Les vestiaires

Gay Pride 2009 : Éric, mon fils, était présent à nos côtés. Mon p’tit Zèbre et moi défilions comme chaque année aux côtés de l’association des « Parents Gay et Lesbien ». Éric montait et descendait du petit train au gré de ses fatigues. J’étais heureux que mon fils soit à côté de moi, de nous. Il trouvait que le drapeau était beau avec toutes ces couleurs. Il en voulait un pour l’accrocher au mur, dans sa chambre. Je lui ai répondu qu’il était un peu jeune pour militer et qu’un tel objet pourrait être mal interprété par ses copains. Après avoir subi un véritable lavage de cerveau, le p’tit Zèbre succomba à sa demande. Tout content d’en avoir trouvé un, il offrit à Éric un immense drapeau arc-en-ciel qu’il déplia pour se rouler dedans jusqu’à la place de la Bastille (comme discrétion il y a mieux)…

Le drapeau est toujours là, sur le mur de gauche en entrant dans sa chambre. Je me souviens du jour où on lui à trouvé sa place. Je m’évertuais à lui chercher un endroit discret dans un recoin entre son bureau et le muret. Non, il voulait qu’on le voit! « Faut pas avoir honte! Il faut assumer » qu’il m’a dit. Mais assumer quoi? « Mon père est homo et ma mère aussi, je ne veux pas m’en cacher ». Je n’ai pas su à ce moment lui raconter le monde cruel et sans cœur dans lequel il vivait. Il y serait bien confronté un jour et ce jour est arrivé, il y a quelque jours.

C’est en allant chercher Éric à son club de natation qu’une vieille ombre traversa un instant la pièce chargée d’une douce odeur chlorée. Les corps de ces jeunes adultes, sculptés dans le roc, chahutaient dans une ambiance virile. Les enfants les regardaient avec une demie appréhension et une admiration sans faille. Fallait les voir se toucher, s’agripper, dans une excitation à la limite de l’éros. Une serviette claqua sur le petit cul rebondi d’un des leurs, une claque, un soufflet qui laissa sans aucun doute une légère marque rouge. Le visage de ce gaillard se crispa dans une aimable expression de douleur. « Sale Pédé » lança t-il. Alors l’auteur de l’outrage se précipita sur sa proie, se lova juste derrière lui tout en l’enserrant fermement par la taille. Les regards médusés des enfants laissèrent place à l’appréhension. Le jeune homme souleva sa victime collant son sexe à moitié dur sur le derrière fessu de son partenaire. « Je suis pas pédé mais fais gaffe à ton p’tit cul, je pourrais bien te l’exploser un jour avec ma grosse (bippp)… ». Puis il le projeta dans les bras d’un autre athlète.

– Papa, qu’est-ce qu’il a voulu dire : « Je pourrais bien t’exploser ton cul? » s’enquit Éric alors que nous étions seuls dans la voiture.

Franchement, je n’avais pas envie de répondre et pas envie non plus de me débiner. Les enfants sont curieux et si leurs questions restent sans réponses, elles reviendront un jour vous claquer sur votre arrière train!

– Tu sais, ils s’amusaient, ils disaient ça pour rire…
– J’avais pas l’impression qu’ils s’amusaient tous!
– Je ne vais pas te faire un dessin. Tu sais comment un homme et une femme se témoignent leur amour?
– Oui, ils s’embrassent!
– En effet, ils s’embrassent et parfois ils font l’amour.
– C’est quand le papa met son sexe dans celui de la maman?
– Je vois que tu en connais un rayon… aussi quand deux garçons s’aiment, ils manifestent leur affection de la même manière.
– Mais ils ne peuvent pas! Comment tu peux mettre un zizi dans un autre?

Les bras m’en sont tombés.

– Je pense que l’on pourrait continuer cette discussion dans quelques mois, ou dans quelques années, tu comprendras mieux ces choses-là.
– Si tu veux.

Me voilà enfin rassuré. Je pouvais conduire tranquille.

– Je crois comprendre, me dit-il après un long moment de méditation.
– Comprendre quoi?
– Ben, tu sais le garçon de tout a l’heure, il a dit qu’il pourrait lui exploser les fesses. C’est ça? C’est comme ça que deux hommes font quand ils veulent faire l’amour?
– Euhmmm… disons « qu’exploser » n’est pas le terme que j’emploierais. Je dirais que le sexe d’un des deux partenaires s’introduit dans le corps de l’autre par l’orifice anal.
– Par le trou du cul? dit-il dans un éclat de rire!
-Voilà, tu as trouvé par toi-même! un peu gêné tout de même.
– Et deux femmes entre elles? comment font-elles?
– Je ne veux pas me défiler mais peut-être que tu pourrais en discuter avec ta mère?
– Au fait, j’aurai un gros sexe quand je serai plus grand? Comme le garçon des vestiaires?
– Tout d’abord, il était en érection et je ne pense pas qu’elle soit franchement grosse, elle est normale. Mais pour te répondre, l’amour n’est pas une question de longueur ni de grosseur. Ne t’inquiète pas ton sexe va continuer à grandir normalement.

Hier, c’était son premier jour de vacances. Éric voulait en profiter pour inviter des copains à venir jouer avec lui. N’étant pas là, j’approuvai quand même son initiative. Le soir même, je l’interrogeai sur sa journée. Il paraissait heureux, je décelai une légère excitation.

– Ben, on a joué au « Monopoly », à la wii et on a fait une « Gay Pride ».
– Tu veux bien m’expliquer ton dernier jeu?
– On s’est déguisé avec les affaires d’Ana et puis on a défilé dans l’appartement avec le drapeau. On a même mis de la musique un peu fort!

Le soir même, j’ai reçu deux coups de téléphone: celui de ma voisine et celui d’une maman. La voisine voulait attirer mon attention sur le boucan qu’avaient fait les enfants cet après-midi. La mère voulait porter plainte contre moi! Éric aurait expliqué à sa progéniture comment deux hommes font du sexe entre eux… et puis les « Gay Pride » c’est dépravant avec tous ces homosexuels et ces travestis à moitié nus… elle ne comprenait pas comment mon fils pouvait savoir toutes ces choses horribles!

– Madame, je suis embêté pour vous de vous obliger à entendre cela, mais je suis homosexuel et je vis avec mon amoureux depuis 4 ans maintenant.

Elle en est restée sans voix.

———–

Les Garçons Dans Les Vestiaires – Clarika

Les garçons ont dit-on
De drôles de manières
Dans les vestiaires
Ils boivent l’alcool au goulot
Poussent des cris d’animaux
S’arrosent de parfum bon marché
Ouvrent leurs bières avec les pieds

Ah, les garçons dans les vestiaires ah
Ah, les garçons dans les vestiaires
Les garçons ont dit-on
Des mœurs singulières
Dans les vestiaires
Ils porteraient sur les hanches
Des serviettes qui quand ils penchent
Laissent entrevoir dans les vapeurs
L’objet du délit prometteur
Ah, les garçons dans les vestiaires, ah
Ah, les garçons dans les vestiaires, ah

Ah, si j’étais un garçon
Je saurais ce qu’ils font
Dans les vestiaires ah
Ah, si j’étais Paul ou Léon
Ou même un porte-savon
Un courant d’air

Les garçons ont dit-on
L’humeur parfois légère
Dans les vestiaires
Ils planqueraient sous leurs Adidas
Des revues pleines de créatures
Posant nues sur des pics à glace
S’adonnant à la luxure

Ah, les garçons dans les vestiaires ah
Ah, les garçons dans les vestiaires
Les garçons, ils se font
Des plaisirs solitaires
Dans les vestiaires
Ils ferment les yeux sous la douche
Et rêvent que des filles alanguies
S’en viennent en bande et à pleine bouche
Dévorer leur anatomie
Ah, les garçons dans les vestiaires, ah
Ah, les garçons dans les vestiaires, ah

Ah, si j’étais un garçon, je saurais ce qu’ils font
Dans les vestiaires
Ah, si j’étais Pierre ou Simon
Ou même un porte-savon
Un courant d’air, ah
Ou un short en coton
Une paire de crampons, une genouillère
Ah, si j’étais un garçon, je saurais ce qu’ils font
Dans les vestiaires.

Quatorze Cent-Quarante-et-Un
(alias Daïdou)

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5 réponses à “Les vestiaires

  1. Virginie 22 juillet 2010 à 17 h 05 min

    Je ne trouve rien de choquant, au contraire, tu t’en tire bien et sans jeux de mots 🙂
    Je me souviens de ton billet chez toi, tu te souviens sur la première fois de ta fille !
    Tu es un super papa quand même 🙂

  2. 14 141 5 juillet 2010 à 9 h 27 min

    @fluuu: Merci pour ton p’tit message. Bises

  3. 14 141 5 juillet 2010 à 9 h 27 min

    @Flavien: Il est toujours difficile d’aborder la sexualité avec des enfants. Quels sont les mots à utiliser pour ne pas les choquer? Et puis il faut répondre malgré tout à leur question même si on peut leur dire qu’ils sont trop jeunes, qu’il y a un temps à tout, un temps aux questions et puis un temps aux réponses. A l’heure de l’internet, les parents se sentent un peu pressurisé, l’enfant en cas de non réponse va instinctivement se diriger vers notre ami « Gougle » pour y trouver sa réponse qui sera en décalage avec son âge pour la plus par du temps!

  4. Flavien 4 juillet 2010 à 10 h 12 min

    Très beau en effet. On a eu peur à certains moments, mais une belle leçon de dignité gay au final. Le jeu est une excellente façon de s’approprier un sujet délicat. Certains parents sont outrés que leurs enfants sachent comment les adultes font l’amour, qu’il soit hétéro ou homo. Pourtant il n’y a rien là de scandaleux, ton attitude est parfaitement saine et celle de ton fils aussi. Belle complicité.

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