatte est le plus défavorisé, car à l’instar du manchot qui louche, le rouquin cul-de-jatte prête à rire doublement
on reconnait le rouquin aux cheveux du père, et le requin aux dents de la mère
passé la cinquantaine, le rouquin risque de perdre ses cheveux, soit par le simple effet du temps qui passe, soit à la suite d’un traitement anticancéreux généralement inutile, mais toujours à la mode chez les mondains de Villejuif
dans un cas comme dans l’autre, il serait presque impossible alors de reconnaître un rouquin d’un homme normal, n’étaient-ce les taches de rousseur que Dieu inventa au soir du Premier Jour, alors qu’il secouait ses pinceaux sans malice après avoir créé le premier crépuscule flamboyant à l’ouest d’Eden

quel PD ce Desproges !
mais moi, j’aurais dû me méfier

– monsieur janjacq… euh…
j’ai refermé mon Gala ou, je ne sais plus, mon VSD vieux de deux ans, je me suis extirpé du fauteuil défoncé au simili rouge éventré vieux des quarante ans de pratique du Docteur Blondin et j’ai serré la main ferme que le Docteur Roux me tendait
– qu’est-ce qui ne va pas mon vieux ?
ce n’est pas tant la question qui m’ait surpris, comme entrée en matière je n’en voyais pas d’autre, mais j’ai tiré la gueule
tout était vieux ici, les magazines, les sièges et les meubles, la moquette élimée et les peintures écaillées, mais pas moi, merde, en tout cas pas plus que ce toubib à la tignasse rouge qui me traitait ainsi
après tout, pas plus que lui je ne faisais mes trente ans, je me suis dit que d’une certaine façon il me faisait déjà péter sa science et je l’ai tout de suite trouvé moins mignon
il était torse nu sous une blouse blanche marquée du logo de l’Assistance Publique sur la poche poitrine et largement déboutonnée, je lui trouvais la peau trop blanche, trop grenelée de taches de rousseur, et puis il y avait cette grosse chaine dorée autour de son cou et surtout ce bijou en forme de croix chrétienne, sur son sternum, qui m’interpelaient plutôt
je me suis mis à raconter mon diabète

– et puis, Docteur, j’ai depuis quelques jours de petits problèmes cutanés au droit de… euh… du sexe
– vous allez me montrer ça, n’est-ce pas ?
il a dit cela avec un petit sourire, j’ai senti le chaud me monter aux oreilles alors que je baissais mon pantalon et mon caleçon jusqu’à mi-cuisses, debout devant ce garçon qui était venu s’asseoir sur un tabouret à un mètre de moi
– approchez-vous
le toubib a attrapé le bout de ma quéquette entre pouce et index, il l’a relevée et d’un geste brusque il l’a décalottée découvrant un gland presque aussi rouge que mes joues, c’est un peu comme si on m’avait tailladé avec une lame de rasoir et deux petites gouttes de sang ont perlé, putain, jamais ma zigounette n’était restée aussi riquiqui devant un beau jeune homme et pourtant le prépuce l’étranglait maintenant en saignant, douloureusement à m’en faire chialer
mon tortionnaire s’est levé pour aller se laver les mains à un petit lavabo un peu craspouille et branlant qui se trouvait dans l’angle du cabinet
– vous avez une balanite, du grec balanos, gland
– …
– d’habitude, vous décalottez facilement ?
– oui, oui…
– alors c’est plutôt une balanoposthite
– post-it ?
– oui, posthite… vous avez à la fois une inflammation du gland, l’enflure, les larges taches rouges… et une infection du prépuce, les fissures, les petites plaies ouvertes, le rétrécissement… vous me dites que vous n’avez pas de paraphimosis…
– phimosis ?
– oui, vous décalottez normalement… sinon… votre diabète est sans doute déséquilibré, la glycosurie serait la cause… et puis c’est une question d’hygiène…
– mais je me lave, Docteur, je prends deux douches par jour, j’en prends soin
– peut-être vous lavez-vous trop… pas avec les bons savons… d’ailleurs il ne faudrait pas utiliser de savon, ils peuvent être allergènes… ou détruire la flore qui vous protège naturellement
je n’avais pas de kleenex sur moi, le Docteur Roux ne m’avait rien proposé, alors j’avais remballé coquette sans même essuyer le sang, ça picotait et démangeait grave, comme si on m’avait foutu le feu au bout de la mèche
– il faut que vous fassiez deux fois par jour un bain de permanganate de potassium… euh, dans un bol ou un truc comme ça… après avoir bien décalotté, vous faites tremper votre queue cinq bonnes minutes… deux fois par jour…
ouais, il a dit queue, je n’ai pas été… ulcéré, moins qu’elle en tout cas

vendu en pharmacie, le permanganate de potassium se présente sous forme de minuscules cristaux conditionnés dans de petits sachets plats et carrés qui ressemblent un peu à ceux de l’Aspégic, en plus petit
l’emballage est violet, les cristaux sont violets, et quand ils sont dilués dans l’eau du bol, la solution aqueuse est violette, on se croirait à Toulouse, ou à Magenta, la nuit, après la bataille
je me suis assis sur le rebord de la baignoire, cul nu, les pieds dedans, j’ai écarté les jambes
j’ai attrapé le bol qui était resté en équilibre sur le lavabo, et comme j’avais fait ma préparation à l’eau chaude, je suis frileux, j’ai testé l’eau du bain en y trempant la première phalange du petit doigt de la main droite, je suis droitier, à vue de nez, euh… d’ongle, trente-sept trente-huit, parfait !
coquette faisait sa timide, elle ne me semblait pas très partante, je lui ai retroussé la capuche plus précautionneusement que mon con de toubib, pour ne pas aggraver les fissures, et je lui ai fait faire trempette en la lâchant
bien sûr, la capote s’est automatiquement remise en position pluie, la nature est bien faite tous comptes faits
c’est pas facile de tenir un bol d’une main, sa queue de l’autre pour « la faire tremper » dedans, en décalottant, et de ne pas se mouiller le bout des doigts aussi, plusieurs grosses gouttes de la précieuse dilution sont tombées dans la baignoire en m’éclaboussant les pieds
horreur !
au contact de l’émail le liquide violet est instantanément devenu marron, marron sale…!
j’ai alors regardé mon auriculaire droit, il était marron caca…!
– pute borgne ! ça tache !
l’aurait pu me le dire Roux, l’aurait pu m’en parler la pharmacienne, z’auraient pu l’écrire sur la boite au labo, merde !
parce que pour tacher, ça tachait !!!

le problème avec ma baignoire, c’est son âge
elle a beau être en fonte émaillée, les années et l’usage -intensif- des produits d’entretien de plus en plus chimiques et de plus en plus décapants (polluants ?) l’ont rendue râpeuse comme une langue de chat, et quand je m’assois dedans, je ne me laisse jamais glisser, je soulève les fesses pour m’allonger parce qu’au fond, c’est une véritable toile émeri
la nettoyer, c’est galère, mais là, putain, c’était impossible, les taches marron de permanganate j’arrivais pas à les ravoir, même à l’eau de javelle
je n’ai pas mis de gants mapa, mais sur mes mains ça partait pas non plus, une vraie saloperie
– qu’est-ce que t’as aux mains ? m’a demandé ma collègue de boulot le lendemain matin
– euh… j’ai des démangeaisons, une espèce d’eczéma, c’est le médicament qui fait ça…
– t’as surtout le p’tit doigt qui te démange ? hihi ! ou tu l’as laissé trop longtemps dans l’oreille ? hihi ! heureusement que c’est pas ton… hihi !
pouffiasse !!!
elles étaient une vraie marque d’infamie ces taches !
il m’a fallu renouveler les bains, je suis parti acheter des gants de chirurgien, mais mon auriculaire a mis un bon mois avant de retrouver figure humaine

un diabétique, à cause du sucre dans le pipi, d’ailleurs diabète, en grec, ça veut dire urine sucrée, un diabétique, c’est sujet à balanite, du grec balanos, gland, comme me l’a dit l’autre tête de nœud, je me demande s’il avalerait mon histoire de pipi sucré, ce con
les balanites ont récidivé, les balanoposthites aussi, et chaque fois je faisais tremper mon kiki, non sans moultes précautions, il n’y avait plus que les calbutes de coton que je n’arrivais pas à blanchir, paraît qu’il m’aurait fallu du sulfate de fer
fatalement, ma relation avec Claude s’est détériorée, ç’avait beau pas être contagieux mon truc, ni sexuellement transmissible, j’avais tellement honte de la couleur de la peau de mon gland que je n’osais montrer ça à personne, pas même à lui
et puis…
… il y a eu un clash violent avec le Docteur Roux, à propos de mon amant, de maladie vénérienne et de sida, je te raconterai, et j’ai changé de médecin référant

– mais il est malade ce type ! il est fou ! vous me dites qu’il s’appelle comment ? Roux ?
– oui, Roux, Jacques Roux
– il est jeune ?
– mon âge, à peu près mon âge…
– il est malade ! c’est pas dieu possible qu’on lui ait jamais appris ça…
… ok, le permanganate de potassium peut remplacer la cortisone déconseillée à forte dose au diabétique, mais dans une pommade dermique il y en a juste un chouïa de cortisone
… je ne comprends pas
mon nouveau toubib a retourné vers moi tout son gros ordinateur pour que j’en voie l’écran, la page active était celle du Vidal
– tenez, … il est utilisé pour traiter certaines infections des poissons d’élevage dues à des parasites, pour le traitement de l’eau potable ainsi que comme antidote pour les empoisonnements par le phosphore
– …
– je me demande, il a dû prendre votre verge pour une ablette, a-t-il ajouté rieur, puis, en s’esclaffant … ou plutôt pour un rouget grondin
j’ai piqué mon fard
– excusez-moi
– euh… le grondin ? ai-je questionné, c’est pas celui qu’est plein d’arêtes et qui se mord la queue dans l’assiette ?
– vous allez enfin pouvoir en rire mon vieux (qu’est-ce qu’ils ont mes praticiens à tous m’appeler leur vieux ? celui-là, il pourrait être mon frère ainé !), fini les tortures, vous allez acheter du Septivon et vous laver avec ça pendant quelques jours, et puis vous ne l’utiliserez plus qu’occasionnellement, en prévention, disons une fois par semaine, puis de loin en loin, une fois par mois
(tiens, tiens, une fois par moi ! lol !)

j’ai porté de ce jour un regard assez critique sur les diagnostics qu’on… m’infligeait, et sur les traitements dont on voulait me faire… bénéficier
mon histoire s’est passée au XXe siècle mais aujourd’hui j’ai internet, c’est quand même un plus, même pour moi qui le suis déjà, positif, je peux me documenter plus ludiquement qu’avec le bon vieux dico médical des familles qui est d’ailleurs resté chez Môman
j’aime bien les sites canadiens, francophones (je suis abonné à CATIE) et qui sont autrement mieux documentés que les français (de France)
belges ou suisses c’est déjà moins pire, j’ai… honte, et aussi l’idée que je devrais me mettre à l’anglais

tu sais ce qu’il m’a dit mon iMac ? bon, c’est pas du Pierre Desproges mais ça m’aurait bien aidé à l’époque si j’avais pu lire ce genre de réponse

y a-t-il un traitement pour la balanite ?
le traitement dépend de la cause, c’est pourquoi une consultation avec un expert est fortement recommandée
les infections bactériennes sont traitées avec des antibiotiques disponibles sur ordonnance
la mycose, ou le candida (la cause la plus fréquente), est traitée avec des crèmes anti-fongiques qui peuvent parfois être associées à une crème à base de cortisone, le choix du traitement dépend fréquemment de la sévérité des symptômes, dans les cas graves de balanoposthite, on peut prescrire une médication à prendre par la voie orale – laissez un expert vous traiter de la façon la plus appropriée pour vous
la dermatite allergique ou de contact (chimique) est traitée simplement en évitant les produits qui ont causé l’allergie ou l’inflammation, il faut parfois du temps pour identifier l’agent responsable en évitant les agents allergènes dans votre environnement, dans les cas modérés ou sévères, une crème à faible dose de cortisone peut être prescrite

« avec un expert…! » « laissez un expert…!!! »
je n’en ai pas bu du permanganate de potassium, paraît que c’est insipide, mais j’ai gardé dans la bouche un goût amer

le Docteur Roux et moi, ça jamais été bien ça
bon, il était mignon avec ses cheveux carotte et toutes ces taches sur la frimousse et dans le cou, ailleurs je sais pas, j’ai pas vu… et je me demande si le Glaude, des fois ?
on s’en fout, y a prescription
bon, il était plutôt sympa avec sa trentaine sportive et dynamique et ses poignées de main fermes et viriles qui contrastaient un peu avec son physique de crevette rose
on s’en fout, il a empilé les années, comme moi, il s’est empâté, plus que moi
j’aurais dû me méfier
un mec qui trimballe ostensiblement un instrument de torture en sautoir ne peut pas être… sain, à mon sens
je me suis toujours dit qu’heureusement que le fifils à son papa n’avait pas été empalé vers l’an 33, z’auraient été bien emmerdés, hein, pour nous représenter ça, mais mon toubib, là, il aurait porté au bout de sa chaine un clystère modèle réduit en or plutôt qu’en étain, ça m’aurait fait le même effet, m’étonnerait que dans le serment d’Hippocrate il y ait la vénération des outils de tortionnaire
et puis, son opiniâtreté à me faire me colorier la quéquette de la même couleur, au bout de quinze jours de séchage, que son museau, façon tachisme, c’était douteux, non ?
il devait avoir des comptes à régler ce mec, je le plains

si jamais un jour tu te retrouves à montrer ton chancre à ton docteur à toi et qu’il te dit que pour soulager ta gène et tes douleurs et pour le faire disparaitre il n’y a que le permanganate de potassium, en bains, je t’en prie, empoigne son bureau et verse le lui sur les genoux, saisis-toi des deux oreillettes de son stéthoscope et serre lui le kiki avec, à l’étrangler, ramasse par terre son marteau de Babinski (il est tombé quand t’as renversé le bureau), tu sais son marteau à réflexes, et plante le lui violemment dans les fontanelles, genre le piolet à Trotsky, et si ton toubib est un urologue, prends enfin sur l’étagère en verre la maquette grandeur nature en plâtre ou en latex de la bite en semi érection qu’est là pour celles et ceux qu’en auraient jamais vu de près, et, s’il te plaît, enfonce la lui profondément dans le gosier, à l’étouffer
je t’en supplie
je serai… vengé
et je viendrai aux assises témoigner en ta faveur, promis, juré, croix de bois, croix de fer, si je manque…
heu… j’ai pas craché

janjacq

post-scriptum à l’usage des irrités du gland, en grec balanos :
– le Septivon (digluconate de chlorhexidine) est vendu sans prescription dans toutes les bonnes pharmacies
il a beau être « déremboursé » en raison d’un service médical rendu (SMR) jugé insuffisant, je te jure que quelques gouttes font plus d’effet que des hectolitres de concoctions de ce putain de permanganate de potassium (KMnO₄) sans les inconvénients et… l’inconfort qu’on sait
– un troisième médecin à qui j’avouais que je me lavais la tête tous les jours à cause de mes cheveux longs m’a conseillé d’utiliser systématiquement, exclusivement et quotidiennement mon shampooing doux pour la toilette intime
je l’ai écouté, bien m’en a pris, adieu balanite, adieu balanoposthite, adieu vérole, chancre mou, cochon, couvée, je n’ai plus au bout de mon p’tit bout, dans son écrin peaucier (cutané ? ah bon !), qu’une jolie tache de naissance rouquine du meilleur effet


(illustration musicale : de la zizique et de zolies zimages Dailymotion qui bougent)

jacques a dit

écrit par Zazie, composé par Zazie, Jean-Pierre Pilot et Olivier Schultheis (2007)
interprété par Christophe Willem

je suis un oiseau
qui est tombé de haut
je traîne ma peine
une larme qui coule
j’ai dans la gorge une boule
comme une pierre qui roule

perdue l’innocence des jours passés dans la cour de l’école
du bonheur j’en ai pas
y en a (que) pour pierre et paul

jacques a dit cours
jacques dit vole
mais pas le jour où je décolle
jacques a dit cours
jacques a dit aime
j’ai beau t’aimer tu pars quand même
jacques a dit marche
jacques a dit rêve
me fait tant marcher que j’en crève
jacques a dit certes je lui pardonne
jacques est un rêve pas un homme

reste
une mélancolie cachée
sous mon manteau de pluie
qui traîne encore
je ne sens plus le vent dans mes voiles
dis-moi à quoi me sert mon étoile
si je perds le nord
mes îles je les ai méritées
mes ailes je les ai pas volées
j’ai tout fait comme tu m’as dit mais le rêve s’évanouit

jacques a dit cours
jacques dit vole
mais pas le jour où je décolle
jacques a dit cours
jacques a dit aime
j’ai beau t’aimer tu pars quand même
jacques a dit marche
jacques a dit rêve
me fait tant marcher que j’en crève
jacques a dit certes des tas de choses
mais sur la vie pas toutes roses

jacques a dit cours
jacques dit vole
mais pas le jour où je décolle
jacques a dit cours
jacques a dit aime
j’ai beau t’aimer tu pars quand même
jacques ne dit pas tout
jacques ne dit mot
jacques ne sait pas ce qu’on vit
jacques ne sait pas que c’est tout gris
jacques ne dit mot
jacques ne sait rien de la vie
la vie c’est tout gris

(jacques a dit cours
jacques dit vole
mais pas le jour où je décolle
jacques a dit cours
jacques a dit aime
j’ai beau t’aimer tu pars quand même
jacques a dit marche
jacques a dit rêve
me fait tant marcher que j’en crève
jacques a dit bois
jacques a dit mange
moi j’ai grandi mais rien ne change
jacques a dit vague
jacques a dit s(e)cours
mais ne connaît rien à l’amour
jacques a dit chante si tu me veux
moi je déchante peu à peu
jacques a dit certes)

je lui pardonne
jacques est un rêve pas un homme

tu sais ce qu’il te dit janjacq ?

janjacq

mochetés et cochoncetés

moi, c’est janjacq

tout minuscule janjacq, j’y tiens, j’ai pas très envie qu’on m’appelle gigi ni besoin non plus de me planquer derrière un j (majuscule)
mais je ne désespère pas de grandir

alors le 2, c’est moi
le rédac-chef m’a dit : c’est quoi ton jour anniversaire ?
ben le 2, ai-je répondu tout intimidé de dévoiler ce pan-là de mon identité
tu as de la chance, ce n’est pas pris
il cause bien Tto, moi, les ne et encore plus les n’, j’ai tendance à les oublier (par contre, les n… euh, pardon)

aujourd’hui, c’est moi qui tiens la boutique
j’ai emmené tout mon barda
une petite valise avec tout dedans
ma brosse à dents, du dentifrice, un caleçon de rechange, des chaussettes, mais elles sont dépareillées, les deux piluliers, celui du matin et celui du soir, approvisionnés, j’ai vérifié cinq ou six fois qu’il y avait tous mes médocs, cinq seringues pour la journée avec les aiguilles, des de 12 et des de 8, les bandelettes pour le sang et celles pour le pipi, des lancettes, je n’ai pris ni coton ni alcool modifié à 70°, je ne m’en sers jamais, le lecteur de glycémie et le tensiomètre, ils prennent de la place, un paquet de Granola, j’adore les Granola, deux barres de Mars pour repartir, au cas où, et cinq pâtes de fruit, pour la même chose, toujours au cas où, le mobile, ou le portable comme tu dis toi, parce que mon chéri il veut pouvoir m’appeler, moi j’appelle jamais, sauf ma kiné quand j’ai pas envie d’aller à ma balnéo, je crois que c’est tout
ah non, j’oubliais, une paire de lunettes de rechange dans leur étui, tu me vois si je prends une baffe et que je paume un verre, le brouillard pour toute la journée, en plus elles font solaires, tu sais, elles foncent à la lumière, elles ont par contre beaucoup de mal à défoncer
voilà, c’est tout, tout est d’équerre, je suis paré

Tto t’a pas dit, je suis venu pour te causer de mochetés et de mes cochoncetés
multiples et variées les cochoncetés, je dirais, alors le pluriel s’impose
j’en connais qui se traînent une misérable petite infection à vih, moi, c’est pas pour me vanter, mais c’est la totale
je te raconte ? bien sûr, c’est pour ça que m’ v’là

les bonnes fées se sont penchées sur mon berceau, et elles étaient nombreuses les garces
on ne s’en est pas aperçu tout de suite parce qu’on s’est contenté de compter mes bras (2), mes jambes (2), mes doigts (10, 5+5), mes orteils (dito), mes coucougnettes (une sacrée paire) et de vérifier que j’avais bien un zizi (prometteur) et que je n’étais pas noir, ç’aurait fait mauvais genre en Béarn

mais, mon pauvre, c’est que j’étais myope, astigmate et promis à la presbytie qui me guette, c’est que j’allais avoir les dents toutes jaunes et cariées, promises aussi à s’habiller de céramique, et puis plus grave, un peu non comprenant, mais ça, ça ne compte pas, c’est pas remboursé par la sécu
on ne se doutait pas non plus que je serais pédé, parce que c’était là, j’te jure, c’était là et ça compte pas non plus, c’est pas remboursé non plus
par contre, ce qui l’est remboursé, c’est le diabète, insulino-dépendant s’il te plaît

il était inscrit dans mes gènes, qu’ils disent, il m’est tombé dessus en fin d’adolescence, à vingt-cinq ans
quoi ? on n’a pas le droit de ne pas être pressé ? je suis béarnais moi, pas président de la république
d’emblée ç’a été deux piquouzes par jour, et c’était plus pénible qu’aujourd’hui où j’en fais pourtant cinq, à cause des repas qu’il fallait prendre à des putains d’heures fixes, mais je te raconterai
le diabète, c’est une ald, une affection de longue durée, ad vitam æternam quoi, une maladie chronique
cela allait bougrement m’aider

j’ai trouvé le moyen de me faire plomber
si je suis toujours resté asymptomatique, j’ai quand même dû entamer très tôt une trithérapie, qui est presque toujours quadri d’ailleurs, et ça en fait des pilules à avaler, tu as intérêt à t’être préparé quand ça te tombe dessus
pour un diabétique, insulino-dépendant te dis-je, c’est fastoche, juste un plus, je devrais dire juste un peu plus
tu sais, tu fais cinq piqûres d’insuline par jour, et autant de contrôles de glycémie au bout des tes six doigts, que veux-tu que ce soit d’avaler une kyrielle de comprimés, fastoche je te dis

quoi ? j’ai dit six doigts ?
ce n’est pas une faute de frappe, ce n’est pas dix, un diabétique n’a que six doigts
toutes les blessures occasionnées par les lancettes pour le prélèvement d’une simple gougoutte de sang te font perdre la sensibilité de la pulpe des doigts, et comme la première complication du diabète est la cécité et que le braille se lit avec les index, interdit de toucher aux index
et puis, pouce et index forment ce qu’on appelle la pince, et la pince est ce qui a fait le développement du cerveau de l’homme, dans la théorie darwinienne de l’évolution
alors, tu penses bien qu’on se la préserve la pince, et plutôt deux fois qu’une
t’avais remarqué qu’on a deux mains, je suppose
ça explique mes six doigts

donc, leçon numéro un, en cas d’élucubrations abstruses de ma part, de bla-bla abscons itou, ne jamais hésiter à poser une question, si je sais je te réponds, et si je ne sais pas je fais comme si je n’avais pas entendu, c’est clair

où en étais-je ?
ah oui ! voilà t’y pas que diabète et séropositivité se sont bien plu ensemble, je ne sais pas lequel a baratiné l’autre, mais toujours est-il qu’ils ont forniqué ces cochons
et quand deux cochons forniquent, enfin, un cochon et une cochonne, parce que la séropo ça te m’en fait une de cochonne, quand un et une de ces saloperies de bestioles s’acoquinent et s’accouplent, ça donne une cochonceté, forcément
une cochonceté de plus
et comme ils ont remis ça, les porcs, cela m’a fait deux cochoncetés sur les bras, ou sur le dos, ou dans le cul, en fait au cœur, une silencieuse et l’autre tonitruante
et moi, j’ai fait deux infarctus, dont un

à la faculté ils parlent de risques exponentiels
j’ai toujours été fâché avec la mathématique, pour moi exponentiel, ou elle d’ailleurs, évoque des âmes de violons ou des appréciations de Télérama
ben non, ça veut dire que 1 + 1 = 100 000, je te traduis, un plus un égalent cent mille, et que le truc était i-né-vi-table
en béarnais, je t’aurais mis un trait d’union de plus, parce que le ble on le dit, macarel, bleu, inévitable c’est une bête à cinq pieds, comme le mouton, pas à quatre
quoi ? j’ai confondu exponentiel(le) avec intégral(e) ?
tu le vois, la mathématique et moi
tu dois te demander comment j’ai fait pour avoir mon bac si les maths c’était pas ça, parce que mon français, à la rédac, c’est vraiment pas ça non plus
faudra faire avec, mec

bon, c’est tout pour aujourd’hui, je vois bien que tu t’endors
on se revoit le 2 mars nous deux
ce sera la sainte Charles
à propos de Charles, quand j’étais môme, j’ai fait une colo d’été, c’était à Arcachon, on avait des moniteurs et une… monitrice
une nuit, c’était pendant l’horreur d’une profonde nuit, on…

… bonne nuit



(illustration musicale, branche ton iPod, ni Dailymotion, ni Deezer n’ont encore ça)

assez parlé de moi

écrit et composé par Benjamin Biolay (2009)


j’avale le vent, j’avale la vie
j’avale les gens, j’avale la nuit
je bois le jour, je bois le verre
je bois le vide, je vois mon frère
qui parle au vent, qui parle au bruit
qui parle aux gens qui sont partis
j’avale le vent, j’avale mes cris
je cale mes pas sur ceux d’autrui
je vole au vent, je vole de nuit
dans les tympans, dans les tempi
je vois le large, la normandie
et son bocage et son ennui
je crois les autres, je crois les bruits
je suis en cage ou sans abri
j’avale le vent, j’avale la vie
puis me resape au saut du lit

mais assez parlé de moi

j’avale la peur, j’avale la mort
j’avale ma sueur, j’ai mal au cœur
je bois la mer, je vois derrière
les meurtrières des imposteurs
je crois le sot qui voit le doigt
au clair de lune juste le doigt
dans la lagune juste le doigt
dans la belle brune juste le doigt

mais assez parlé de moi

j’avale le vent, j’avale la vie
j’avale les gens, j’avale la nuit
je bois le jour, je bois le verre
je bois le vide, je vois mon frère
qui parle au vent, qui parle au bruit
qui parle aux gens qui sont déjà partis
j’avale le temps, j’avale mes cris
je cale mes pas sur ceux d’autrui
je vole au vent, je vole de nuit
dans les tympans, dans les tempi
je vois le large, la normandie
et son bocage et son ennui
j’avale le vent, j’avale la vie

mais assez parlé de moi

mais moi, je n’avale pas
je suce, mais j’avale pas

janjacq

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