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Passer au crible

C’est toujours étonnant comment viennent les idées d’article pour One F.P.M. et ma rubrique « Gay, père et passe ».

Celui-là, je ne l’avais pas prévu. Je peux même dire que je n’avais encore aucune idée ce mercredi après midi. La tension montait à chaque heure passée, j’attendais un courriel incendiaire de janjacQ ou de Tto … Et puis qu’allais-je vous raconter?

J’ouvre l’espace de réception de ma messagerie « contact@14141.fr »: un mail d’une journaliste de « TXXX », une journaliste à qui j’avais adressé quelques mois auparavant mon témoignage. Je ne me souviens plus trop du contenu mais cela parlait de moi, de mon p’tit Zèbre et de mon ex-femme. J’apprécie tout particulièrement son travail journalistique, j’ai même lu un livre qu’elle a écrit traitant de l’homosexualité au cinéma (que je vous conseille de lire au passage).

Voici le corps de son message : « Je me permets de vous contacter concernant l’appel à témoins pour le dossier de « TXXX » sur les *ex-hétéros*, lancé il y a déjà quelques mois. Votre témoignage m’intéresse beaucoup et j’aimerais en parler plus longuement avec vous. Puis-je me permettre de vous poser des questions par écrit pour commencer, avant de vous téléphoner éventuellement pour compléter l’entretien, si cela vous convient ? »

C’est justement le questionnaire que j’attendais! Un questionnaire qui répondrait aux zones d’ombre. Je vous livre en pâture mes réponses.

– Quatorze Cent-Quarante-et-Un, comment s’est révélé ce changement de sexualité ?

Pour être honnête, je ne me suis jamais vraiment posé la question de la sexualité. Ou peut-être à l’adolescence répondant par l’indécision : sexuellement j’éprouvais un désir partagé pour les femmes et les hommes. Avant de rencontrer ma femme, j’avais eu déjà des amourettes masculines et féminines. Je n’avais pas un besoin primordial d’alterner. Je tombais amoureux, voilà tout, et ma sexualité suivait mes sentiments. Et puis j’ai fait la rencontre de Céline sur Paris. Elle était douce, adorable, sensible, intelligente… j’en suis devenu totalement amoureux. Dès le premier mois de notre rencontre, je l’ai mise au courant de ma particularité amoureuse. Cela ne posait pas de problème en soi. Sexuellement nous étions en parfait accord, cherchant même à nous étonner. Nous avons eu deux merveilleux enfants, une fille et un garçon. Nous vivions dans une harmonie relative jusqu’à ce que j’apprenne le mal qui rongeait ma femme et notre histoire. Je l’ai quittée et mon chemin a croisé celui de mon p’tit Zèbre. Je suis tombé sous son charme, puis dans son lit! Ma sexualité a suivi de nouveau mon cœur d’artichaut!!! Mais aujourd’hui, après quelques années partagées avec ce futur trentenaire, ma sexualité est plus présente que jamais, découvrant ainsi une partie de moi insoupçonnée. Cette relation a été comme un révélateur de ma sexualité car mon partenaire alimentait mes fantasmes avec les siens et vice-versa.

– Quelle était votre vie « avant » ?

Ma vie d’avant? Comme tout un chacun je crois. Un couple d’hétérosexuels dans toute sa splendeur! Un vrai modèle de sainteté à tel point que l’on aurait presque pu nous enfermer dans un musée ou un zoo! Deux enfants, des tonnes d’amis qui n’en sont plus, une maison, des chats, une belle famille tordue. Nous partagions les mêmes valeurs, des valeurs judéo-chrétiennes, celles-là mêmes qui avaient cimenté notre histoire d’amour quelques années plus tôt. Je n’avais aucun désir sexuel pour un autre ou une autre. Ma vie me semblait presque parfaite jusqu’à l’arrivée de la maladie. Puis nous avons glissé lentement vers une relation déséquilibrée dans laquelle je me suis senti étranger. Quand j’ai senti le point de non-retour, j’ai brisé le lien.

– N’avez-vous jamais identifié en vous de désir homosexuel ? et chez votre ex-femme ?

Ma première histoire d’amour, je l’ai vécue à 11 ans. Il s’appelait Nicolas (h+ 4150 – Nicolas). La seconde histoire fut à 15 ans, elle s’appelait Laurence. Ma sexualité n’a que suivi mes sentiments et non le contraire.

En ce qui concerne ma femme, cela est un peu plus compliqué… je l’ai connue grâce à ma cousine. Un lien fort les unissait. Je me suis immiscé dans leur relation avec toute la fraicheur et la violence de mes vingt-deux ans. Ma cousine a souffert longtemps de cette irruption. J’étais amoureux et ne voyais pas les blessures qu’allaient engendrer mes actes. Après la séparation, j’ai discuté longtemps avec ma cousine. Elle m’a révélé que sa relation avec Céline était très équivoque.

Dans la seconde moitié de vie commune, nous avons sympathisé avec une jeune femme, Aurore. Elle se disait ouvertement bisexuelle et sortait avec Didier, un squelette du Marais qui me faisait les yeux doux. Aurore était un personnage complexe et insaisissable. Collègue de ma femme, elle aimait venir chez nous, s’occuper des enfants et profiter de nos derniers instants de bonheur. Nous étions le couple parfait à ses yeux malgré son aversion pour cette race de reproducteurs. La maladie de ma femme a pris à cette période un drôle de visage : dans une soi-disant recherche de soi, Céline prit un certain nombre de décisions seule: elle se fit couper les cheveux à une longueur de 2cm par Aurore… elle fit ceci sans moi… elle partit en week-end et en vacances avec Aurore … elle ne mangea plus de viande comme Aurore… elle décida que l’on ne devait plus faire ceci ou cela, et ma famille non plus et sa famille aussi… que nous ne devions plus voir un tel ou une telle car Aurore ne les aimait pas…  Même quand elle n’était pas là, Aurore était présente! Et les enfants? Ils avaient un peu perdu leur mère. A cette période, je suis tombé gravement malade, une saloperie qui attaquait mon estomac. Je me suis retrouvé alité quelques semaines. Céline qui de nature était prévenante ne l’était plus. Elle ne pensait qu’à elle. Elle ne vivait que pour elle et Aurore. Je me souviens du jour où je lui ai dit. Elle est tombée des nues, m’a t-elle dit. Elle ne voyait pas les choses comme ça. Alors de toute ses forces, elle a viré Aurore! Viré l’amour qu’elle lui portait. Mais cela n’a fait qu’empirer son état. A ce moment précis j’ai ouvert les yeux sur l’homosexualité de ma femme.

Quelques années plus tard, à un dîner entre amis, le sujet de l’homosexualité et de la bisexualité fut invité à table. Tout le monde ou presque était ouvert à une histoire d’amour avec une personne du même sexe, excepté Céline. Elle ne se voyait pas avoir des relations sexuelles avec une femme…

– Comment s’est faite la transition couple hétéro/couple homo ?

Plutôt bien, même très bien. J’ai eu de la chance de tomber amoureux de lui! Il fut patient, même très patient. Il ne s’est pas déclaré avant que je n’ai rompu définitivement avec ma femme même s’il en crevait d’envie! Nous nous sommes croisés par le biais du travail et rencontrés sur un site de «rencontre» pour finir dans le même lit. Il est évident que la transition est plutôt radicale: passer d’un couple presque parfait à un couple homo pas du tout parfait, cela crée des grands écarts douloureux. La vie en province n’est pas propice à ce genre de changement… se tenir la main en plein centre ville… les amis qui ne veulent plus vous voir, qui font des faux témoignages pour le juge… les voisins qui ne vous disent plus bonjour… et puis inversement les codes de la communauté gay à apprendre, les bars, les soirées parisiennes, la gay-pride… j’avais un peu l’impression d’être un extraterrestre d’un côté comme de l’autre, le cul entre deux chaises!

– Comment ont réagi vos proches ?

Classique : tu n’es plus mon fils, je ne veux plus te voir… Non, ce n’est pas vrai! J’ai une famille en or. Mes frangines et mes parents furent surpris. Cependant quand ils ont rencontré pour la première fois mon amoureux, ils ont été conquis! Au fil du temps, ils ont même eu l’impression de me retrouver.

– Quelles ont été les principales difficultés ?

Les enfants? Aujourd’hui il est évident que nos enfants subissent plus nos choix de partenaire qu’ils ne se résignent à la séparation. Même si eux aussi bénéficient du bien-être dans lequel j’évolue, l’homosexualité reste un problème. Ma fille souffre du manque d’une présence féminine par le fait de sa non-relation à sa mère. Et puis l’adolescence est une période complexe… La recherche de soi, de sa sexualité sont autant d’éléments parasités par notre histoire. Leur environnement classique a été légèrement chamboulé… et puis leurs copains et copines ne sont pas toujours ouverts à cette problématique.

– Quelle expérience tirez-vous de votre parcours ?

Je risque d’être d’une banalité et un peu « cucul » mais j’assume: ne jamais lutter contre ses sentiments! Savoir s’écouter et ne pas attendre que les choses s’arrangent sans vous! Suivre son chemin de vie en prêtant attention à ce que vivent les autres.

– Votre compagne a-t-elle vécu le même genre d’expérience avec sa propre famille ?

Non, malheureusement pas. Ce fut difficile et cela l’est encore. Mais cela tient sans aucun doute à l’hystérie pathologique de sa mère et à l’homosexualité refoulée tendance perverse de son père… En tout état de cause, les enfants n’ont pas eu de grand-parents pendant trois longues années et en ont souffert inutilement.

(illustration choisie par JjQ qui est un peu nipponophile –seulement– sur les bords )

Quatorze Cent-Quarante-et-Un
(alias Daïdou)


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La véritable histoire de la petite souris

Il y a bien longtemps, un roi sans cœur régnait sur la province d’Octroie, une contrée peuplée de vertes forêts et de paisibles paysans. Ces derniers subissaient les sautes d’humeur et la barbarie de ce roi légendaire. Le jour de la récolte de la dîme, Jean-Jacques et sa femme ne purent payer, toute leur récolte avait été balayée par des pluies torrentielles qui s’étaient abattues tel un dragon sur sa proie.

Le roi exigea la destruction immédiate de leur maison et ordonna l’exécution du couple. Jean-Jacques et sa femme avaient une fille, la seule qui leur restait; les gardes du roi n’eurent pas de pitié et empêchèrent la jeune Anne d’embrasser une dernière fois ses parents emmenés dans les cris et la douleur vers le château. Cette nuit-là, Anne pleura à chaudes larmes. Son chagrin était inconsolable. Une petite fée qui passait comme à son habitude dans le village s’arrêta au son de la désolation.

Ça a débuté comme ça. Moi, je n’avais jamais rien dit. Rien. C’est Marie, ma sœur qui m’a fait parler. Marie, une pédopsychiatre, une cérébrale, une femme de talent. On se téléphone le mardi. Pas les autres jours, c’est trop compliqué. On parle des enfants, de son boulot, et du divorce. Elle veut me parler des vacances. Je sens que ma mère a vendu la mèche. Je lui avais dit de ne pas la vendre pourtant et que j’en parlerais directement avec Marie. Mais ma mère est incapable de garder le silence. Alors Marie m’écoute. C’est un peu son boulot d’écouter. Elle fait ça très bien et toute la journée, recueillir la douleur psychique des enfants. « J’sais que tu avais prévu d’arriver chez les parents samedi après-midi. Ça ne te dérangerait pas de reculer d’une journée? J’aimerais un peu de temps seul avec les parents ». Je n’aime pas les phrases interro(né)gatives au téléphone, encore moins quand c’est moi qui les formule. Un blanc. Sa réponse est brève. « Si ». Pas le « si » de la condition. Un « si » d’intransigeance sur lequel on ne revient pas. C’est ce que j’ai fait.

Elle m’a rappelé le jeudi. Ce n’est pas son jour le jeudi. Ce ne fut pas le mien non plus. Elle me déblatéra en jargon « psy » les pourquoi de ma demande: ma place de garçon dans la fratrie, auprès des parents et puis tout un tas de trucs qui m’échappent un peu, je dois dire. Elle me tourmentait avec les troubles de l’âme, elle en avait plein la bouche. « Bon » que je lui dis, « Ce n’était qu’un souhait, pas une analyse que je te demandais ». Et ça a fait des histoires.

Alors on est arrivé la veille, le vendredi soir, le pt’it Zèbre, Ana, Éric et moi. Il était tard alors on s’est couché après un bref échange. Ma mère n’était pas dans sa tasse de thé, elle savait qu’elle avait fait une bourde! Elle n’osait pas me regarder en face. Je la connais bien, quand son regard fuit c’est qu’elle est mal. En rentrant dans la chambre, je retrouvai un peu de calme, le p’tit Zèbre était fatigué, on ne ferait pas l’amour. J’avais bien envie pourtant de sentir son corps contre le mien. Son corps est pour moi une joie. J’en ai jamais assez de le sentir, de le baiser, de le lécher. Je suis à vrai dire un sacré cochon. Je le demeure.

Je me retrouve seul au petit matin, avec mon café devant moi, la tête à peine sortie de rêves étranges. Ma mère a débarqué. C’est toujours un moment particulier le petit-déjeuner, propice à des discussions à bâton rompu, à des paroles impuissantes. Il existe certains instants comme ça, un peu singuliers, si équivoques qu’on y est presque toujours surpris quand cela vous tombe dessus. Elle avoue qu’elle avait parlé un peu vite et qu’elle n’avait pas réfléchi au sens que Marie allait lui donner. Elle me demande aussi quelle importance je porte à me retrouver seul avec eux. Ma réponse est concise: ils ne sont pas aussi disponibles quand mes neveux et nièces sont là.

Ma sœur et ses trois enfants sont arrivés comme prévu juste après le repas du midi accompagnés de leurs trois souris blanches appartenant à ma nièce Elina. A la lueur des évènements, le contact fut un peu froid, pas glacial, juste un papier chiffonné à la va-vite par maladresse. Y a pas eu de drame ni de cadavre… les restes étaient copieux. Faut dire que mon père se met toujours en quatre pour nous concocter de vrais frichtis, ravissant notre égo. Faut dire qu’on n’est pas habitué à se goberger comme ça et elles vous grisent facilement, les bonnes choses de la table!

Le p’tit Zèbre et moi n’allâmes pas très loin, après ce banquet, tous les deux seulement, jusqu’à Tours. Là, on s’est trimballé de rues en boutiques, achetant par endroit quelques douceurs. C’est en revenant que le drame a pris corps sans que l’on s’en aperçoive. Pourtant il était bien tapi à la porte et depuis quelques temps.

Lui, il les aime les apéros, mon père, sans doute et d’une façon presque démesurée puisqu’il fait appel à de multiples alcools et amuse-bouche dont il est le seul à connaître les secrets. Ana partage depuis peu ces moments, trop le cul entre deux chaises, entre l’enfance et le monde sourd des adultes. Je n’étais pas surpris de la retrouver parmi nous, même plutôt heureux qu’elle y trouve sa place. Des souhaits, elle en a en pagaille, et ce n’est pas toujours facile de répondre dans l’instant.

– Papa, Marie et Elina veulent m’offrir une petite souris.

– Tu connais ma réponse, il est hors de question que nous ayons un animal dans l’appartement.

– Si te plaît…

– Non, nous n’avons pas la vie qui va avec pour l’instant!

Je me suis mis à la regarder de bien plus près, Ana, à mesure que son chagrin montait dans ses yeux, d’un bleu perçant où l’on décèle de la grandeur. Elle est partie, elle a tourné les talons, pour ne pas exploser devant l’assemblée et se réfugier dans la salle de bain. J’aurais aimé trouver le courage de la prendre dans mes bras, de lui dire que la souris n’avait que peu d’importance, que la solitude ne se guérissait pas cette façon. C’est ma mère qui est allée la consoler tandis que moi je ruminais contre ma sœur. Elle connaissait ma réticence, Marie, elle savait qu’en proposant la souris, elle déclencherait un abîme de désespoir. Mais je n’avais pas mis de mot dessus.

Autour de nous, le soir, la maison s’enfonçait dans cette scénette anodine. C’était le moment juste avant le repas où les souris s’expliquent, et c’est ce que j’ai fait. Marie, elle, en a pris pour son grade. Elle aurait pu m’en parler avant que de me mettre devant le fait accompli. Les larmes d’Ana m’ont appelé vers elle. Je l’ai prise dans mes bras, mes lèvres ont trouvé son front. J’ai cherché mes mots, ceux qui auraient pu calmer sa tristesse, sa peine, en vain, une autre réalité de dessinait.

– C’est pas la souris, Papa. C’est simplement une présence… et ne pas être la seule fille à la maison.

La fée s’enquit auprès de la jeune fille de son malheur. Ne pouvant accepter l’injustice, la fée se précipita dans la chambre du Roi. Elle ne se présenta pas auprès de lui, les fées gardent toujours leur nom secret, et le menaça : « Si vous n’avez pas libéré Jean-Jacques et sa femme avant de sombrer dans le sommeil, au petit matin vos dents m’appartiendront! ». Le Roi n’aimait pas les fées, encore moins celle-ci, et il la brava en s’endormant comme une masse. Le lendemain matin au réveil, le Roi réclama sa nourriture mais de sa bouche ne sortit qu’un amalgame de mots incompréhensibles. Toutes ses dents avaient disparu!

Quatorze Cent-Quarante-et-Un
(alias Daïdou)

Mon père, un homo

Je n’aime pas fouiller dans les historiques de pages web, surtout sur la session des enfants. Celle de mon p’tit Zèbre, c’est une autre histoire! J’ai l’impression d’être le grand inquisiteur en personne quand je m’exécute.
Pourtant il le faut bien, je ne veux pas qu’ils se sentent libre et sans surveillance. Le contrat est clair :
« Vous avez votre espace sous contrôle parental mais je peux à tout moment regarder votre historique. Ce n’est pas en vous que je n’ai pas confiance mais en l’Internet ! ».
Aussi je ne m’acquitte de cette tâche que très rarement, avec presque toujours un arrière-goût d’amertume.

Ce n’est pas pour me dédouaner mais je ne peux pas être à la maison avant 18h30 et les professeurs incitent de plus en plus leurs élèves à consulter Internet pour effectuer des recherches. Aussi il est inutile de vous faire un dessin, nos chères petites têtes brunes se retrouvent obligatoirement face à cette incontrôlable « toile ». Cette surenchère d’information n’est pas sans poser des questions dans les rangs des parents! Les pédagogues et les autres nous bassinent à longueur de temps sur la dangerosité du web! J’aimerais bien les voir dans ma vie, rien qu’une journée, se dépatouiller avec ces grands principes : Lever 5h30, petit-déjeuner, salle de bain, douche, habillage, préparation du lever des enfants, de leurs affaires, de leur petit-déjeuner, programmation de la machine à laver pour le soir, départ en bus, arrivée à la gare, le train, encore un autre bus. 8h00, j’enchaîne avec le travail non-stop jusqu’à 12h30, pose de 45mm. 17h00 machine inverse : bus-train-bus. J’arrive à 18h30 à la maison, bisous, signature des contrôles, vérification des devoirs pour le lendemain. Étendre le linge, filer en course entre deux, préparer le diner, aider aux devoirs dans la cuisine. Mon p’tit Zèbre arrive à 19h00, tout est prêt ! Je sais pertinemment qu’ils ont raison les psychologues, pédopsychiatres et autres pédagogues, mais où voulez-vous que je mette le créneau de surveillance ???!!!

Aussi j’ai choisi la liberté surveillée… et tout allait bien dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que je découvre ça :

« Cela fait de puis que je suis en 6ème que je cache se secret a toute mes amie. Quand on me demande pourquoi mes parents se sont séparé je répond, « mon pére n’été jamais la le soir , il allez aider quelqu’un »  mais en vérité , mon pére est un Homosexuel et ma mère aussi!!!! A chaque fois que quelqu’un traite une personne d’Homo je stresse !!! J’ai longuement hésité a vous avoué se secret car j’ai peur qu’une de met connaissence soit au courant je ne sais comment. Je ne me suis jamais moquer des gens qui on choisi d’aimer des hommes alors qu’ils en sont ou des femmes mais j’ai peur que plus tard certaine personne ne veille plus de moi comme amie !! Je ne sais pas comment j’ai réussi a tenir un secret aussi fort mais … j’ai réussi alors a chaque fois que quelqu’un me dit un secret , je sais que je pourait le garder toute ma vie !!!!!! et j’ai l’impression qu’il n’existe aucun secret aussi fort !!! Voila j’espère que vous ne rigoleré pas de moi et si vous rigolé de moi je vous direz juste, vous me juger pour se qu’est ma mére , pas se que je suis !! Voila je compte sur votre silence même si nous ne nous connaissons pas, j’ai réuni tout mon courage pour vous annoncé cela et toute ma confiance !!!! Je veux pas de vous une réponse précise mais j’ai besoin de savoir que mon secret sera un peu libéré ! »

La page est rose… glops ! Reconnaître les problèmes est une chose, se confronter à eux en est une autre. Mon premier réflexe ? En parler à mon p’tit Zèbre ! Il est proche des enfants de par leur naïveté partagée.

– Je voulais t’en parler justement. C’est pas la première fois que ça arrive, mais je suis souvent en retard au boulot le matin ! me dit-il
– Désolé mais je ne vois pas le rapport avec la souffrance d’Ana ?
– Ben, en fait, je tarde un peu le matin, tu me connais, je traine un peu au lit et puis je m’active progressivement. Je réveille les enfants vers 7h15 et j’enchaîne. Régulièrement il m’arrive d’être bloqué dans les toilettes durant 15 minutes ou au mieux dans la salle de bain… c’est suivant…
– Comment ça, bloqué ? Tu veux dire qu’Éric ou Ana t’enferment ?
– Non ! Mais la copine d’Ana !
– Qui ça ? Nathalie ? Celle qui vient chercher Ana ?

– Tu comprends rien ! Si je suis encore à la maison quand Nathalie arrive, Ana me demande de me cacher car elle ne veut pas que sa copine me voit ! Du coup, je suis obligé de me réfugier au plus près ! Et si je les croise toutes les deux en bas, dans le hall, Ana m’ignore royalement. Mais j’ai toujours droit à un petit signe discret pour me dire bonne journée.
– Tu ne me l’avais jamais dit ! Et tu gardes ça pour toi !?!?

Je n’imaginais pas à quel point la situation était aussi inquiétante. Lorsque je m’étais entretenu la première fois avec Ana de mon homosexualité, cela ne s’avérait pas être un problème pour elle. Je m’étais même alarmé de la répercussion sur son entourage, sur ses relations amicales, me projetant même sur la difficulté d’assumer mon choix de vie. Elle paraissait sereine.

Cependant ces nouvelles données éclairent davantage les réactions agressives d’Ana en Crète ou chez mes parents pendant les vacances de Noël.

Mon p’tit Zèbre et moi sommes très tactiles, les bisous, les câlins et les regards amoureux sont autant de marques d’affections au quotidien que de complicité nourrissant notre couple. Cependant nous ne nous les permettons qu’au sein de la sphère intime. Il nous arrive de déroger à ce protocole lorsque nous sommes seuls dans une rue ou dans un lieu public.

Alors que nous nous trouvions sur un lac de montagne, non loin de Réthymnon, sur le pédalo que nous avions loué, je déposai un baiser furtif sur les lèvres de mon p’tit Zèbre. Ana nous surprit, elle se trouvait dans l’eau. Limite agressive, j’ai voulu la provoquer un peu, juste pour qu’elle prenne conscience que nous étions à mille bords de toute embarcation et que personne ne pouvait nous voir. Aussi je réitérai mon piou s’en hésiter. Ni une ni deux, je vis ma petite poule en colère s’éloigner du pédalo à grande vitesse. Ne voulant pas que cela prenne une tournure disproportionnée, je la rejoignis aussitôt.

– C’est quoi le problème, Ana ?
– Rien ! C’est juste que vous vous embrassez devant tout le monde !
– Regarde autour de toi ! Nous sommes en plein milieu du lac ! Personne ne peut vraiment nous voir !
– Peut-être mais on ne sait jamais, si…
– Si quelqu’un nous surprend avec des jumelles ??? Je ne pense pas que le problème soit vraiment là. Je pense que tu as peur de m’avouer que mon homosexualité te dérange.
– Non, c’est vraiment pas ça mais j’aime pas vous voir vous embrasser quand on est à l’extérieur, dit-elle dans un sanglot ravalé.
– Je prends note et je peux te garantir que nous ferons désormais encore plus attention.

Je n’ai pas cherché à approfondir la discussion et j’ai voulu mettre rapidement fin à ce micro incident en revenant rapidement au pédalo.

Quatre mois plus tard, nous nous retrouvons chez mes parents pour fêter Noël, ma mère lance sur la table un sujet brûlant entre elle et moi : la Gay Pride. Ma position est radicale, cette manifestation est importante pour les revendications de la communauté LGBT. Ma mère, elle,  veut y voir un carnaval vulgaire qui n’a aucune visibilité politique.
Je ne l’ai pas vu venir, Ana intervient violemment :

– Ouais, c’est nul la Gay Pride ! Moi, j’veux plus y aller, ça me fait honte de voir des garçons qui se déguisent en fille et des filles camionneurs qui s’embrassent en pleine rue !
– Et ce carnaval n’a aucun sens, Daïdou. Vos revendications ne sont pas claires, rajoute ma mère.
– Sans vouloir te vexer, Maman, les femmes se sont battues pour voir leurs droits évoluer. Je te rappelle que votre lutte n’est pas terminée et que celle de la communauté LGBT n’en est qu’à son balbutiement. Nous sommes certes catalogués comme des folles qui sortent, ce jour-là, avec une plume dans le derche, mais il n’en est pas moins vrai que nous ne pouvons toujours pas avoir le choix du mariage ni la possibilité de transmettre un patrimoine à son conjoint, d’adopter des enfants, de ne pas subir des discriminations au travail et des insultes dans la rue ! Et la Gay Pride est là pour ça !
– Je suis entièrement d’accord avec toi ! dit mon père qui se réveille d’une mini sieste. Les femmes ont gagné leur combat malgré l’antipathie qui se dégageait de leurs manifestations. Au moins la Gay Pride est sympathique et joyeuse !
– Moi, je n’y vois que de l’exubérance outrancière ! rétorque ma mère.
– Je suis entièrement d’accord avec toi, Baboulia* ! Et je ne vois pas l’intérêt de réclamer le droit d’adopter. Maman et toi vous avez bien réussi à avoir deux enfants !
– Je te rappelle Ana que les bisexuels ont potentiellement plus de chances de devenir parents qu’un travesti ou un homosexuel homme ! Et puis l’histoire avec ta mère est d’abord une histoire d’amour.

La conversation prit fin rapidement, je ne voulais pas rajouter de l’huile sur le feu.

« Je ne me suis jamais moquer des gens qui on choisi d’aimer des hommes alors qu’ils en sont ou des femmes mais j’ai peur que plus tard certaine personne ne veille plus de moi comme amie !! »

Depuis cette dernière discussion houleuse, Ana est un peu distante avec nous. Elle rechigne à exécuter ses tâches ménagères, elle s’enferme dans sa chambre pour « t’chater » avec ses copines, et la communication s’est réduite à la plus stricte nécessité.

Les stages en entreprise sont devenus un passage obligé pour les élèves de troisième et c’est au tour d’Ana cette année. « Je devais aller chez une journaliste à Paris, mais malheureusement, pendant les vacances, elle est tombée dans les escaliers de sa maison et s’est cassé le nez, un bras, et éclaté l’arcade sourcilière. » dit-elle dans son rapport.

La journaliste en question est ma belle-sœur Marie. Cette dernière est la reine de la malchance. Impossible de compter le nombre de malheurs qui lui sont tombés dessus : anorexie, boulimie, viol par son gynéco, elle a aussi été mise enceinte par un mec marié… !!! Mais la liste s’est allongée encore ce 26 février.
Alors qu’elle revient de déposer son fils à l’école, elle remarque que la porte de son appartement est entrouverte. Ni une ni deux, elle se précipite sans prendre la moindre précaution et la voilà nez à nez avec un voleur. Celui-ci, pris de panique, lâche l’IMac qui rend l’âme un mètre plus bas et tente l’évasion par la grande porte ! Marie s’interpose dans la course. Le choc est violent. Nez broyé ! Elle s’agrippe à lui, dans l’étreinte de la désespérance et la voilà trainée sur plusieurs mètres pour finir au rez-de-chaussée, le bras cassé, l’arcade sourcilière ouverte et le visage totalement tuméfié ! Le stage d’Ana est donc annulé.

Il me faut trouver une solution rapide, le réseau familial fonctionne : l’école primaire du village de ma sœur ! Comme elle souhaite travailler plus tard comme sage-femme ou puéricultrice, cela pouvait être une expérience enrichissante pour Ana, la mettant ainsi en contact avec une population de très jeunes enfants. Quinze jours sans se voir, en comptant la semaine de vacances chez sa mère, c’est long ! L’appartement est vide et manque un peu de vie mais j’avoue que cela me fait du bien aussi… Son retour, je l’attendais avec impatience. J’avais hâte de la retrouver ! Ce n’est que le lendemain des retrouvailles que je fis cette triste découverte dans l’historique de navigation.

Je me souviens de mon état de fatigue, que j’avais rempli en partie mes besognes quotidiennes et que je ne voulais pas reporter à demain ce qui devait être fait depuis un bail. Le lien, intrigant de par son intitulé, titillait ma curiosité ; je cliquai dessus. Le forum s’adressait très visiblement à un public de jeunes adolescentes. Le sujet de la discussion se jeta sur moi avec la rapidité d’une mygale : « Mon père, un homo ». Je lus d’une traite le corps du message et mon cœur se serra à sa lecture. Je le lus comme les propres mots de ma fille. J’ai mal de cette souffrance vulnérable, insoutenable douleur.

Après la discussion avec mon p’ti’Zèbre, ma décision étant prise, je profitai qu’Eric soit chez sa mère pour être seul à seul avec Ana :

– Je suis allé sur ta session, hier.
– Ah, bon dit-elle  sur un ton un peu désinvolte.
– Je suis tombé sur un lien vers un forum.
– Et alors ?
– Je ne vais pas tourner autour du pot ! J’ai lu l’article « Mon père, un homo » !
– Ah, toi aussi ? Et alors, tu l’as trouvé comment ?
– Plutôt dur ce que tu as écrit sur ta situation.

Ana rit spontanément, d’un rire simple, cristallin qui résonna dans la cuisine.

– Non, ce n’est pas moi qui l’ai écrit cet article ! Moi, j’ai simplement mis un commentaire comme quoi c’était une situation originale et compliquée mais qu’elle n’était pas unique ! Et que pour moi, même si ce n’est pas tous les jours rose, j’arrive à le dire à mes copines sous le sceau du secret.
– Nathalie le sait ?
– Oui, depuis peu !
– Alors, il y a trois semaines, pourquoi as-tu enfermé le p’tit Zèbre dans les toilettes ?
– Désolée, c’était une blague, une petite vengeance… il m’avait fait une farce la veille au soir qui ne m’avait pas fait rire… alors je n’ai pas pu résister à mon envie de lui dire d’aller se cacher.

Ma fille est une fille, elle est taquine!

Quatorze Cent-Quarante-et-Un
(alias Daïdou)

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