Nourriture, mode d’emploi

Dans la vie,

il y a les gens qui sont minces et il y a les autres.

Pour ma part, je n’ai jamais été mince. Jamais. D’aussi loin que je puisse me souvenir, j’ai toujours été en surpoids.

Je me rappelle de ces matins à l’école primaire où mon père ne voulait pas me donner autre chose que ces affreux biscuits de régime.

Je me rappelle de ces visites chez le diététicien qui me faisait noter ce que je mangeais dans un cahier pour analyser mon « comportement ». Cahier que je n’ai jamais tenu et qui a toujours été improvisé par ma mère.

Je me rappelle de l’humiliation de ces séances de pesée à l’hôpital Necker.

Je me rappelle de ces tests horribles à jeun, allongé sur un lit d’hôpital avec un casque hermétique sur la tête, sans bouger pendant une demi-journée, pour analyser si c’était parce que je mangeais trop ou si cela venait d’ailleurs.

Je me rappelle de ces »vacances » passées dans des hôpitaux pour soi disant me faire maigrir. Je n’y ai pas appris à mieux manger. Juste à considérer le fait qu’être en surpoids était un handicap similaire à ceux qu’avaient les autres enfants du service. Ici une amputation, là un cancer, là une malformation de naissance (La pauvre jeune fille ne pouvait se nourrir que via une seringue. Elle aspirait le contenu dans un bol et vidait le tout dans le cathéter placé sur son cou… J’en ai des frissons rien qu’à y repenser).

Je me rappelle de mes grands-parents paternels qui exhibaient mon excédent de graisse à leurs amis dans une langue que je ne comprenais pas.

Je me rappelle des années collège où les sobriquets ne pouvaient plus être étouffés par le fait d’être bon en classe.

Je me rappelle de ces cours de sport à chercher toujours une excuse pour me faire porter pâle afin de ne pas me voir encore choisi en dernier dans les équipes par « manque de performance ».

Je me rappelle des années lycée et des premiers problèmes affectifs en partie liés à ça.

Puis la fac, les bars, les boites, les sites de rencontres. Même si l’un dans l’autre je n’ai pas à me plaindre, j’ai eu mon lot d’éconduites disgracieuses. Sans parler des mecs qui vous trompent en vous expliquant que si vous étiez mieux foutu ils n’iraient pas voir ailleurs (Normalement là, sur M6 vous auriez droit à une petite musique tire larmes).

J’ai rencontré des personnes qui m’ont aidé à m’accepter tel que j’étais, quelques encouragements anonymes aussi, et cela me suffisait.

Non. Au fond j’avais la rage et carrément envie de changer. Sans pourtant ne jamais rien faire. Enfin si, j’ai fait pas mal de tentatives infructueuses par manque de volonté, peur de ne pas y arriver et une énorme tendance à me trouver des excuses.

Et un jour, il y a un déclic, un truc qui vous remet la tête en place, vous fait prendre du recul et vous fait réaliser que ce n’est plus possible qu’il faut se prendre en main (et pas seulement devant une webcam astucieusement cadrée).

Vous pouvez avoir tous les problèmes du monde face à votre poids, mais si vous n’y faites rien, c’est soit qu’il n’y a pas de problème, soit qu’il ne faut pas s’en plaindre.

Alors vous agissez.

Aujourd’hui, je me suis pris en main. J’ai perdu 20 kilos. Yeah me. Mes névroses d’avant ont été remplacées par tout un tas de nouvelles, mais je me sens bien, je me sens mieux, je suis heureux. Yeah me (bis).

Des méthodes miracles sur le net on peut en trouver des milliers.

Dukan. Weight Watchers. Protéines. Pilules. Tænia. Lécher des timbres poste et avaler des mouchoirs en papier. Ne manger un kiwi avec la peau que les soirs de pleine lune à exactement 22h47 après avoir récité du Shakespeare.

Je n’ai suivi aucune méthode. Les méthodes toutes faites sont tellement faites pour tout le monde que j’aurai tendance à penser qu’au final elles ne sont faites pour personne.

Elles sont surtout trop strictes, trop contraignantes. Alors j’ai tendu l’oreille, j’ai pas mal lu, j’ai expérimenté, pour en arriver à quelque chose qui marchait avec moi.

Beaucoup de personnes dans mon entourage me posent des questions sur comment j’ai fait, si je n’ai pas quelques conseils.
C’est de cela dont j’ai envie de vous parler.

Je ne suis pas diététicien.
Je ne suis pas coach de stars.
Je ne suis pas un scientifique.
Je ne suis pas un gourou.
Je ne suis pas le détenteur d’un quelconque secret.
Je n’ai pas plus de volonté que n’importe qui.
Je ne suis pas quelqu’un d’exceptionnel.
Je suis quelqu’un comme vous qui a appris tout seul comment se réapproprier sa façon de manger en fonction de ses objectifs. (Je suis peut être la voix qui vous parle tout au fond, qui sait?)

Attention, il ne s’agit pas d’une énième méthode de régime. Je n’ai pas la prétention de croire que cela puisse en être une.

Si vous pensez que cette série d’articles vous aidera à perdre du poids, peut-être, mais ce n’est pas leur objectif.

Il s’agira avant tout de prendre du recul sur ce qu’est la nourriture, quels sont ses mécanismes et arriver a comprendre comment manger ce que l’on veut, tout en restant raccord avec soi même.
Un peu comme dans un jeu de gestion type Sim City, il y a un tas de paramètres à prendre en compte pour que tout marche.

La première chose à savoir avec la nourriture, la base de tout, c’est que ce n’est que ça justement… De la nourriture.

Ce n’est pas une récompense, ce n’est pas du réconfort, ce n’est pas un palliatif pour quoi que ce soit.

C’est l’essence que vous mettez périodiquement pour que tout fonctionne au mieux. L’énergie pour tous les mouvements conscients ou non, vous déplacer, cligner des yeux, respirer, réfléchir, taper sur votre clavier etc, mais aussi les matières premières pour l’entretien global, graisser les rouages, remplacer les cellules mortes, réparer les coupures, etc.

La nourriture c’est ce qui sert à faire marcher votre organisme. C’est tout.
C’est con hein, mais j’ai appris qu’on avait tendance à l’oublier.

A partir du moment où on réalise ça et qu’on le garde en tête, on a déjà fait la moitié du chemin ou presque.
Vous voyez que ce n’est pas si compliqué !

Si vous allez mal, si vous vous sentez seul : sortez, occupez vous l’esprit, faites quelque chose, mais ne mangez pas pour ça.
Ça ne sert à rien. Surtout que votre corps va bêtement stocker les apports en trop au cas où demain vous ne pourriez pas lui en fournir assez.

A la place, sachez manger parce que vous avez faim. Vraiment faim. En retour, soyez attentifs et apprenez à écouter votre estomac vous dire quand il en a assez.

A partir de là, vous pourrez apprendre à faire la différence entre votre corps qui vous dit qu’il a faim, et votre cerveau qui vous dit qu’il a « besoin » de quelque chose.

Ce n’est pas de la faim à combler avec des aliments.
Pour cette partie, je vous laisse découvrir de quoi il s’agit car c’est un « besoin » qui vous est propre.

Sur ce, je vous laisse un mois pour digérer tout ça. Mine de rien, on vient déjà de faire un grand pas en avant.

Madrox

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8 réponses à “Nourriture, mode d’emploi

  1. Virginie 16 avril 2010 à 23 h 16 min

    C’est une bonne idée que cet article !
    Ton expérience ne peut être que profitable et on est tous assez inégaux face à ce besoin, cette pulsion qui n’est pas facilement contrôlable !
    Je vais te lire avec beaucoup d’attention, je suis au régime lol !
    Enfin, 10 kilos sur deux ans, prise de cortisone et finalement sans trop en faire, je fond tous les jours… Et puis marcher, courir et gym en salle ça aide au moral et plus on voit son corps changer et plus on a envie de continuer , ça motive aussi de se bouger !
    Et puis il faut prendre de la distance avec la nourriture, tu as raison remplir son corps par autre chose est bien plus profitable !
    Plein de belles surprises ici et merci à toi et à bientôt !

    • Madrox 3 juin 2010 à 23 h 21 min

      AAAAAAH, j’avais manqué ce commentaire !!!

      Une fois la locomotive lancée, si tu es parvenue à faire de tes efforts une habitude, le seul danger reste l’impatience.

      Pfff, que c’est long 😀

  2. Flavien 6 avril 2010 à 11 h 37 min

    ça commence comme un vrai cauchemar, ça continue comme un film d’horreur, et puis l’humour arrive, avant le réalisme(accepter ou changer). Je me demande comment tu as fait pour surmonter tout ça, avec les moyens d’un enfant. Je crois que dans la liste réciter du Shakespeare à 22h47, c’est une méthode inefficace qui me plairait assez.
    Et puis tu as trouvé ta voie. Remplir ta vie plutôt que remplir ton corps. C’est une leçon intéressante. J’ai dû lire quelque part que la sensation de faim inassouvie pouvait être la plus délicieuse, et que l’éprouver une fois par jour faisait du bien. Ma mère a perdu 30 kilos, il y a plus de 25 ans, et elle a (re)pris sa vie en main à cette occasion, jamais regrossi.
    Pas de géant, tu veux dire? merci d’avoir partagé cette tranche de vie.

    • Madrox 8 avril 2010 à 12 h 08 min

      « Remplir sa vie plutôt que son estomac », oui j’aime bien cette maxime.

      La sensation de faim inassouvie est plutôt « mauvaise », car influera sur la volonté. Spécialement au début, ça favorisera les écarts vers les produits plus « lourds », plus « sucrés ».

      Je pense plutôt qu’il est préférable de toujours manger à satiété et éventuellement prendre des collations légères (fruit, yaourt etc) en cas de petit creux entre deux repas. A la condition que cela soit de la faim réelle et pas de la « faim psychologique ».

      Bravo pour ta maman, c’est plutôt encourageant de savoir que 25 ans après elle n’a pas repris, j’angoisse énormément sur ce point lol

  3. Madrox 6 avril 2010 à 10 h 33 min

    Ditom : Merci, on va essayer de continuer sur cette lancée. Le facteur psychologique influe beaucoup, on devrait approfondir ce point le mois prochain, entre autres 🙂 Ne te laisse pas maigrir. D’ailleurs, il faudrait réfléchir à pourquoi tu te laisses maigrir? Est ce pour ne pas prendre de poids? Aussi, de quelle manière te laisses-tu maigrir? Avec cette info, il est à priori possible de déterminer s’il s’agit d’un affinage (glop) ou d’une perte de masse musculaire (pas glop). Tant qu’à se laisser maigrir, autant que cela te soit « profitable » 😛

    Louisiane : Bravo à toi d’avoir pris cette décision surtout. Si j’y suis arrivé, c’est à la portée de n’importe qui. On va essayer de t’accompagner un peu quand même, t’apporter des perspectives nouvelles, des trucs qui te permettront d’aller jusqu’au bout ^^

    Jonathan D : C’est une approche que je n’ai jamais vu nulle part dans les « méthodes » toutes faites. En général ca calme assez bien les envies de grignotage. Teste la et tiens moi au courant de si ça marche sur toi 🙂

  4. Jonathan D. 5 avril 2010 à 16 h 53 min

    Ce raisonnement est intéressant, voir la nourriture comme seulement ce qui sert à notre organisme doit être un bon moyen de redevenir raisonnable. J’y penserai pour éviter de grignoter !

  5. Louisianne 4 avril 2010 à 21 h 51 min

    Et bien juste au moment où j’ai décidé de me prendre en main ! Tes articles tombent à pic, et je te dis bravo d’avoir eu le déclic et d’être allé jusqu’au bout !

  6. ditom 4 avril 2010 à 12 h 34 min

    Oui… Le rapport à la nourriture est très affectif… Je sais que moi, même si j’adore manger, il faut que je me contrôle pour ne pas me laisser maigrir. Le corps, l’esprit et ses mystères… J’aime beaucoup ce que tu as écrit.

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