Archives Journalières: 9 septembre 2010

L’école de la république

A l’heure où tout le monde parle d’identité nationale je vais vous narrer les souvenirs heureux de mes années à l’école primaire.
J’habitais à l’époque dans un village des Vosges. Il y avait trois écoles primaires dans ce village car il était très étendu en superficie. Mon école se situait près du centre dans une grande bâtisse qui avait abrité la Gestapo pendant les années noires de la seconde guerre mondiale. Une plaque en granit apposée à gauche de l’entrée principale nous le rappelait tous les jours. Il y avait 3 classes. La maternelle était tenue de main de fer par une institutrice qui attachait dans le dos la main des gauchers pour les forcer à écrire de la main droite. Ce fut mon cas. Les CE1 et CE2 était tenu par la femme du maître qui régnait sur les CM1, les CM2 et les certificats d’étude. 3 ou 4 élèves passaient le certificat d’étude primaire qui si ils l’obtenaient, serait leur seul diplôme. Les élèves sans distinction de race, de religion, de niveau social fréquentaient cette école.
Les salles étaient chauffées en hiver par un gros poêle à bois situé au milieu de la classe. Il était entouré d’un grillage afin que les écoliers ne se brûlent pas à son contact. La commune se chargeait d’approvisionner en bois les différentes écoles du village. Une fois par an nous étions tenus de rentrer le bois coupé dans un hangar situé à côté en faisant la chaîne.
A tour de rôle, 2 élèves devaient venir plus tôt le matin pour apporter dans la salle de classe 2 gros paniers en osier remplis de bûches.
La cour de récréation comportait trois toilettes à la turque en béton fermées chacune par une demi porte en bois. Le nettoyage au jet d’eau était aussi à la charge des élèves.
Je dois être un des derniers en France à avoir appris à écrire à la plume Sergent Major. Ma sœur de 2 ans ma cadette à eu droit au stylo à bille.

La gauloise

La gitane

Chaque pupitre en bois comportait un trou en haut à droite dans lequel se trouvait un encrier en porcelaine blanche. Le maître d’école le remplissait chaque semaine. L’encre était violette. Si nécessaire on changeait la plume. Ils y avaient de 2 types, la gauloise de forme classique que j’utilisais et la gitane dont l’intérieur était cranté. Les cahiers au papier plutôt gris étaient aussi fournis par l’école. L’écriture à la plume avait pour inconvénient de faire parfois des trous dans la feuille. On arrachait la page et on recommençait. La journée de classe débutait systématiquement par une leçon de morale. Tous les jours était écrite sur le tableau noir une maxime, une sentence, un vers de poème ou un proverbe et le maître se chargeait de le commenter. Les cours d’orthographe, de calcul et autres rythmaient le reste de la journée. L’orthographe et le calcul mental étaient notre cauchemar. Une faute dans une dictée coûtait 4 points de moins sur une note sur 20. Comme les dictées étaient longues le zéro était vite atteint.. Notre instituteur distribuait des bons points lorsque nos exercices étaient justes. 10 bons points donnaient droit à une image. Comme les écoliers qui passaient le certificat d’études étaient tenus de chanter, nous apprenions avec eux des chants plutôt patriotiques comme le chant du départ, le chant des partisans ou même les premiers couplets de la Marseillaise. Parfois le maître allumait un gros poste à lampes se trouvant dans le fond de la classe et nous suivions les leçons de chant données (si mes souvenirs sont bons) par France Culture.
Notre instituteur était très gentil même si il lui arrivait parfois de tirer les oreilles ou de casser des règles en bois sur la tête des récalcitrants. Avec la sergent major, la règle en bois carrée peinte d’une couleur différente de chaque côté faisait partie des accessoires indispensables à notre éducation. Il arrivait parfois que nous soyons retenus le soir pendant une heure après la classe si nos résultats étaient mauvais. Nous avions en général à recopier une centaine de fois le mot que nous avions écorché. Mon père doublait souvent la punition. Le sport se résumait à de la gymnastique dans la cour, du grimper à la corde. Le jeudi après midi nous allions au CIS (Centre d’initiation sportive). En fait nous allions courir en forêt une heure de temps encadrés par un jeune instituteur fraîchement débarqué.
Notre jeu principal pendant la récréation était le jeu de billes. Nous utilisions des billes en verre irisées de couleurs ou des billes en terre cuite.
Les « beuillons » étaient en acier. Je pense qu’il s’agissait de billes de roulements. Nous faisions des échanges de billes et d’images trouvées dans les plaques de chocolat de marque « Coop ». Les commerçants du village faisaient encore des tournées avec des camionnettes poussives chargées jusqu’à la gueule.
Au printemps de temps en temps un troupeau de moutons passait pour la transhumance. Le maître nous alignait devant l’école pour le regarder passer. Celui-ci était aussi apiculteur. Dans le jardin derrière l’école se trouvait son rucher. Quand il y avait essaimage il nous mettait dans la cour et partait récupérer son essaim.
Quand dans la semaine il y avait un enterrement, le maître autorisait les « enfants de chœur » à quitter la classe et aller servir. J’aimais beaucoup les enterrements car le curé du village nous payait pour servir. Il nous donnait 5 francs ce qui représentait pour nous une fortune. Comme loisirs « artistiques » nous faisions du dessin, de la peinture ou de la pyrogravure sur de petites planches en contreplaqué. Les meilleurs dessins étaient accrochés aux murs.
Une fois par an un gros camion gris équipé d’un appareil de radiographie venait se garer devant l’école pour que les élèves fassent une radio des poumons. La tuberculose était encore présente et le dépistage systématique. J’ai du recevoir dans ce camion une dose de rayons X que je ne recevrai plus dans le restant de ma vie.
A l’heure où on parle d’identité nationale, de délinquants mineurs, de communautarisme, de racisme, d’antisémitisme, il n’y avait rien de tout cela dans cette école. C’est sûr que dans ce village, il n’y avait pas la mixité actuelle mais le maître aurait veillé au grain. J’en suis sûr.
J’ai appris plus tard que retiré dans le Sud de la France, il s’était perdu en forêt et n’avait jamais été retrouvé. Je garde pour lui et sa femme qui l’avait devancé dans ma période primaire une profonde admiration. Il m’a appris à écrire et à compter, mais il m’a appris bien plus : Le respect du prochain. C’est aspect de la République manque cruellement aujourd’hui.

Gégé

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