Mururoa va-t-il s’effondrer ?

Nul ne semble avoir vraiment prêté attention à cette information mais selon un rapport officiel du ministère de la Défense rédigé par un certain Marcel Jurien de La Gravière, l’atoll de Mururoa, haut-lieu des essais nucléaires français, menace de s’effondrer en partie – une partie de plus de 600 millions de mètres cubes tout de même, fragilisée par les tirs nucléaires souterrains réalisés par la France entre 1975 et 1996 (193 essais, 46 aériens et 147 souterrains).

Le problème, c’est que personne n’est capable de dire à l’heure actuelle quand cet effondrement aura lieu (quelques mois ? quarante ans ?), sauf qu’il met en danger les populations vivant sur l’atoll de Tureia (300 habitants), à une centaine de km, atoll situé à peine trois mètres au-dessus du niveau de la mer et placé sous la double menace d’un tsunami et d’une hausse soudaine de la radioactivité en cas de mouvements de terrain, même si Monsieur de La Gravière, se voulant rassurant, affirme, par exemple, que Tureia en serait quitte pour un bain de pieds, que les populations seront averties à l’avance grâce aux capteurs qui équipent le sol de Mururoa depuis les années 1980 et qu’il n’y a rien à craindre de la radioactivité. Rappelons tout de même que la puissance cumulée des essais nucléaires français réalisés dans l’atmosphère puis sous terre à Mururoa et Fangataufa, représente 700 fois Hiroshima ! On comprend donc l’inquiétude de nos concitoyens ultramarins, d’autant plus que la France ne s’est jamais signalée, dans ce dossier comme dans d’autres, pour sa transparence ni par son désir d’assumer ses erreurs alors que de nombreux incidents se sont produits au cours des essais à Mururoa et que la contamination du site est un fait avéré.

Au Sahara aussi, des hommes ont été exposés inutilement aux effets des radiations, sans aucune protection spéciale ni suivi médical, lors des quatre premiers tirs aériens effectués entre février 1960 et avril 1961 à Reggane, avant que l’on ne se décide, sous l’effet de mesures de radioactivité inquiétantes, de délaisser les essais aériens pour des essais souterrains près d’In Ekker, dans le Hoggar algérien. C’est là que devait d’ailleurs se produire une catastrophe que le gouvernement passa totalement sous silence, le 1er mai 1962. Le tir, trop puissant, fracture la montagne qui s’ouvre et laisse s’échapper un gros nuage noir en forme de champignon qui se déploie au-dessus des officiels et des soldats avant de s’éloigner vers le Niger. Le ministre de la recherche de l’époque, Gaston Palewski, présent sur place, meurt 22 ans plus tard d’une leucémie, conséquence probable, selon ses propres dires, de son irradiation ce jour-là. Quant-à la cohorte des généraux et officiels, ce fut une débandade totale, au point qu’on envoya sur place dès le lendemain des appelés pour récupérer le matériel militaire et les sacoches des généraux abandonnés dans la précipitation de la fuite ! A ce jour, le site n’est toujours pas décontaminé, des milliers de tonnes de déchets radioactifs s’y trouvent toujours, parfois récupérés par les nomades et aucun suivi sanitaire des populations n’a jamais été entrepris. Seule une estimation fixant à 30 000 personnes le nombre des victimes des essais nucléaires sahariens permet de mesurer l’ampleur des conséquences du manque total de précaution et de suivi de la part de gouvernements qui n’ont aucune excuse et qui, jusqu’à ce que des tribunaux condamnent récemment l’Etat à indemniser les survivants victimes des essais, niaient toute responsabilité ! C’est une loi de janvier 2010 qui mit enfin en place une procédure d’indemnisation qui commence tout juste à prendre forme et qui arrive beaucoup trop tard: de nombreux irradiés sont déjà morts et leurs descendants n’ont droit à rien !

Il est vrai que dans un Etat où le nuage de Tchernobyl s’est arrêté aux frontières, où le syndrome du Golfe n’existe officiellement pas, où il n’y a rien à craindre non plus de la prolifération incontrôlée des ondes électromagnétiques et où, jusqu’à récemment, le Médiator ne semblait présenter aucun danger, il ne fallait pas s’attendre à voir celui-ci assumer sans contrainte, ni généreusement acte réparateur.

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