La véritable histoire de la petite souris

Il y a bien longtemps, un roi sans cœur régnait sur la province d’Octroie, une contrée peuplée de vertes forêts et de paisibles paysans. Ces derniers subissaient les sautes d’humeur et la barbarie de ce roi légendaire. Le jour de la récolte de la dîme, Jean-Jacques et sa femme ne purent payer, toute leur récolte avait été balayée par des pluies torrentielles qui s’étaient abattues tel un dragon sur sa proie.

Le roi exigea la destruction immédiate de leur maison et ordonna l’exécution du couple. Jean-Jacques et sa femme avaient une fille, la seule qui leur restait; les gardes du roi n’eurent pas de pitié et empêchèrent la jeune Anne d’embrasser une dernière fois ses parents emmenés dans les cris et la douleur vers le château. Cette nuit-là, Anne pleura à chaudes larmes. Son chagrin était inconsolable. Une petite fée qui passait comme à son habitude dans le village s’arrêta au son de la désolation.

Ça a débuté comme ça. Moi, je n’avais jamais rien dit. Rien. C’est Marie, ma sœur qui m’a fait parler. Marie, une pédopsychiatre, une cérébrale, une femme de talent. On se téléphone le mardi. Pas les autres jours, c’est trop compliqué. On parle des enfants, de son boulot, et du divorce. Elle veut me parler des vacances. Je sens que ma mère a vendu la mèche. Je lui avais dit de ne pas la vendre pourtant et que j’en parlerais directement avec Marie. Mais ma mère est incapable de garder le silence. Alors Marie m’écoute. C’est un peu son boulot d’écouter. Elle fait ça très bien et toute la journée, recueillir la douleur psychique des enfants. « J’sais que tu avais prévu d’arriver chez les parents samedi après-midi. Ça ne te dérangerait pas de reculer d’une journée? J’aimerais un peu de temps seul avec les parents ». Je n’aime pas les phrases interro(né)gatives au téléphone, encore moins quand c’est moi qui les formule. Un blanc. Sa réponse est brève. « Si ». Pas le « si » de la condition. Un « si » d’intransigeance sur lequel on ne revient pas. C’est ce que j’ai fait.

Elle m’a rappelé le jeudi. Ce n’est pas son jour le jeudi. Ce ne fut pas le mien non plus. Elle me déblatéra en jargon « psy » les pourquoi de ma demande: ma place de garçon dans la fratrie, auprès des parents et puis tout un tas de trucs qui m’échappent un peu, je dois dire. Elle me tourmentait avec les troubles de l’âme, elle en avait plein la bouche. « Bon » que je lui dis, « Ce n’était qu’un souhait, pas une analyse que je te demandais ». Et ça a fait des histoires.

Alors on est arrivé la veille, le vendredi soir, le pt’it Zèbre, Ana, Éric et moi. Il était tard alors on s’est couché après un bref échange. Ma mère n’était pas dans sa tasse de thé, elle savait qu’elle avait fait une bourde! Elle n’osait pas me regarder en face. Je la connais bien, quand son regard fuit c’est qu’elle est mal. En rentrant dans la chambre, je retrouvai un peu de calme, le p’tit Zèbre était fatigué, on ne ferait pas l’amour. J’avais bien envie pourtant de sentir son corps contre le mien. Son corps est pour moi une joie. J’en ai jamais assez de le sentir, de le baiser, de le lécher. Je suis à vrai dire un sacré cochon. Je le demeure.

Je me retrouve seul au petit matin, avec mon café devant moi, la tête à peine sortie de rêves étranges. Ma mère a débarqué. C’est toujours un moment particulier le petit-déjeuner, propice à des discussions à bâton rompu, à des paroles impuissantes. Il existe certains instants comme ça, un peu singuliers, si équivoques qu’on y est presque toujours surpris quand cela vous tombe dessus. Elle avoue qu’elle avait parlé un peu vite et qu’elle n’avait pas réfléchi au sens que Marie allait lui donner. Elle me demande aussi quelle importance je porte à me retrouver seul avec eux. Ma réponse est concise: ils ne sont pas aussi disponibles quand mes neveux et nièces sont là.

Ma sœur et ses trois enfants sont arrivés comme prévu juste après le repas du midi accompagnés de leurs trois souris blanches appartenant à ma nièce Elina. A la lueur des évènements, le contact fut un peu froid, pas glacial, juste un papier chiffonné à la va-vite par maladresse. Y a pas eu de drame ni de cadavre… les restes étaient copieux. Faut dire que mon père se met toujours en quatre pour nous concocter de vrais frichtis, ravissant notre égo. Faut dire qu’on n’est pas habitué à se goberger comme ça et elles vous grisent facilement, les bonnes choses de la table!

Le p’tit Zèbre et moi n’allâmes pas très loin, après ce banquet, tous les deux seulement, jusqu’à Tours. Là, on s’est trimballé de rues en boutiques, achetant par endroit quelques douceurs. C’est en revenant que le drame a pris corps sans que l’on s’en aperçoive. Pourtant il était bien tapi à la porte et depuis quelques temps.

Lui, il les aime les apéros, mon père, sans doute et d’une façon presque démesurée puisqu’il fait appel à de multiples alcools et amuse-bouche dont il est le seul à connaître les secrets. Ana partage depuis peu ces moments, trop le cul entre deux chaises, entre l’enfance et le monde sourd des adultes. Je n’étais pas surpris de la retrouver parmi nous, même plutôt heureux qu’elle y trouve sa place. Des souhaits, elle en a en pagaille, et ce n’est pas toujours facile de répondre dans l’instant.

– Papa, Marie et Elina veulent m’offrir une petite souris.

– Tu connais ma réponse, il est hors de question que nous ayons un animal dans l’appartement.

– Si te plaît…

– Non, nous n’avons pas la vie qui va avec pour l’instant!

Je me suis mis à la regarder de bien plus près, Ana, à mesure que son chagrin montait dans ses yeux, d’un bleu perçant où l’on décèle de la grandeur. Elle est partie, elle a tourné les talons, pour ne pas exploser devant l’assemblée et se réfugier dans la salle de bain. J’aurais aimé trouver le courage de la prendre dans mes bras, de lui dire que la souris n’avait que peu d’importance, que la solitude ne se guérissait pas cette façon. C’est ma mère qui est allée la consoler tandis que moi je ruminais contre ma sœur. Elle connaissait ma réticence, Marie, elle savait qu’en proposant la souris, elle déclencherait un abîme de désespoir. Mais je n’avais pas mis de mot dessus.

Autour de nous, le soir, la maison s’enfonçait dans cette scénette anodine. C’était le moment juste avant le repas où les souris s’expliquent, et c’est ce que j’ai fait. Marie, elle, en a pris pour son grade. Elle aurait pu m’en parler avant que de me mettre devant le fait accompli. Les larmes d’Ana m’ont appelé vers elle. Je l’ai prise dans mes bras, mes lèvres ont trouvé son front. J’ai cherché mes mots, ceux qui auraient pu calmer sa tristesse, sa peine, en vain, une autre réalité de dessinait.

– C’est pas la souris, Papa. C’est simplement une présence… et ne pas être la seule fille à la maison.

La fée s’enquit auprès de la jeune fille de son malheur. Ne pouvant accepter l’injustice, la fée se précipita dans la chambre du Roi. Elle ne se présenta pas auprès de lui, les fées gardent toujours leur nom secret, et le menaça : « Si vous n’avez pas libéré Jean-Jacques et sa femme avant de sombrer dans le sommeil, au petit matin vos dents m’appartiendront! ». Le Roi n’aimait pas les fées, encore moins celle-ci, et il la brava en s’endormant comme une masse. Le lendemain matin au réveil, le Roi réclama sa nourriture mais de sa bouche ne sortit qu’un amalgame de mots incompréhensibles. Toutes ses dents avaient disparu!

Quatorze Cent-Quarante-et-Un
(alias Daïdou)

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24 réponses à “La véritable histoire de la petite souris

  1. Gwendo 14 mai 2010 à 8 h 15 min

    Tu n’aurais pas eu ces problèmes si tu étais resté hétéro! J’ai lu tes deux articles et tu tu geins. Tes enfants seraient plus heureux si tu étais normal comme Monsieur tout le monde!

    • Daïdou 14 mai 2010 à 8 h 54 min

      @Gwendo: tu as sans doute raison, l’hétérosexualité aurait été plus simple à gérer pour mes enfants. Et puis en ce qui concerne l’homoparentalité : je suis en questionnement permanent et c’est pas facile de trouver des réponses. Aucune étude scientifique n’a été faite, des tentatives existent et les pressions aussi. J’aimerais vraiment qu’un débat s’organise en france autour de cette question car il me semble que 300 000 enfants sont concernés?

  2. Virginie 5 mai 2010 à 0 h 18 min

    @Daïdou Tu vas rire, je tape oui, ça marche pas ! je tape non, ça marche pas non plus alors j’ai tapé yes et là non plus, rien mdr !!!!
    Ton blog est piégé et pourtant tu n’as pas mis le petit morceau de gruyère pour attraper la petite souris !!!
    Je t’embrasse et bonne nuit !!!

    • 14 141 5 mai 2010 à 9 h 22 min

      @Mélie: Je ne doute pas que tu es répondu « Oui »ou « yessssssss »!!! Je me suis juste simplement planté dans la programmation de mon extension!!! Mais tout en revenu dans l’ordre et maintenant tu vas pour savoir sir tu es une « As » de la fellation!!!! Bises

      -> je sais c’est un peu racoleur comme article « Es-tu un(e) As de la fellation » mais mes stats sont au plus bas! Il faut bien trouver un truc pour refaire monter la mayonnaise…

  3. Virginie 4 mai 2010 à 21 h 32 min

    Deux canapés, à choisir je prends celui sans les coussins, ne soyez pas jaloux je vous le prêterai !
    A chaque fois, tu sais nous toucher en plein coeur et je m’aperçois que tu as une sensibilité très proche de celle de janjacQ 🙂
    Pas facile de ne pas céder, mais tu as raison, tu explique, tu parles et finalement ça se termine bien, toi et ta fille vous vous ressemblez bien…
    Un chien attention, beaucoup de contraintes aussi !
    J’ai voulu laisse un commentaire chez toi aussi à l’instant mais impossible !!!! Je réponds à la question et rien à faire !! Même en anglais ça ne passe pas !!!! Comment doit on faire ???????????
    Je t’embrasse très fort !!!

    • 14 141 5 mai 2010 à 0 h 14 min

      Désolé pour le petit problème technique… Je suis sur de ta réponse mais demain tu auras une confirmation de tes talents!!!

      Merci pour tes compliments. Ils me vont droit au cœur. Bisous

  4. ditom 4 mai 2010 à 16 h 22 min

    Ah… La route de l’Enfer est pavée de bonnes intentions dit-on… Je te l’ai déjà dit mais moi j’aurais aimé avoir un papa comme toi;)
    Je suis persuadé que tu as bien réagi. Même si la tristesse de ta petite Ana me fait de la peine, je suis sûr qu’elle te comprend. Et peut-être qu’en septembre une chienne serait plus indiquée qu’un chien (comme ça elle ne serait plus la seule fille ;))

    Des bises et continue à écrire aussi bien.

    • 14 141 4 mai 2010 à 17 h 55 min

      Ditom, je veux bien t’adopter si tu veux! Mais gare aux fessés!!! Tu risquerais d’y prendre goût! Pour le chien, je suis entièrement d’accord avec toi, ce sera une chienne mais castrée! Pas de chiots! j’ai vraiment pas de place!

  5. sophie 4 mai 2010 à 13 h 02 min

    Je ne connaissais pas cette version de la petite souris. Tu as une fille d’une grande sensibilité. Prend soin d’elle comme mon père prenait soin de moi. Bises à vous quatre

    • 14 141 4 mai 2010 à 13 h 35 min

      Je fais de mon mieux… mais ce n’est pas toujours simple. La petite souris est restée chez ma soeur mais peut-être qu’en septembre un chien viendra partager notre quotidien…

  6. Hervé 4 mai 2010 à 8 h 40 min

    Très beau texte. Merci

  7. 14 141 4 mai 2010 à 8 h 26 min

    Je suis d’accord avec toi… on se coucherait bien dessus mais ce ne sont pas les miennes, ni celles du p’tit Zèbre!!! Bises

  8. arthur 3 mai 2010 à 23 h 39 min

    Respect…!!! comme d’habitude, très juste ton texte, très émouvant… je suis très touché… t’as vraiment du talent!!!
    Et la photo? ce sont les fesses et le dos du zèbre? de 14141? cet homme est en tous les cas très attirant… on se coucherait bien dessus…!!!

  9. 14 141 3 mai 2010 à 14 h 02 min

    Allez pas si tristounet que ça, j’ai encore toute mes dents!!! Enfin … ben … il m’en manque quelques unes à vrai dire!

  10. fabisounours 3 mai 2010 à 12 h 42 min

    c’est une jolie histoire toute tristounette pour un lundi matin.

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