Marilyn, my Marilyn

Ces derniers jours, la presse ne bruit que de la publication d’un ouvrage baptisé Fragments, issu des carnets intimes de Marilyn où, nous dit-on, l’on va découvrir l’actrice sous un jour totalement inconnu. Pourtant, à ce qu’on lit ici ou là de ces révélations inédites sur la Marilyn intime, force est de constater que cela fait vite pschiiiit. Il y a, en effet, déjà bien longtemps que les divers biographes de la star, notamment ceux qui lui sont le plus favorables, ont présenté, dans leurs différents ouvrages, cette Marilyn intime, de sorte que Fragments n’apporte vraiment rien de nouveau, en dehors de satisfaire les fans les plus accros avec un nouvel objet à posséder ou de faire découvrir la star à de nouvelles générations.

Il va aussi sans dire, comme le titre l’indique, que ça ne sont que des extraits des carnets de Marilyn et que l’on n’a pas TOUT  publié; on ne sait donc rien du contenu intégral de ceux-ci et de ce qu’on a voulu taire … bien frustrant tout de même.

Néanmoins, ces réserves mises à part, parlons tout de même de Marilyn, le but principal de cet article, ou plutôt de Marilyn telle qu’on peut l’entrevoir à travers les nombreuses publications qui ont pu lui être consacrées, en sachant que nous nous fabriquons tous notre Marilyn à usage personnel, différente de celle de notre voisin. Il en va sans doute ainsi d’ailleurs de toutes les stars vivantes ou mortes. Nous nous fabriquons tous notre propres mythes à partir de bribes de vies de personnes plus ou moins célèbres.

Marilyn est, pour moi, l’archétype de la femme déchirée entre son milieu social d’origine, celui auquel elle est parvenue, et la difficile gestion d’un personnage de blonde platine qui la renvoie au monde dont elle est issue.

En effet, Marilyn naît en 1926 à Los Angeles, dans ce que l’on appellerait aujourd’hui une famille monoparentale ouvrière – sa mère, Gladys, était monteuse pour le cinéma -, encore qu’elle vive la plupart du temps dans des familles d’accueil quand ce n’est pas à l’orphelinat, suite à la dégradation de l’état mental de sa mère. Son milieu social, du même coup, en fait l’une des rares artistes à avoir vraiment vécu la catastrophe qu’à été la Grande Dépression des années 30, ses passages à l’orphelinat résultant souvent des difficultés économiques que certaines des personnes qui l’avait prise en charge rencontraient momentanément. Du reste, c’est en tant qu’ouvrière que Marilyn est découverte, presque par hasard, dans le cadre d’une campagne de photographies destinées à mettre en valeur ces femmes américaines qui travaillent à l’effort de guerre (c’est l’époque où la propagande vante à longueur d’affiches,  « Rosie, la poseuse de rivets »),

et c’est aussi pour un calendrier destiné à un public populaire que Marilyn pose nue en 1949.

Du reste, elle fut aussi toute sa vie une femme préoccupée des choses les plus simples de la vie, comme réussir les spaghettis aussi bien que  sa belle-mère italienne, la mère de Joe Di Maggio, jardiner …

Or, à l’époque, les classes populaires sont fascinées par les héroïnes blondes platine qui peuplent les écrans noirs, dont  Jean Harlow que Grace McKee, une amie de Gladys, qui finit par prendre en charge totalement Marilyn admire tout particulièrement. Marilyn n’eut finalement pas d’autre choix que celui d’adopter, pour tenter de réussir, le modèle dominant culturellement de son milieu d’origine … et elle devint elle aussi, blonde platine, pour le meilleur et pour le pire.

En effet, très vite, elle doit faire face à des difficultés à trouver des rôles, ce qui la conduit à chercher des protecteurs, et finalement, sous leur patronage, à entreprendre tout un travail d’instruction, aussi bien scéniquement que culturellement, et certaines des rencontres qu’elle effectue durant ces années vont l’y aider: Natacha Lytess, professeur d’art dramatique du studio Columbia, Johnny Hyde, un des agents les plus influents d’Hollywood, Michael Tchekhov, neveu du dramaturge russe, plus tard Lee et Paula Strassberg de l’Actor’s studio, d’autres encore … On verra même Marilyn fréquenter assidument les milieux intellectuels de New York

où elle disparait plusieurs mois sous le masque de Zelda Zonk, totalement méconnaissable en femme démaquillée et perruque brune, et se lier d’amitié avec certains poètes comme Carl Sandburg qui offrit un jour à celle-ci une pendule qui devait orner la seule et unique demeure qu’elle ait jamais possédée et qui est celle où on la retrouva morte ou encore adopter une devise latine « Cursum perficio » pour le perron de celle-ci. Car, pour le reste, Marilyn était un personnage totalement construit; chaque fois que Norma Jeane revêtait son costume, il fallait bien compter, comme le dit Signoret, trois heures de préparation pour que la transformation s’opère.

Il faut donc imaginer ce qu’a pu être la tension permanente qui, à partir des premiers succès, a pu traverser Marilyn, entre ce qu’elle voulait être, sa volonté de s’extirper du milieu d’où elle venait, de s’intégrer à ce monde culturel qui la fascine aussitôt qu’elle l’a découvert, et ses personnages de blondes idiotes qu’on lui demande de jouer et qui la renvoient à sa condition sociale, comme si une sorte de fatalité cherchait à la rattraper (« Mais Marilyn, que tu le veuilles ou non, quoi que tu fasses et quoi que tu penses, tu es une femme qui émet des vibrations sexuelles.

Hélas pour toi, la seule chose qui intéresse les patrons des studios, ce sont les vibrations sexuelles » lui dit un jour Tchekhov à qui elle confiait vouloir être une artiste et pas une poupée érotique, un « aphrodisiaque en Technicolor » pour reprendre son expression); on imagine bien ses terreurs nocturnes, ses angoisses, cette peur qui lui colle à la peau et la paralyse parfois en plein plateau, ces périodes de doute, de dépression, d’envies de suicide aussi, et cet immense besoin d’amour.

Un psychiatre ou un psychanalyste auraient sans doute tendance à nous expliquer que, de par son enfance solitaire et dépourvue de père, c’est d’abord celui-ci qu’elle recherche à travers les nombreuses aventures et les trois mariages qui traversent sa vie. Je doute que ce soit là l’explication. Ce que Marilyn cherchait, c’était quelqu’un à admirer, quelqu’un qui puisse l’aider à se transcender, se dépasser, tout en la rassurant sur son talent, et sa capacité à être autre chose que son personnage de cinéma et elle fuyait quand la réalité ne correspondait plus à son rêve.

Fondamentalement, cela devait l’amener à se sentir gratifiée d’être ou d’avoir été la maîtresse de gens comme les Kennedy: elle se sentait valorisée, ne serait-ce que parce que ceux-ci n’hésitaient pas à parler de tout, y compris d’affaires politiques avec elle.

D’autre part, c’est aussi une femme libérée et qui étouffe dans une relation dès qu’elle s’y sent enfermée, et c’est ce qui arrivera malheureusement avec Arthur Miller. Une femme aussi qui trompe son ennui dans des relations plus ou moins longues ou épisodiques avec des amis plus ou moins célèbres, Franck Sinatra et bien d’autres.

Enfin, Marilyn, c’est encore cette femme « au coeur d’or » qu’évoque Claude François dans « Cette année-là » et dont rend compte Simone Signoret, cette Marilyn capable de garder à son service une vieille décoloratrice qu’elle fait venir de San Diego et qui prétendait avoir été celle de Jean Harlow, cette décoloratrice à laquelle revenait le soin de transformer Norma Jeane en Marilyn blonde platine au moyen d’une technique antédiluvienne, l’eau oxygénée.

Puis il y eut cette admiration pour Clark Gable. Marilyn avait toujours eu une passion pour Gable parce qu’elle l’assimilait à son père, ce Stan Gifford auquel il ressemblait et dont Gladys présenta le portrait à sa fille en lui disant qu’il était son père. Les Désaxés furent leur seule et unique occasion de jouer ensemble, dans des conditions de tournage chaotique, avec une Marilyn qui allait de plus en plus mal, portant une perruque suite à une erreur d’une coiffeuse qui lui brûla les cheveux, et un Montgomery Clift encore plus mal en point – Marilyn devait d’ailleurs un jour déclarer que c’était la seule personne qu’elle ait rencontré en plus mauvais état qu’elle – Gable mourut quelques temps après, et elle fut accusée, par son attitude, d’avoir précipité la fin de celui qui restera à jamais le « Rhett Butler » d’Autant en emporte le vent.

En somme Norma Jeane était un être qui avait soif de reconnaissance pour se venger des années de misère traversées, mais qui supportait de moins en moins ce personnage de Marilyn qui l’avait faite et avec laquelle elle avait de plus en plus de mal à cohabiter, au point de tomber sous la coupe de gens comme son psychiatre, sa répétitrice … et des médicaments qui finirent par régir sa vie. Quand elle le comprit, après l’épisode des Désaxés, elle commença à vouloir bousculer tout cela et à ne plus accepter d’être traitée en enfant. Elle acheta une maison, ses rapports se tendirent avec son psychiatre et ceux qu’il avait fait placer dans son entourage, elle voulait redevenir cette Marilyn insouciante qui aimait rire et s’amuser, avait des rêves de mère, et quand JFK voulut rompre, Marilyn jura de trouver moyen de se venger … c’est sans doute cette peur présidentielle qui devait avoir raison de sa vie et amener à ce qui ressemble fort à un assassinat.

Jerem

 

 

 

 


 

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7 réponses à “Marilyn, my Marilyn

  1. arthur 27 octobre 2010 à 20 h 40 min

    elle est fascinante , c’est vrai….après, je ne sais pas poiurquoi, mais les nouvelles « nouvelles » sur elle , du type ses révélations secrètes, son journal intime, m’interessent peu..Ses films, sa voix, sa fragilité et son destin brisé me suffisent: une icone est une icone…

  2. Virginie 27 octobre 2010 à 11 h 31 min

    Christophe, bien vu 🙂
    Sinon, bravo et merci Jérémy pour ce billet si complet, que j’ai lu deux fois…

  3. Flyde 26 octobre 2010 à 13 h 41 min

    On apprend toujours un détail supplémentaire, malgré toutes ces publications. Je revois avec plaisir certains l’aiment chaud, en particulier. La fraîcheur, ou la candeur, qui transparaît dans ses films, se retrouve un peu dans sa manière de gérer sa vie.

  4. aerial 26 octobre 2010 à 13 h 12 min

    et marilyn aussi.. Ils rabâchent toujours les mêmes choses c’est saoulant.

  5. Louisianne 26 octobre 2010 à 9 h 30 min

    Très bon article bien documenté. Triste destin, en effet. La vie des studios était d’après ce que j’ai lu, difficile aussi. J’avais lu un article où on affirmait que les metteurs en scène poussaient les acteurs à se doper pour tenir le rythme. Vrai ou faux, je ne sais pas, mais pas impossible !
    Aujourd’hui on est beaucoup plus conscient de ce que vivent les idoles, ce n’est pas tout rose !

  6. Christophe 26 octobre 2010 à 9 h 27 min

    Ah et bien là Lady Gaga et la madonne elles peuvent aller se rhabiller.

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