Le vieux bar

Un bar mal famé, un charleston démodé,
Une chanteuse réaliste dont la voix
Tel un puissant alcool vous hante et vous foudroie
L’âme d’une triste ivresse dont un passé

Qui jamais plus n’existera, lâche, irrité,
Se venge en vous collant un’ sale gueul’ de bois.
Pourquoi, pour se noyer, choisir un tel endroit ?
Des images toutes faites, de vieux clichés ?

J’en doute ! Allez savoir pourquoi ? Un hasard peut-être ?
Un passage devant ce bar aura fait naître
Un désir enfoui de fantasmes inassouvis,

L’illusion de vivre un autre destin, canaille,
D’être d’une caste où se méprise la vie
Banale, et où l’on s’explose avant qu’on s’en aille !

Las, seul au bar, je bois ma bouteille d’ennui
Au milieu de vieux riches boudinés qui fument
Un cigare nauséabond et qui commandent
A de jeunes mâles fougueux, de beaux nervis

Qui charment de jeunes délurées affranchies
En les env’loppant d’un regard, d’une dans’ qu’ils mènent
Dans une cascade de rires qui se déchaînent
Et se terminent au bout de leurs folles envies.

Oui, boire, pour faire croire qu’on leur ressemble,
Pour avoir la force d’oser, là, sans que tremble
Ma voix, les provoquer dans un soudain éclair

Et voir éclater leur fierté piétinée
Dans une salve de coups douloureux, amers,
Qui blessent le corps et laissent l’âme abîmée.

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8 réponses à “Le vieux bar

  1. Waquete 28 janvier 2011 à 23 h 12 min

    Très joli texte… Pas la peine d’en rajouter (comme disait Maxwell); je pense que les autres commentaires décrivent bien ce que je pense.

    Et oui, tu as raison de le publier!

  2. Ek91 28 janvier 2011 à 7 h 26 min

    Oui, enfin, non… il ne fallait surtout pas hésiter ! Tu as bien fait 1) d’écrire ce poème 2) de nous l’offrir ici.
    C’est drôlement bien écrit parce qu’on ne peut pas s’empêcher en le lisant de se transporter dans le décor et dans l’ambiance.
    Bravo

  3. Nicolas 27 janvier 2011 à 0 h 32 min

    Superbe! Y a t’il un musicien dans la salle pour mettre ces paroles en musique?

  4. Virginie 26 janvier 2011 à 22 h 22 min

    Superbe Jérem, tu nous dresses là un tableau comme une photo, j’imagine aussi la fumée, les odeurs, la moiteur des corps qui exultent sur la piste de danse, tous ces hommes un peu évaporés qui cherchent l’espace d’un instant à s’oublier où se retrouver…
    Bravo !!!!!!!!

    • jerem51 26 janvier 2011 à 22 h 57 min

      Merci Virginie, c’était effectivement l’effet que je cherchais à produire. J’ai écrit ce poème il y a déjà longtemps, à l’époque où Bruel avait eu l’idée de reprendre quelques chansons des années 1930/40, c’est que qui m’avait donné l’envie d’écrire toute une série de poèmes plus ou moins inspirés de cette époque.
      J’ai hésité à publier cela aujourd’hui, je savais que je prenais un risque.
      Ton commentaire me prouve finalement que j’avais raison de le faire.

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