Juin 1940, quelles sont les causes du désastre ?

COMMENT EXPLIQUER LA DEFAITE DES ALLIES EN 1940 ?

Lorsque les troupes allemandes passent à l’offensive à l’Ouest, le 10 mai 1940, leur victoire est loin d’être assurée.

En effet, si la France a surtout misé sur la Ligne Maginot, série d’ouvrages fortifiés destinés à protéger ses frontières du Nord et de l’Est de l’invasion allemande, mais qu’elle n’a pu poursuivre, faute de moyens, au-delà des Ardennes – elle s’étend sur 140 km de Huningue à Montmédy, elle et ses alliés sont loin d’être en position d’infériorité par rapport à la Wehrmacht.

(Fort du Hackenberg, à l’est de Thionville)

Rien que sur le plan des effectifs, les alliés peuvent aligner 5,5 millions de Français (troupes coloniales comprises), 500 000 Britanniques du Corps expéditionnaire, 400 000 Hollandais et 650 000 Belges contre 4,2 millions d’Allemands (+ 10 000 Waffen-SS).
De même, au niveau de l’armement, les alliés sont loin d’être dépassés par les Allemands; ils peuvent aligner :
– 14 000 canons quand les Allemands n’en ont que 7 300,
– 4 204 blindés dont notamment  3 254 chars français parmi lesquels les Somua S-35 et les Renault type-B, dont les blindages sont supérieurs au meilleur char allemand, le Panzer-IV, contre 2 439 côté allemand (à noter d’ailleurs que l’armée allemande, en dehors de ses blindés, comme l’armée française, est encore largement hippomobile; c’est ainsi que 2,7 millions de chevaux furent mobilisés par l’Allemagne pour la guerre)

(Char Somua S-35)   

 – 3 562 avions contre 3 575 allemands, mais avec une infériorité certaine liée à deux éléments, l’éparpillement de notre aviation sur de nombreux terrains du Sud-Ouest et en Afrique du Nord, donc loin du champ de bataille et la réticence des Anglais à engager leur avion le plus moderne, le Spitfire, dans des combats loin des côtes britanniques. Résultat, le jour de l’offensive, les alliés ne peuvent aligner que 1 453 avions, et pas toujours des plus modernes, face à 2 589 avions allemands.

Dans ces conditions, où chercher les causes de la défaite ?


Certains, immédiatement après celle-ci, ont voulu en faire une affaire politique et accuser le Front populaire d’en être le principal responsable; c’est la thèse du Maréchal Pétain lui-même dans un discours resté célèbre où il dénonce l’esprit de jouissance né du Front populaire qui aurait anéanti la volonté de résistance face à l’ennemi (« L’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu’on a servi. On a voulu épargner l’effort; on rencontre aujourd’hui le malheur », discours du 20 juin 1940).
En fait, il conviendrait plutôt de rechercher les vrais responsabilités parmi les militaires eux-mêmes dont les erreurs stratégiques et militaires se sont accumulées au point de provoquer l’effondrement de l’armée française en moins d’un mois.
Tout d’abord, leur inertie durant la période dite de la « Drôle de guerre » a permis à Hitler, à la fois d’écraser en toute tranquillité la Pologne, alors que si les combats avaient duré plus longtemps et si la guerre avait été ouverte sur les deux fronts, l’armée allemande se serait écroulée par manque de moyens militaires suffisants, et de pouvoir préparer un plan de bataille qui ne soit pas une réédition de la manoeuvre de 1914. En effet, Hitler, pris au dépourvu par la déclaration de guerre du 03 septembre, n’a aucun plan de campagne avant que von Manstein ne lui en fournisse un en février 1940.

(Von Manstein)

Ensuite, alerté aussi bien par le pape Pie XII, de la date et du lieu de l’attaque sur les Pays-Bas que par des reconnaissances aériennes qui signalent pendant trois jours, à partir du 12 mai, la présence de 41 000 chars et véhicules allemands bloqués dans un embouteillage de 250 km de long à la frontière avec les Ardennes, l’Etat-major croit à un leurre, ne commande aucun bombardement et persiste à penser qu’Hitler réédite la manoeuvre Schlieffen de 1914, raison pour laquelle, dès le début des hostilités, nos meilleures unités, équipées des matériels les plus modernes, sont engagées massivement en Belgique.
De plus, contrairement aux Allemands, la stratégie française continue à considérer les chars comme de simples moyens d’accompagnement de l’infanterie, d’où un certain nombre de problèmes: des réservoirs de faible taille et donc des chars qui tombent souvent en panne faute de ravitaillement en essence, un chef de char obligé d’être multi-fonction dans sa cabine, et des moyens radios quasi-inexistants à bord. Dans ses conditions, inutile de penser même qu’ils aient pu envisager, comme les Allemands, de procéder au soutien des chars par l’aviation, stratégie sur laquelle repose la force de frappe de la Wehrmacht et qui est à l’origine de ce que l’on a appelé depuis la Blitzkrieg (la guerre-éclair).
Pourtant, les quelques batailles de chars, comme par exemple à Hannut, du 12 au 14 mai 1940, démontrent que nous faisions jeu égal avec les Allemands dans ce domaine.
Enfin, il faut relever la lenteur de l’Etat-major, lui-même, à mettre en place des stratégies de riposte, alors même que les blindés allemands, négligeant toute prudence, se sont souvent retrouvés coupés de leurs lignes arrières, au point de provoquer des sueurs froides chez les hauts responsables du commandement allemand.
En effet, aussi peu confiants que les Français dans les unités autonomes de blindés, le haut-commandement avait menacé de les replacer sous les ordres de l’infanterie. Par peur que cela n’arrive, les chefs de chars, sans tenir compte des consignes de prudence, avancèrent à toute vitesse, ce qui s’avéra décisif dans la victoire de l’Allemagne, mais aurait pu tout aussi bien causer sa perte si l’armée française avait pu s’immiscer entre la percée des chars et les lignes arrières.
On pourrait aussi s’interroger sur le remplacement, en pleine bataille, du général Gamelin par le général Weygand: peut-être pas la meilleure solution pour assurer une réactivité rapide.

(Maurice Gamelin, chef d’Etat-major général de février 1931 au 19 mai 1940; il commande l’ensemble des forces alliées à partir de l’entrée en guerre le 03 septembre 1939)

En bref, les généraux avaient les moyens de mener une autre guerre que celle qu’ils ont menée; encore eût-il fallu qu’au niveau stratégique, ils soient plus audacieux et un peu moins en retard d’une guerre.

Source: article d’Historia fondé sur les travaux des historiens spécialistes de la question réunis sous l’égide de Maurice Vaïsse pour le colloque « mai-juin 1940, défaite française, victoire allemande ».

NB: suivant les sources, les chiffres d’unités combattantes et le nombre de matériels disponibles peut varier, sans que cela ne prête à conséquence sur les tendances générales.

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