L’école de la république

A l’heure où tout le monde parle d’identité nationale je vais vous narrer les souvenirs heureux de mes années à l’école primaire.
J’habitais à l’époque dans un village des Vosges. Il y avait trois écoles primaires dans ce village car il était très étendu en superficie. Mon école se situait près du centre dans une grande bâtisse qui avait abrité la Gestapo pendant les années noires de la seconde guerre mondiale. Une plaque en granit apposée à gauche de l’entrée principale nous le rappelait tous les jours. Il y avait 3 classes. La maternelle était tenue de main de fer par une institutrice qui attachait dans le dos la main des gauchers pour les forcer à écrire de la main droite. Ce fut mon cas. Les CE1 et CE2 était tenu par la femme du maître qui régnait sur les CM1, les CM2 et les certificats d’étude. 3 ou 4 élèves passaient le certificat d’étude primaire qui si ils l’obtenaient, serait leur seul diplôme. Les élèves sans distinction de race, de religion, de niveau social fréquentaient cette école.
Les salles étaient chauffées en hiver par un gros poêle à bois situé au milieu de la classe. Il était entouré d’un grillage afin que les écoliers ne se brûlent pas à son contact. La commune se chargeait d’approvisionner en bois les différentes écoles du village. Une fois par an nous étions tenus de rentrer le bois coupé dans un hangar situé à côté en faisant la chaîne.
A tour de rôle, 2 élèves devaient venir plus tôt le matin pour apporter dans la salle de classe 2 gros paniers en osier remplis de bûches.
La cour de récréation comportait trois toilettes à la turque en béton fermées chacune par une demi porte en bois. Le nettoyage au jet d’eau était aussi à la charge des élèves.
Je dois être un des derniers en France à avoir appris à écrire à la plume Sergent Major. Ma sœur de 2 ans ma cadette à eu droit au stylo à bille.

La gauloise

La gitane

Chaque pupitre en bois comportait un trou en haut à droite dans lequel se trouvait un encrier en porcelaine blanche. Le maître d’école le remplissait chaque semaine. L’encre était violette. Si nécessaire on changeait la plume. Ils y avaient de 2 types, la gauloise de forme classique que j’utilisais et la gitane dont l’intérieur était cranté. Les cahiers au papier plutôt gris étaient aussi fournis par l’école. L’écriture à la plume avait pour inconvénient de faire parfois des trous dans la feuille. On arrachait la page et on recommençait. La journée de classe débutait systématiquement par une leçon de morale. Tous les jours était écrite sur le tableau noir une maxime, une sentence, un vers de poème ou un proverbe et le maître se chargeait de le commenter. Les cours d’orthographe, de calcul et autres rythmaient le reste de la journée. L’orthographe et le calcul mental étaient notre cauchemar. Une faute dans une dictée coûtait 4 points de moins sur une note sur 20. Comme les dictées étaient longues le zéro était vite atteint.. Notre instituteur distribuait des bons points lorsque nos exercices étaient justes. 10 bons points donnaient droit à une image. Comme les écoliers qui passaient le certificat d’études étaient tenus de chanter, nous apprenions avec eux des chants plutôt patriotiques comme le chant du départ, le chant des partisans ou même les premiers couplets de la Marseillaise. Parfois le maître allumait un gros poste à lampes se trouvant dans le fond de la classe et nous suivions les leçons de chant données (si mes souvenirs sont bons) par France Culture.
Notre instituteur était très gentil même si il lui arrivait parfois de tirer les oreilles ou de casser des règles en bois sur la tête des récalcitrants. Avec la sergent major, la règle en bois carrée peinte d’une couleur différente de chaque côté faisait partie des accessoires indispensables à notre éducation. Il arrivait parfois que nous soyons retenus le soir pendant une heure après la classe si nos résultats étaient mauvais. Nous avions en général à recopier une centaine de fois le mot que nous avions écorché. Mon père doublait souvent la punition. Le sport se résumait à de la gymnastique dans la cour, du grimper à la corde. Le jeudi après midi nous allions au CIS (Centre d’initiation sportive). En fait nous allions courir en forêt une heure de temps encadrés par un jeune instituteur fraîchement débarqué.
Notre jeu principal pendant la récréation était le jeu de billes. Nous utilisions des billes en verre irisées de couleurs ou des billes en terre cuite.
Les « beuillons » étaient en acier. Je pense qu’il s’agissait de billes de roulements. Nous faisions des échanges de billes et d’images trouvées dans les plaques de chocolat de marque « Coop ». Les commerçants du village faisaient encore des tournées avec des camionnettes poussives chargées jusqu’à la gueule.
Au printemps de temps en temps un troupeau de moutons passait pour la transhumance. Le maître nous alignait devant l’école pour le regarder passer. Celui-ci était aussi apiculteur. Dans le jardin derrière l’école se trouvait son rucher. Quand il y avait essaimage il nous mettait dans la cour et partait récupérer son essaim.
Quand dans la semaine il y avait un enterrement, le maître autorisait les « enfants de chœur » à quitter la classe et aller servir. J’aimais beaucoup les enterrements car le curé du village nous payait pour servir. Il nous donnait 5 francs ce qui représentait pour nous une fortune. Comme loisirs « artistiques » nous faisions du dessin, de la peinture ou de la pyrogravure sur de petites planches en contreplaqué. Les meilleurs dessins étaient accrochés aux murs.
Une fois par an un gros camion gris équipé d’un appareil de radiographie venait se garer devant l’école pour que les élèves fassent une radio des poumons. La tuberculose était encore présente et le dépistage systématique. J’ai du recevoir dans ce camion une dose de rayons X que je ne recevrai plus dans le restant de ma vie.
A l’heure où on parle d’identité nationale, de délinquants mineurs, de communautarisme, de racisme, d’antisémitisme, il n’y avait rien de tout cela dans cette école. C’est sûr que dans ce village, il n’y avait pas la mixité actuelle mais le maître aurait veillé au grain. J’en suis sûr.
J’ai appris plus tard que retiré dans le Sud de la France, il s’était perdu en forêt et n’avait jamais été retrouvé. Je garde pour lui et sa femme qui l’avait devancé dans ma période primaire une profonde admiration. Il m’a appris à écrire et à compter, mais il m’a appris bien plus : Le respect du prochain. C’est aspect de la République manque cruellement aujourd’hui.

Gégé

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15 réponses à “L’école de la république

  1. Virginie 13 septembre 2010 à 23 h 00 min

    @GEGE J’ai mis ton billet sur mon FB 🙂

  2. Virginie 13 septembre 2010 à 22 h 58 min

    Ton billet me fait penser à la chanson de Lenormand, Les matins d’hiver 🙂
    C’est fou ce qu’il y a des séniors par ici !
    J’ai pas connu le poêle, je dois être un peu plus jeune, mais tout le reste ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !
    Deux premières années à écrire à la plume et je mettais des pelures de gomme dans l’encrier sans le faire exprès, qu’est ce que j’ai pu me faire disputer:)
    Normal d’être nostalgique, c’est notre enfance mais je me souviens aussi d’une copine, Anifa qui venait de Tunisie, c’était drôle on était dans une école de bonne soeur ! Personne ne trouvait à redire, pas de communautarisme, pas de jalousie on était toutes en blouses bleues marines 🙂
    Les pantalons pour les filles étaient interdits mais par contre les mini jupes de 20 cms non, c’est fou 🙂
    On se levait à chaque entrée dans la classe, le respect était une chose naturelle pas une contrainte… Merci !

  3. Ditom 11 septembre 2010 à 10 h 29 min

    Un gaucher contrarié! Mmmmmm! Tu dois savoir te servir de tes deux mains.

  4. Nicolas 10 septembre 2010 à 13 h 44 min

    Quelques années de moins… mais j’ai aussi ce souvenir des porte-plumes.. des encriers que nous remplissions de buvard pour emmerder le voisin, de ces plumes coincées avec une règle dans le banc de l’école (ouahh… ça fait mal)…
    Pas de main attachée mais des coups sur la main gauche pour t’obliger à reprendre ta plume avec la « bonne » main…
    bref… tu viens de me replonger dans une anfance déjà lointaine!

  5. Flavien 9 septembre 2010 à 22 h 34 min

    C’est terrible, j’ai connu la même école. Je sais toujours massacrer les pleins et déliés et je suis moins contrarié grâce aux ordinateurs… Ta plongée dans le passé est savoureuse, mais je ne regrette pas cette époque.

  6. Alban 9 septembre 2010 à 20 h 06 min

    Belle note où on remonte le temps avec plaisir!! D’ailleurs, je dois dire que tu sais raconter, merci!!

  7. Louisianne 9 septembre 2010 à 13 h 00 min

    J’ai appris à écrire au porte plume, et j’étais punie quand je faisais des taches. Nous avions aussi toujours une remarque quant on demandait à remettre de l’encre dans nos encriers !
    J’ai eu droit aux leçons de morale. Mais pas de châtiments corporels, ni de gauchers contrariés, je suis née dans une grande ville, mais ça existait encore à la campagne, les coups de règle sur les doigts. Ma soeur de 3 ans ma cadette a eu droit au stylo bille, quelle injustice !

  8. Christophe 9 septembre 2010 à 10 h 45 min

    Déjà comme je ne l’ai pas fait le mois dernier pour cause de vacances, bienvenue parmi nous.
    Et moi aussi j’ai connu en CP l’écriture à la plume et pourtant je suis plus jeune que toi. J’ai appris également certaines valeurs à l’école (respect, tolérance…) mais également par mes parents. C’est l’éternel débat, l’école ne peut pas tout et seule.

  9. janjacq 9 septembre 2010 à 9 h 09 min

    si tu étais un des derniers en France à avoir appris à écrire à la plume sergent-major ne se poserait pas (plus !) un problème de financement des retraites, et pour cause

    je m’étonne que « ta » sergent-major, que tu appelles d’ailleurs gitane (à cause des roms ? pour mieux coller à l’actualité ?) ne soit pas la même que la mienne à qui j’ai toujours amoureusement (et avec la permission de mon « bon » maître) préféré la copperplate… pour les pleins et les déliés…

    • Gouli 9 septembre 2010 à 18 h 25 min

      En fait je crois que Sergent Major était une marque. « Gitane » et « Gauloise » sont les noms qui me restent comme souvenir. La « Gauloise » était en losange alors que la « Gitane » avait une forme de plume avec des échancrures au milieu.

  10. Daidou 9 septembre 2010 à 9 h 02 min

    Ouaich, cousin moi j’ai connu les tournantes dans les caves, les bédots, les bagarres et les matraquages à la sortie de l’école. J’y ai appris la tolérance, les valeurs de la république à coup de crosse policière, d’heures de colles et d’exclusion de collège. C’était cool à l’époque avec les bandes, celle de La Madeleine qui descendait chez nous. Ça mettait de l’animation dans le quartier, on pouvait aller se chauffer un peu avec les barbecues géants des 304 Peugeot. Je garde un souvenir ému de Nadir et de Philippe qui m’ont appris à tirer des bagnoles en deux quatre deux. J’ai appris plus tard que retirés aux Baumette à Marseille, ils coulent une paisible retraite bien méritée. Maintenant ce n’est plus pareil, les jeunes n’ont plus de respect… je ne peux même plus me promener dans mon ancien quartier le soir après 20h00. C’était vraiment mieux avant!

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