Passer au crible

C’est toujours étonnant comment viennent les idées d’article pour One F.P.M. et ma rubrique « Gay, père et passe ».

Celui-là, je ne l’avais pas prévu. Je peux même dire que je n’avais encore aucune idée ce mercredi après midi. La tension montait à chaque heure passée, j’attendais un courriel incendiaire de janjacQ ou de Tto … Et puis qu’allais-je vous raconter?

J’ouvre l’espace de réception de ma messagerie « contact@14141.fr »: un mail d’une journaliste de « TXXX », une journaliste à qui j’avais adressé quelques mois auparavant mon témoignage. Je ne me souviens plus trop du contenu mais cela parlait de moi, de mon p’tit Zèbre et de mon ex-femme. J’apprécie tout particulièrement son travail journalistique, j’ai même lu un livre qu’elle a écrit traitant de l’homosexualité au cinéma (que je vous conseille de lire au passage).

Voici le corps de son message : « Je me permets de vous contacter concernant l’appel à témoins pour le dossier de « TXXX » sur les *ex-hétéros*, lancé il y a déjà quelques mois. Votre témoignage m’intéresse beaucoup et j’aimerais en parler plus longuement avec vous. Puis-je me permettre de vous poser des questions par écrit pour commencer, avant de vous téléphoner éventuellement pour compléter l’entretien, si cela vous convient ? »

C’est justement le questionnaire que j’attendais! Un questionnaire qui répondrait aux zones d’ombre. Je vous livre en pâture mes réponses.

– Quatorze Cent-Quarante-et-Un, comment s’est révélé ce changement de sexualité ?

Pour être honnête, je ne me suis jamais vraiment posé la question de la sexualité. Ou peut-être à l’adolescence répondant par l’indécision : sexuellement j’éprouvais un désir partagé pour les femmes et les hommes. Avant de rencontrer ma femme, j’avais eu déjà des amourettes masculines et féminines. Je n’avais pas un besoin primordial d’alterner. Je tombais amoureux, voilà tout, et ma sexualité suivait mes sentiments. Et puis j’ai fait la rencontre de Céline sur Paris. Elle était douce, adorable, sensible, intelligente… j’en suis devenu totalement amoureux. Dès le premier mois de notre rencontre, je l’ai mise au courant de ma particularité amoureuse. Cela ne posait pas de problème en soi. Sexuellement nous étions en parfait accord, cherchant même à nous étonner. Nous avons eu deux merveilleux enfants, une fille et un garçon. Nous vivions dans une harmonie relative jusqu’à ce que j’apprenne le mal qui rongeait ma femme et notre histoire. Je l’ai quittée et mon chemin a croisé celui de mon p’tit Zèbre. Je suis tombé sous son charme, puis dans son lit! Ma sexualité a suivi de nouveau mon cœur d’artichaut!!! Mais aujourd’hui, après quelques années partagées avec ce futur trentenaire, ma sexualité est plus présente que jamais, découvrant ainsi une partie de moi insoupçonnée. Cette relation a été comme un révélateur de ma sexualité car mon partenaire alimentait mes fantasmes avec les siens et vice-versa.

– Quelle était votre vie « avant » ?

Ma vie d’avant? Comme tout un chacun je crois. Un couple d’hétérosexuels dans toute sa splendeur! Un vrai modèle de sainteté à tel point que l’on aurait presque pu nous enfermer dans un musée ou un zoo! Deux enfants, des tonnes d’amis qui n’en sont plus, une maison, des chats, une belle famille tordue. Nous partagions les mêmes valeurs, des valeurs judéo-chrétiennes, celles-là mêmes qui avaient cimenté notre histoire d’amour quelques années plus tôt. Je n’avais aucun désir sexuel pour un autre ou une autre. Ma vie me semblait presque parfaite jusqu’à l’arrivée de la maladie. Puis nous avons glissé lentement vers une relation déséquilibrée dans laquelle je me suis senti étranger. Quand j’ai senti le point de non-retour, j’ai brisé le lien.

– N’avez-vous jamais identifié en vous de désir homosexuel ? et chez votre ex-femme ?

Ma première histoire d’amour, je l’ai vécue à 11 ans. Il s’appelait Nicolas (h+ 4150 – Nicolas). La seconde histoire fut à 15 ans, elle s’appelait Laurence. Ma sexualité n’a que suivi mes sentiments et non le contraire.

En ce qui concerne ma femme, cela est un peu plus compliqué… je l’ai connue grâce à ma cousine. Un lien fort les unissait. Je me suis immiscé dans leur relation avec toute la fraicheur et la violence de mes vingt-deux ans. Ma cousine a souffert longtemps de cette irruption. J’étais amoureux et ne voyais pas les blessures qu’allaient engendrer mes actes. Après la séparation, j’ai discuté longtemps avec ma cousine. Elle m’a révélé que sa relation avec Céline était très équivoque.

Dans la seconde moitié de vie commune, nous avons sympathisé avec une jeune femme, Aurore. Elle se disait ouvertement bisexuelle et sortait avec Didier, un squelette du Marais qui me faisait les yeux doux. Aurore était un personnage complexe et insaisissable. Collègue de ma femme, elle aimait venir chez nous, s’occuper des enfants et profiter de nos derniers instants de bonheur. Nous étions le couple parfait à ses yeux malgré son aversion pour cette race de reproducteurs. La maladie de ma femme a pris à cette période un drôle de visage : dans une soi-disant recherche de soi, Céline prit un certain nombre de décisions seule: elle se fit couper les cheveux à une longueur de 2cm par Aurore… elle fit ceci sans moi… elle partit en week-end et en vacances avec Aurore … elle ne mangea plus de viande comme Aurore… elle décida que l’on ne devait plus faire ceci ou cela, et ma famille non plus et sa famille aussi… que nous ne devions plus voir un tel ou une telle car Aurore ne les aimait pas…  Même quand elle n’était pas là, Aurore était présente! Et les enfants? Ils avaient un peu perdu leur mère. A cette période, je suis tombé gravement malade, une saloperie qui attaquait mon estomac. Je me suis retrouvé alité quelques semaines. Céline qui de nature était prévenante ne l’était plus. Elle ne pensait qu’à elle. Elle ne vivait que pour elle et Aurore. Je me souviens du jour où je lui ai dit. Elle est tombée des nues, m’a t-elle dit. Elle ne voyait pas les choses comme ça. Alors de toute ses forces, elle a viré Aurore! Viré l’amour qu’elle lui portait. Mais cela n’a fait qu’empirer son état. A ce moment précis j’ai ouvert les yeux sur l’homosexualité de ma femme.

Quelques années plus tard, à un dîner entre amis, le sujet de l’homosexualité et de la bisexualité fut invité à table. Tout le monde ou presque était ouvert à une histoire d’amour avec une personne du même sexe, excepté Céline. Elle ne se voyait pas avoir des relations sexuelles avec une femme…

– Comment s’est faite la transition couple hétéro/couple homo ?

Plutôt bien, même très bien. J’ai eu de la chance de tomber amoureux de lui! Il fut patient, même très patient. Il ne s’est pas déclaré avant que je n’ai rompu définitivement avec ma femme même s’il en crevait d’envie! Nous nous sommes croisés par le biais du travail et rencontrés sur un site de «rencontre» pour finir dans le même lit. Il est évident que la transition est plutôt radicale: passer d’un couple presque parfait à un couple homo pas du tout parfait, cela crée des grands écarts douloureux. La vie en province n’est pas propice à ce genre de changement… se tenir la main en plein centre ville… les amis qui ne veulent plus vous voir, qui font des faux témoignages pour le juge… les voisins qui ne vous disent plus bonjour… et puis inversement les codes de la communauté gay à apprendre, les bars, les soirées parisiennes, la gay-pride… j’avais un peu l’impression d’être un extraterrestre d’un côté comme de l’autre, le cul entre deux chaises!

– Comment ont réagi vos proches ?

Classique : tu n’es plus mon fils, je ne veux plus te voir… Non, ce n’est pas vrai! J’ai une famille en or. Mes frangines et mes parents furent surpris. Cependant quand ils ont rencontré pour la première fois mon amoureux, ils ont été conquis! Au fil du temps, ils ont même eu l’impression de me retrouver.

– Quelles ont été les principales difficultés ?

Les enfants? Aujourd’hui il est évident que nos enfants subissent plus nos choix de partenaire qu’ils ne se résignent à la séparation. Même si eux aussi bénéficient du bien-être dans lequel j’évolue, l’homosexualité reste un problème. Ma fille souffre du manque d’une présence féminine par le fait de sa non-relation à sa mère. Et puis l’adolescence est une période complexe… La recherche de soi, de sa sexualité sont autant d’éléments parasités par notre histoire. Leur environnement classique a été légèrement chamboulé… et puis leurs copains et copines ne sont pas toujours ouverts à cette problématique.

– Quelle expérience tirez-vous de votre parcours ?

Je risque d’être d’une banalité et un peu « cucul » mais j’assume: ne jamais lutter contre ses sentiments! Savoir s’écouter et ne pas attendre que les choses s’arrangent sans vous! Suivre son chemin de vie en prêtant attention à ce que vivent les autres.

– Votre compagne a-t-elle vécu le même genre d’expérience avec sa propre famille ?

Non, malheureusement pas. Ce fut difficile et cela l’est encore. Mais cela tient sans aucun doute à l’hystérie pathologique de sa mère et à l’homosexualité refoulée tendance perverse de son père… En tout état de cause, les enfants n’ont pas eu de grand-parents pendant trois longues années et en ont souffert inutilement.

(illustration choisie par JjQ qui est un peu nipponophile –seulement– sur les bords )

Quatorze Cent-Quarante-et-Un
(alias Daïdou)


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7 réponses à “Passer au crible

  1. Virginie 22 juillet 2010 à 15 h 10 min

    Je suis passée dire chez toi il y a quelques semaines, et j’espère surtout que tout va bien, que tu es en vacances, n’est ce pas ?????

  2. 14 141 7 juin 2010 à 18 h 22 min

    @Ditom: En effet la normalité est un curseur sur lequel je n’arrive pas à jouer! Je peux le comprendre intellectuellement mais n’arrive pas à l’intégrer… merci pour ton commentaire. Bises

  3. Ditom 6 juin 2010 à 19 h 39 min

    J’ai toujours trouvé que penser la vie en termes de normalité et d’anormalité était une connerie monumentale. J’aime beaucoup la façon dont tu racontes les choses justement pour ça. Tu ne te soucie pas de ce qui est normal. Tu vis selon ton cœur et selon tes idées malgré les obstacles. Et j’aime ça!

  4. 14141 5 juin 2010 à 16 h 17 min

    @Pascal: merci mais ne soit pas épaté cette une nécessité de vie…

  5. PascalR 4 juin 2010 à 21 h 43 min

    « Savoir s’écouter et ne pas attendre que les choses s’arrangent sans vous. »
    Voilà ce à quoi j’aspire, suis épaté par ce parcours du cœur.

  6. Flavien 4 juin 2010 à 18 h 44 min

    ça c’est une histoire! on a l’impression qu’il reste bien des choses à expliciter. Et tant de bouleversements, de changements de directions dans la vie de toutes ces personnes, qu’on se demande où peuvent être les racines de chacun.
    Jolie photo sur le couple à trois, mais aussi sur la dissimulation.

  7. Daïdou 3 juin 2010 à 8 h 07 min

    Merci JjQ ton illustration me touche beaucoup!

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