mochetés et cochoncetés

moi, c’est janjacq

tout minuscule janjacq, j’y tiens, j’ai pas très envie qu’on m’appelle gigi ni besoin non plus de me planquer derrière un j (majuscule)
mais je ne désespère pas de grandir

alors le 2, c’est moi
le rédac-chef m’a dit : c’est quoi ton jour anniversaire ?
ben le 2, ai-je répondu tout intimidé de dévoiler ce pan-là de mon identité
tu as de la chance, ce n’est pas pris
il cause bien Tto, moi, les ne et encore plus les n’, j’ai tendance à les oublier (par contre, les n… euh, pardon)

aujourd’hui, c’est moi qui tiens la boutique
j’ai emmené tout mon barda
une petite valise avec tout dedans
ma brosse à dents, du dentifrice, un caleçon de rechange, des chaussettes, mais elles sont dépareillées, les deux piluliers, celui du matin et celui du soir, approvisionnés, j’ai vérifié cinq ou six fois qu’il y avait tous mes médocs, cinq seringues pour la journée avec les aiguilles, des de 12 et des de 8, les bandelettes pour le sang et celles pour le pipi, des lancettes, je n’ai pris ni coton ni alcool modifié à 70°, je ne m’en sers jamais, le lecteur de glycémie et le tensiomètre, ils prennent de la place, un paquet de Granola, j’adore les Granola, deux barres de Mars pour repartir, au cas où, et cinq pâtes de fruit, pour la même chose, toujours au cas où, le mobile, ou le portable comme tu dis toi, parce que mon chéri il veut pouvoir m’appeler, moi j’appelle jamais, sauf ma kiné quand j’ai pas envie d’aller à ma balnéo, je crois que c’est tout
ah non, j’oubliais, une paire de lunettes de rechange dans leur étui, tu me vois si je prends une baffe et que je paume un verre, le brouillard pour toute la journée, en plus elles font solaires, tu sais, elles foncent à la lumière, elles ont par contre beaucoup de mal à défoncer
voilà, c’est tout, tout est d’équerre, je suis paré

Tto t’a pas dit, je suis venu pour te causer de mochetés et de mes cochoncetés
multiples et variées les cochoncetés, je dirais, alors le pluriel s’impose
j’en connais qui se traînent une misérable petite infection à vih, moi, c’est pas pour me vanter, mais c’est la totale
je te raconte ? bien sûr, c’est pour ça que m’ v’là

les bonnes fées se sont penchées sur mon berceau, et elles étaient nombreuses les garces
on ne s’en est pas aperçu tout de suite parce qu’on s’est contenté de compter mes bras (2), mes jambes (2), mes doigts (10, 5+5), mes orteils (dito), mes coucougnettes (une sacrée paire) et de vérifier que j’avais bien un zizi (prometteur) et que je n’étais pas noir, ç’aurait fait mauvais genre en Béarn

mais, mon pauvre, c’est que j’étais myope, astigmate et promis à la presbytie qui me guette, c’est que j’allais avoir les dents toutes jaunes et cariées, promises aussi à s’habiller de céramique, et puis plus grave, un peu non comprenant, mais ça, ça ne compte pas, c’est pas remboursé par la sécu
on ne se doutait pas non plus que je serais pédé, parce que c’était là, j’te jure, c’était là et ça compte pas non plus, c’est pas remboursé non plus
par contre, ce qui l’est remboursé, c’est le diabète, insulino-dépendant s’il te plaît

il était inscrit dans mes gènes, qu’ils disent, il m’est tombé dessus en fin d’adolescence, à vingt-cinq ans
quoi ? on n’a pas le droit de ne pas être pressé ? je suis béarnais moi, pas président de la république
d’emblée ç’a été deux piquouzes par jour, et c’était plus pénible qu’aujourd’hui où j’en fais pourtant cinq, à cause des repas qu’il fallait prendre à des putains d’heures fixes, mais je te raconterai
le diabète, c’est une ald, une affection de longue durée, ad vitam æternam quoi, une maladie chronique
cela allait bougrement m’aider

j’ai trouvé le moyen de me faire plomber
si je suis toujours resté asymptomatique, j’ai quand même dû entamer très tôt une trithérapie, qui est presque toujours quadri d’ailleurs, et ça en fait des pilules à avaler, tu as intérêt à t’être préparé quand ça te tombe dessus
pour un diabétique, insulino-dépendant te dis-je, c’est fastoche, juste un plus, je devrais dire juste un peu plus
tu sais, tu fais cinq piqûres d’insuline par jour, et autant de contrôles de glycémie au bout des tes six doigts, que veux-tu que ce soit d’avaler une kyrielle de comprimés, fastoche je te dis

quoi ? j’ai dit six doigts ?
ce n’est pas une faute de frappe, ce n’est pas dix, un diabétique n’a que six doigts
toutes les blessures occasionnées par les lancettes pour le prélèvement d’une simple gougoutte de sang te font perdre la sensibilité de la pulpe des doigts, et comme la première complication du diabète est la cécité et que le braille se lit avec les index, interdit de toucher aux index
et puis, pouce et index forment ce qu’on appelle la pince, et la pince est ce qui a fait le développement du cerveau de l’homme, dans la théorie darwinienne de l’évolution
alors, tu penses bien qu’on se la préserve la pince, et plutôt deux fois qu’une
t’avais remarqué qu’on a deux mains, je suppose
ça explique mes six doigts

donc, leçon numéro un, en cas d’élucubrations abstruses de ma part, de bla-bla abscons itou, ne jamais hésiter à poser une question, si je sais je te réponds, et si je ne sais pas je fais comme si je n’avais pas entendu, c’est clair

où en étais-je ?
ah oui ! voilà t’y pas que diabète et séropositivité se sont bien plu ensemble, je ne sais pas lequel a baratiné l’autre, mais toujours est-il qu’ils ont forniqué ces cochons
et quand deux cochons forniquent, enfin, un cochon et une cochonne, parce que la séropo ça te m’en fait une de cochonne, quand un et une de ces saloperies de bestioles s’acoquinent et s’accouplent, ça donne une cochonceté, forcément
une cochonceté de plus
et comme ils ont remis ça, les porcs, cela m’a fait deux cochoncetés sur les bras, ou sur le dos, ou dans le cul, en fait au cœur, une silencieuse et l’autre tonitruante
et moi, j’ai fait deux infarctus, dont un

à la faculté ils parlent de risques exponentiels
j’ai toujours été fâché avec la mathématique, pour moi exponentiel, ou elle d’ailleurs, évoque des âmes de violons ou des appréciations de Télérama
ben non, ça veut dire que 1 + 1 = 100 000, je te traduis, un plus un égalent cent mille, et que le truc était i-né-vi-table
en béarnais, je t’aurais mis un trait d’union de plus, parce que le ble on le dit, macarel, bleu, inévitable c’est une bête à cinq pieds, comme le mouton, pas à quatre
quoi ? j’ai confondu exponentiel(le) avec intégral(e) ?
tu le vois, la mathématique et moi
tu dois te demander comment j’ai fait pour avoir mon bac si les maths c’était pas ça, parce que mon français, à la rédac, c’est vraiment pas ça non plus
faudra faire avec, mec

bon, c’est tout pour aujourd’hui, je vois bien que tu t’endors
on se revoit le 2 mars nous deux
ce sera la sainte Charles
à propos de Charles, quand j’étais môme, j’ai fait une colo d’été, c’était à Arcachon, on avait des moniteurs et une… monitrice
une nuit, c’était pendant l’horreur d’une profonde nuit, on…

… bonne nuit



(illustration musicale, branche ton iPod, ni Dailymotion, ni Deezer n’ont encore ça)

assez parlé de moi

écrit et composé par Benjamin Biolay (2009)


j’avale le vent, j’avale la vie
j’avale les gens, j’avale la nuit
je bois le jour, je bois le verre
je bois le vide, je vois mon frère
qui parle au vent, qui parle au bruit
qui parle aux gens qui sont partis
j’avale le vent, j’avale mes cris
je cale mes pas sur ceux d’autrui
je vole au vent, je vole de nuit
dans les tympans, dans les tempi
je vois le large, la normandie
et son bocage et son ennui
je crois les autres, je crois les bruits
je suis en cage ou sans abri
j’avale le vent, j’avale la vie
puis me resape au saut du lit

mais assez parlé de moi

j’avale la peur, j’avale la mort
j’avale ma sueur, j’ai mal au cœur
je bois la mer, je vois derrière
les meurtrières des imposteurs
je crois le sot qui voit le doigt
au clair de lune juste le doigt
dans la lagune juste le doigt
dans la belle brune juste le doigt

mais assez parlé de moi

j’avale le vent, j’avale la vie
j’avale les gens, j’avale la nuit
je bois le jour, je bois le verre
je bois le vide, je vois mon frère
qui parle au vent, qui parle au bruit
qui parle aux gens qui sont déjà partis
j’avale le temps, j’avale mes cris
je cale mes pas sur ceux d’autrui
je vole au vent, je vole de nuit
dans les tympans, dans les tempi
je vois le large, la normandie
et son bocage et son ennui
j’avale le vent, j’avale la vie

mais assez parlé de moi

mais moi, je n’avale pas
je suce, mais j’avale pas

janjacq

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Une réponse à “mochetés et cochoncetés

  1. 14 141 23 février 2010 à 9 h 14 min

    de lien en lien j’arrive ici et découvre un texte de toi, un magnifique texte comme seul janjacQ sait les écrire…

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